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Titanic : de la réalité à la 3D

Le 15 avril prochain, cela fera 100 ans que le Titanic gît dans les eaux glacés de l’Atlantique Nord : 2224 passagers, 711 survivants ! Récit d’un naufrage adapté au cinéma en 1997 par James Cameron (20 millions d’entrées) et maintenant en 3D dans les salles…

10 avril 1912, le rutilant Titanic quitte Southampton. Halte à Cherbourg puis à Queenstown en Irlande le lendemain avant le grand départ pour son voyage inaugural. Le 14, plusieurs navires signalent la présence d’icebergs… L’avis du Baltic est remis au Commandant Edward J. Smith qui en fait part à Bruce Ismay, président de la White Star Line, compagnie propriétaire du paquebot géant. Alors qu’Ismay glisse le télégramme dans sa poche, Smith, prudent, décide de naviguer légèrement plus au sud. D’autres appels reçus dans la soirée n’inquièteront pas davantage l’équipage…

La température avoisine 0°C. Lightoller, le second Officier remplace Smith parti se reposer. A 22h, par nuit claire et mer d’huile, il est relevé par Murdoch, premier Officier. 23h30, RAS du côté des vigies Fleet et Lee, si ce n’est un léger brouillard… 10 minutes plus tard ‘Iceberg droit devant’ hurlent-ils en sonnant la cloche d’alarme. Le Titanic file à 20,5 nœuds (40 km/h) : droit devant à moins de 500 mètres s’élève un monstre de glace de 30 mètres. Marche arrière, à bâbord toute ! Mais il est déjà trop tard. La coque est fendue sur tribord par la glace tranchante de l’iceberg. Choc qui ne suffit pas à effrayer les passagers…

L’eau s’engouffre par la proue. Les calculs de l’ingénieur Thomas Andrew, concepteur du navire, sont implacables : ‘l’insubmersible Titanic’ coulera en 1h, 1h30 tout au plus ! Minuit, les premiers SOS sont envoyés, 45 minutes plus tard les premières fusées de détresse. Pourtant l’orchestre continue à jouer pour les passagers et n’arrêtera qu’à 2h17. Le premier canot prévu pour 65 personnes est affalé avec seulement 28 à bord… A 2h18, les lumières du Titanic clignotent puis s’éteignent pour toujours. La proue disparaît suivie 2 minutes plus tard par la poupe un moment suspendue en l’air. 4h10, le Carpathia repêche le premier canot et le dernier à 8h30. 1513 passagers trouveront la mort dans ce naufrage.

Le R.M.S. Titanic, 269 mètres de long, repose à 3750 mètres de profondeur, en deux parties dispersées dans une zone de dunes de sable

Des décennies plus tard… « On ne peut passer comme moi une vie en symbiose avec la mer sans connaître les grandes lignes de cette tragédie. Plus que tout cependant, je voulais relever le défi scientifique d’aller parcourir et photographier le Titanic » écrit Robert Ballard dans son récit ‘La découverte du Titanic’ publié en 1987. Et il y consacrera toute sa fougue, sombrant dans de grands moments de désespoir, vibrant à d’autres avec son équipe euphorique dans une quête qui durera plus de 13 ans !

Déjà en 1973, ce géologue de l’Institut Océanographique de Woods Hole (Massachusetts) imaginait utiliser le sous-marin Alvin pour atteindre le Titanic. Convaincre des investisseurs, s’entourer d’experts comme ‘Monsieur Titanic’ alias Bill Tantum, explorer les abysses, tester ANGUS – Acoustically Navigated Geological Underwater Survey – appareil guidé par sonar équipé de caméras noir et blanc et tiré au bout d’un gigantesque câble… La préparation d’une expédition était à elle seule un véritable challenge. L’aventure allait commencer en octobre 1977 à bord du Sea Probe, équipé de sonar latéral, magnétomètre (véritable détecteur à métaux des profondeurs) caméras et appareils photos, etc. Malheureusement, le voyage tomba à l’eau après le départ pour unemalencontreuse histoire de tubage qui épargna seulement le magnétomètre.

Loin de se décourager face aux épreuves dont le décès de Bill ou l’arrivée de prétendants au titre de découvreur du paquebot géant, Robert se concentrait sur la mise au point de précieux alliés, Argo et Jason. Argo ? Sous-marin équipé de sonars et caméras, relié par un câble au navire en surface et par un cordon de transmission au petit système vidéo télécommandé Jason.

La Marine accepta de financer les essais de ce duo de choc pour 3 semaines. Enfin l’opportunité de toucher le rêve du bout du doigt. Le géologue parvint à convaincre l’Ifremer, fleuron de l’océanographie française, de se joindre à l’aventure. Jean-Louis Michel, ingénieur, allait embarquer à bord du navire français Le Suroit équipé du nouveau sonar SAR, son dernier ‘bébé’… Son travail consisterait à localiser l’épave du Titanic courant juin-juillet 1985 dans le quadrillage défini. Ballard prendrait le relais à bord du Knorr, avec l’aide d’ANGUS et Argo.

Décalé : la collision du navire avec l’iceberg façon ADEME…

Mais la première étape s’avéra plus difficile que prévue si bien que Ballard vint prêter main forte à son ami Jean-Louis, luttant vaillamment contre le temps qui s’égrenait, les mauvaises conditions météorologiques et la crainte que des avalanches de boue aient enseveli les restes du paquebot transatlantique. « Les informations fournies par SAR, traitées par un maître en la matière, étaient un véritable travail d’artiste et il nous avait prouvé… où le Titanic n’était pas ! » se souvient Ballard, évoquant ces terribles instants de désarroi à bord du Le Surroi pourlequel il était temps de rentrer au bercail…

Ballard et Michel accompagnés de Jean Jarry et Bernard Pillaud, chercheurs de l’Ifremer prennent place sur le Knorr, devancés par ANGUS et Argo. Argo allait avoir la lourde tâche de ‘planer’ en observation au-dessus du canyon où était supposée se trouver l’épave. En vain. Au 31 août, toujours rien. Jusqu’à ce cri de stupéfaction la nuit suivante vers 0h48 devant l’écran de télé d’Argo qui n’affichait jusque-là qu’un interminable paysage,hypnotisant de lassitude les équipes de surveillance… Une chaudière.

Dévoré à un rythme de 300 kg/jour par des bactéries qui forment des rusticles (sortes de stalactites), le Titanic devrait s’effondrer vers 2028 et disparaître d’ici 250 ans…

Mission réussie ! Même si Argo, ‘volant’ à 4 mètres au-dessus du pont supérieur du Titanic avait frôlé la catastrophe. Vers 2 h, le moment était déjà au recueillement car c’était aux alentours de cette heure là que le Titanic avait rendu l’âme. Il faudrait attendre un an de plus pour faire une visite approfondie des lieux…

Ballard replongeait enfin sur le Titanic, à bord de son fidèle Alvin secondé par le robot JJ (Jason Junior). L’aventure prenait une autre tournure puisque des humains allaient enfin rendre sur place un hommage à ce géant de tôle et à toutes les victimes qu’il avait emportées dans sa descente abyssale. Plusieurs plongées étaient prévues en ce mois de juillet 1986. Au cours de l’une d’elles, le sous-marin heurta un bossoir, celui du canot No8 dirigé par la comtesse de Rothes et dans lequel madame Strauss refusa de prendre place pour mourir auprès de son mari…

« Sur le coup, ce fut comme si le pont des embarcations grouillait de monde et que l’on pouvait entendre l’écho du cri ‘Les femmes et les enfants d’abord’ » écrit Ballard. Les plongées se poursuivaient. Quelle émotion de découvrir le mobilier de luxe, et ces objets dont certains étaient restés intacts ! Deux plaques commémoratives furent laissées sur place par Alvin : l’une sur le pont de la poupe en mémoire à Bill Tantum et aux victimes, l’autre sur la proue le 24 juillet. « Je savais que c’était la dernière visite que je rendais au navire… Je me sentais comme un bachelier disant adieu à sa petite amie attitrée avant d’entrer à l’université » confie le scientifique, arrivant au bout de sa quête. Depuis d’autres expéditions ont eu lieu dont celles de l’Ifremer et de son fidèle sous-marin, le Nautile intervenu également sur l’épave du Prestige. Et toutes l’ont confirmé : le Titanic est plus qu’un cadavre de tôle, c’est une légende ! Spectre vivant dans la mémoire humaine d’un terrible drame qui aurait pu être évité si les hommes avaient été moins présomptueux…

Un film, et une histoire ? Quand la réalité dépasse la fiction…

Et sur le plan humain, l’histoire peut-elle dépasser la fiction, celle qui est l’un des plus grands succès de James Cameron ? Plus de 93 ans après le drame éclatent au grand jour les derniers instants partagés par Helen Churchill Candee et Edward A. Kent, passagers de première classe. Helen, 52 ans, avait fière allure, belle personne au tempérament fort, divorcée, écrivain et féministe. Bref, une femme engagée pour son rang. Son destin n’était pas de mourir dans les eaux glacées de l’Atlantique. Son salut, elle le dût à Edward, grand architecte américain, homme chic et séduisant de 60 ans. Personne ne connaît exactement la nature de leur courte relation à bord du Titanic, mais la seule chose dont on soit sûr, c’est qu’Edward a sauvé Helen. Le gentleman l’a entraînée sur le canot de sauvetage No6 – récupéré plus tard par le Carpathi a- et lui est resté pour secourir les autres passagers. Helen, espérant qu’il s’en sortirait, lui confia ses portes-bonheur : une flasque en argent et le camée de sa mère. Hélas… Le corps d’Edward fut repêché avec, à l’intérieur de la poche de sa veste, les 2 objets rendus à sa sœur Charlotte. Celle-ci, après avoir retrouvé la trace de la rescapée, les lui renvoya dans un courrier daté du 15 mai 1913. Tragique aventure qui a traversé les décennies au sein des 2 familles, et n’a été rendue public qu’au cours du mois de septembre dernier. La petite-fille d’Helen s’est en effet décidée à mettre aux enchères les vestiges de ce qui a pu être l’une des plus tragiques histoires d’amour de sa grand-mère…

Titanic en 3D : sortie en salles le 4 avril

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2 comments

1 ping

  1. Le Guen

    Titanic en Cameron 3D, ça va encore déchirer… Merci de cette piqure de rappel.
    Le rusticle

  2. Caroline Lepage

    Hé, bien le bonjour « Le rusticle » ;)

    Cameron 3D en Titanic, Cameron 3D dans les Mariannes, Cameron 3D à la plage… :D Comme Martine, Cameron aime la mer. Et le documentaire sur la plongée dans la fosse la plus profonde des océans sera sans doute très intéressant à voir également !

  1. Le BloGuen » Titanic l’amère

    [...] article passionnant sur le blog de Caroline Lepage, journaliste [...]

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