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Sirène, Méduse et autres créatures légendaires existent-elles ?

Sirène de John William Waterhouse (Wikipedia)

Sirène de John William Waterhouse (Wikipedia)

« Méfie-toi de l’eau qui dort » comme des chercheurs : ils se font un plaisir d’explorer toujours plus en profondeur les abysses pour en percer les secrets les plus obscurs ! Le public intelligent veut du scoop utile ? Les journalistes, passeurs de connaissances, transmettent… 

Plongeurs et scientifiques en sont témoins : le grand bleu est l’objet de tous les fantasmes. Qui n’a jamais rêvé, franchissant le miroir en direction de cet autre monde, de découvrir un trésor ? Archéologique pour les uns, biologique pour les autres – et c’est mon cas (je reconnais que je suis assez pénible en plongée, scrutant chaque détail de récif, chaque centimètre carré en quête de la perle rare) -, mythologique même pour certains… Effectivement, de Facebook à Pinterest, les mythes, ces temps-ci, inondent les réseaux sociaux dédiés à l’univers marin.

2013 : des sirènes comme s’il en pleuvait !

Sans doute une conséquence de l’hiver qui donne le cafard aux uns quand ils propulsent les autres au paradis ? C’est donc sur la toile que sévissent les inconditionnelles des sirènes, certaines de mes amies taguant les murs les plus austères de telles naïades : des petites (parce qu’elles auraient des enfants, filles et garçons comme chez les humains) des grandes, des blondes, des brunes, des rousses, au teint d’albâtre ou au teint mât, sous la surface, sur un rocher, dans une épave, entre copines, dans un lagon, en couples et même des requins aux trousses (oh, sirènes et squales ne seraient pas copains comme cochons ? j’ai du mal à le croire).

Dugong - Julien Willem (Wikipedia)

Dugong – Julien Willem (Wikipedia)

Vous imaginez bien que ces messieurs sont ravis du spectacle. Et moi qui me passionne pour l’océan et tous les phénomènes qui le concernent, en collectionneuse d’archives compulsive, j’enregistre toutes les démonstrations de cet engouement étonnant (noms, commentaires, images, renseignements divers et bien plus encore…).

Ainsi, j’observe, je scrute, griffonne, fouille, analyse, stocke, etc. de quoi écrire un livre au point où j’en suis. Et bing, au moindre coup de clic à claque, attention, j’interviens ;) Science, quand tu nous tiens, ton chant est aussi doux et irrésistiblement puissant que l’appel des sirènes ! Bon, je plaisante. Enfin, un peu seulement…

Lamantin et dugong : les vrais siréniens

Pour l’heure, avant de me lancer dans un ouvrage sur le sujet – pourquoi pas, si l’occasion se présente ? – , je me contenterai d’un article ici même. Reconnaissons que par ce froid glacial de janvier, il n’est pas étonnant que l’esprit – le mien aussi, je le confesse – s’évade sans forcer vers des destinations exotiques.

Tous ces flux et reflux qui bercent l’âme d’une douce chaleur associés à l’actualité marine brûlante de ce mois-ci m’ont inspiré cette récréation. Mais il est sain parfois de quitter sa tour d’ivoire et d’affronter la dure réalité : non, non et non, la science est formelle, ces sirènes qui font crépiter les écrans pour les sortir de la déprime n’existent pas. C’est comme ça !

Aïe, je sens d’ici votre immense déception. Point d’envoûtantes créatures à queue de poisson qui séduiraient les hommes et feraient rêver les femmes ? Non. Par contre, au rayon mammifères marins qui s’en rapprocheraient le plus, l’océan vous propose les siréniens. Très très bien, les siréniens… Goûter à la magie de la rencontre avec le lamantin, ça n’a pas de prix ! J’ai eu cette opportunité et je peux vous assurer que vous serez conquis(e).

Sinon, essayez le modèle dugong, sympathique aussi paraît-il. Moi, je ne saurais dire, celui que j’espérais croiser en Egypte, à Marsa Alam, m’a posé un lapin, le vilain ! A tenter donc… Pour différencier l’un de l’autre, facile : le lamantin a le bord de la queue rond, le dugong l’a bilobé. Allez, pour me faire pardonner cette brusque rupture avec la sirène de contes de fées, je vous offre un éclat de diamant brut du cinéma :

Le Grand Bleu (de Luc Besson) : extrait sirènes

Toujours liée à la mer et à la mythologie grecque ici, après la femme à queue de poisson, évoquons celle à tignasse tentaculaire (dont c’est l’histoire qui finit en queue de poisson). Son nom ? Méduse, l’une des trois sœurs Gorgones qui avait tout à gagner en se faisant toute petite ou tout à perdre en jouant la grosse tête. D’abord, Poséidon craqua sur cette séduisante jeune femme, commettant l’impardonnable faute de se l’approprier de corps… Euh, au passage, ça en 2013 Poséidon, c’est non : privé de famille et de trident pour longtemps, tribunal et prison !

Méduse et méduses 

Pour en revenir à Méduse, si l’on en croit les écrits, belle de l’extérieur, elle l’était moins de l’intérieur. Affichant un orgueil inouï, ses cheveux longs pensait-elle faisaient d’elle un canon et ça lui en faisait perdre quelque peu la raison. Faire profil bas, baisser d’un ton, lui aurait pourtant permis d’éviter de finir en thon.

Car sa vanité indécente exaspérait en haut lieu. Athéna, déesse de la Justice – et de la Sagesse, et de la Guerre, et des Maîtres d’école, et des Artisans, et des Artistes, etc. ! – remit les pendules à l’heure en lui infligeant une lourde peine. Adieu chevelure soyeuse et look sexy… La provocatrice se retrouva affublée d’une perruque de serpents à la mords-moi-le noeud, d’un visage peu avenant et de griffes ne donnant pas envie de lui serrer la pince. Beauté fanée devenue par sa seule arrogance un tue-l’amour, elle était aussi un « tue-l’ami ». Où ?

Méduse - Le Caravage

Méduse – Le Caravage

Comment, plutôt. Je vais vous le dire. Elle figeait ceux qui croisaient son regard, les tuant instantanément sans même prendre le temps de lire dans le leur que quelque chose de préoccupant clochait chez elle (un mal-être évident qu’un toubib l’aurait volontiers aider à soigner pour lui rendre le sourire, mais dans les légendes, les toubibs sont souvent les grands absents, encore un sale coup du numerus clausus sans doute). La peau et les membres de ses victimes soudain transformées en pierre, elles n’avaient même plus la possibilité de lever le pouce comme on le fait innocemment chez Zuckerberg

Ambiance du tonnerre donc autour de Méduse, esclave de sa propre haine : cotillons, marbre et bonne humeur grâce auxquels elle devait plus facilement se faire une tripotée d’ennemis qu’une bonne bande d’amis… Et plutôt que passer son temps à se marrer et à voir la vie en rose, Méduse préféra broyer du noir et semer le mal (quand on sait combien l’existence est courte et passionnante, quel gâchis) ! C’est tout à la fin qu’elle donna le meilleur d’elle même sous le coup de grâce de Persée, fils de Zeus.

Au dernier souffle qui la libéra de cette triste existence, de son corps décapité sortirent Pégase le cheval ailé et Chrysaor le guerrier ! Quant à son sang, coulé, il avait le don de tuer ou ressusciter. Est-ce pour cela que l’océan est aujourd’hui truffé de méduses, certaines inoffensives, d’autres à la piqûre mortelle ? Non bien sûr, mais si Méduse n’existe pas, les méduses sont chez elles dans l’élément liquide (vous voulez en savoir plus à leur sujet : découvrez mon dernier livre Les baleines ont-elles le mal de mer ?).

Scoop : le calmar géant en vidéo !

Hé, oh, je vous vois venir avec vos gros sabots. Vous allez me dire « et dans toutes ces bizarreries de légende, pas une pour exister vraiment ? » Mais si, et à tentacules : le calmar géant, de son nom latin tout mignon Architeuthis dux… Une vraie star en biologie marine ! Du genre de celles dont vous guettez les moindres news sorties dans la presse depuis plus d’une décennie.

Il faut dire que la bête gigantesque est fascinante (oui, je craque sur le plus grand invertébré de la planète depuis des lustres). Vous verrez dans l’un des dossiers que je mettrai en ligne prochainement qu’on sait bien peu de choses à son propos, juste qu’elle se cache dans les abysses où elle mène sa petite vie bien tranquillement, cultivant ce mystère qui nous tient en haleine d’année en année.

Alors, la surprise ? De taille ! Voici l’Architeuthis dux en vidéo le montrant dans son habitat naturel au cœur des abysses, une première mondiale. Repérée depuis un submersible par 630 mètres de fond en juillet 2012, cette créature mythique est descendue jusqu’à -900 m avant de disparaître dans le Pacifique Nord près de l’île Chichi. L’expédition scientifique était menée par des chercheurs Japonais, et financée par deux chaînes de télévision : NHK (japonaise) et Discovery Channel (américaine). Ah que c’est beau, la science ! En attendant un prochain scoop peut-être, régalez-vous ;)

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4 comments

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  1. Bontemps

    Bonjour Caroline, votre article est détaillé et intéressant, riche en détails… Cependant, les siréniens ne s’apparenteraient-ils pas davantage à Triton fils de Poséïdon et d’Amphitrite qu’au Lamantin (donc sirénien) ? Le haut du corps semblable à celui d’un homme mais le bas est en forme de poisson…

  2. Caroline Lepage

    Bonsoir Sophie,

    Heureuse que l’article vous plaise ! Seulement, les faits, rien que les faits, s’il vous plaît. N’allons pas nous embrouiller l’esprit avec des « et si… » . Je ne dis pas qu’il ne faut pas rêver : rien de tel que le romantisme. Mais ce n’est pas l’objet de l’article ici, vous l’avez bien compris. La science s’attache à la vérité qui est souvent beaucoup moins rose que les mythes (grâce à ce travail de fourmis des chercheurs, on évite les dérives dans de nombreux domaines auxquels on ne pense pas immédiatement).

    Cela peut donc prendre beaucoup de temps mais la science finit tôt ou tard, par recoupement de nombreuses études sérieuses et publiées dans des revues, par trouver des réponses qui tiennent la route (c’est son job ;) vous allez me dire). Voilà, je vous le répète sans détour, et ce n’est pas de gaieté de coeur un samedi soir : la réalité, aussi dure soit-elle, pour les gens qui refusent d’ouvrir les yeux, c’est que ces princesses et princes des mers n’existent pas, ou seulement dans l’imagination de ces dames, de ces messieurs et pour le plaisir de nos petits enfants (souvenons-nous du succès d’Ariel, la petite sirène de Disney)…

  3. Bontemps

    Quelle rigueur Caroline :-)

  4. Caroline Lepage

    Oui, quand c’est impératif ;)

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