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La science en démocratie

democratieLa diffusion des connaissances scientifiques doit-elle être la chasse gardée d’un cercle fermé de grands intellectuels ? La science est-elle réservée à une élite ? Est-il interdit d’en parler avec humour et légèreté ? 

Ces questions trottent dans ma tête depuis quelques jours (même si honnêtement, j’ai déjà ma petite idée sur les réponses qu’elles méritent). Je n’imaginais pas commencer ainsi l’introduction du livre Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ? (publié en mars 2010). Mais après tout, la critique ne doit-elle pas être constructive ? Evidemment !

Explorations en terre animale

Elle est même un élément sain et essentiel à la démocratie. Il faut l’accepter : on ne peut pas plaire à tout le monde. Aussi, je tiens à rebondir sur une critique particulièrement acerbe que je viens tout juste de découvrir au sujet de mon premier livre Explorations en Terre Animale (publié en novembre 2008), laquelle a eu le mérite de susciter en moi une avalanche d’interrogations en lien évident avec Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ?

Explorations en Terre Animale est entièrement dédié à la nature. Oui, je sais : il y a des gens pour lesquels l’écologie est une bouleversante révélation, et d’autres qui la trouvent complètement ringarde. Je respecte les choix de chacun. Le mien est clair, peut-être parce que ces préoccupations sont de ma génération ? J’en ai fait mon cheval de bataille ancré jusque dans le nom de mon site web merseaplanete.

etres-humains-et-science

Et parce que j’ai été conquise par l’audace de Paul Heiney dans « Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers ? » (publié en mars 2007) et « Les chats ont-ils un nombril ? » (publié en avril 2008), je m’en suis largement inspirée. Par des pirouettes plus ou moins réussies, j’espérais réveiller la fibre écolo’ des lecteurs et leur faire entrevoir la magie de la vie animale, comme sa fragilité.

risque-climatCes intentions m’ont valu cette remarque : « bref, le message banal et maintes fois rebattu n’étonnera que ceux qui vivent sur une autre planète ! ». Elle me surprend, vraiment. En travaillant sur Explorations en Terre Animale qui aborde les dernières découvertes scientifiques, j’ai appris tant de choses étonnantes… Pourtant, je suis Terrienne (si, si, je vous assure). Saviez-vous par exemple, que les chats pouvaient transmettre un parasite aux dauphins et aux baleines ? Lequel et de quelle manière, c’est ce qu’ont étudié deux chercheurs américains évoqués dans l’ouvrage.

democratie-ou-dictature-ou-democratieEn toute franchise, à la lecture de ce commentaire plutôt désabusé, je me suis demandée ce qu’il était bon de faire : cesser d’écrire sur les thèmes ayant un lien avec l’écologie ? Se taire puisque « le message » est apparemment devenu sans intérêt et lassant ? J’ai beaucoup de mal à croire que le grand public soit blasé à ce point par la question et que l’élan de bonnes volontés qui ne cesse de progresser est sur le point de s’essouffler.

Sombrer dans le pessimisme, après tout ce chemin parcouru ? Impensable ! Au risque d’agacer, je reste persuadée qu’il est toujours plus productif de décortiquer encore et encore les causes des problèmes actuels pour essayer ensemble d’imaginer de vraies solutions, plutôt que de faire l’autruche en se disant que « cela ne sert plus à rien » ou que « de toute façon, il est trop tard ». Il n’est jamais trop tard pour mieux faire.

journalismeAinsi, chacun doit pouvoir se forger sa propre opinion sur les sujets d’actualités. Seulement, pour avoir un avis personnel et éclairé, encore faut-il être suffisamment (et correctement) informé. Pour cela, il ne faut pas hésiter à se tourner vers tous les médias disponibles : journaux, livres, internet, radio, télévision, cinéma.

Quand les pandémies, les pollutions ou le réchauffement climatique menacent, on comprend vite en quoi disposer d’informations fiables et recoupées est important ! Les experts – des scientifiques lorsqu’il est question de science – sont là pour aider à y voir plus clair. Le grand public a lui aussi le droit d’avoir un avis et de ne pas vouloir former une masse de moutons dociles auxquels on ferait avaler n’importe quoi…

Maintenant, je reconnais que parler de science – la « vulgariser » comme on dit – est un art extrêmement délicat. De plus, je suis peut-être un peu écolo’ dans l’âme, mais pas littéraire pour deux sous ! Dommage car ce métier de transmission de l’information scientifique, lui, s’est imposé à moi comme une évidence.

Alors, voilà : j’écris, très simplement. Et de manière toute aussi élémentaire, je dirais que la science est comme une belle tarte aux fraises cachée dans le réfrigérateur (je le confesse, j’adore les fraises). Les chercheurs sont les pâtissiers qui l’ont confectionnée, et les journalistes scientifiques sont chargés de l’apporter sur un plateau aux gourmands qui ne savaient pas qu’un si bon dessert se cachait dans le frigidaire. Franchement, comment ne pas avoir envie de le partager avec des amis ? C’est tellement plus convivial que de le savourer seul…

Sans aucun doute, la science est délicieuse. Hélas, cela ne saute pas toujours aux yeux. L’enseignement y est-il pour quelque chose ? La question mérite d’être posée. Pour ma part, je ne suis pas très fière de l’admettre, mais adolescente, les cours de maths, physique ou chimie me paraissaient tellement compliqués et ennuyeux qu’ils ne me passionnaient pas beaucoup. Un jour, une prof’ de sciences m’a suggéré une orientation en économie. Mon professeur d’éco, lui, me voyait plutôt dans la vannerie, vanne assez drôle d’ailleurs que je ne suis pas prête d’oublier !

A la faculté, ce fut le choc, ou plutôt le déclic. J’ai vu de mes yeux des étudiants se presser à des cours de biochimie parce que l’enseignant avait un sens de l’humour assez gras qui les faisaient hurler de rire (d’un seul coup, les péripéties des molécules leur apparaissaient claires comme de l’eau de roche) ; et d’autres, qui trouvaient des tas d’excuses pour sécher une journée entière, se pointer à 18h sur les bancs déjà bondés parce qu’ils n’auraient manquer pour rien au monde les deux heures palpitantes d’histoire de la médecine (je n’ai plus votre nom en tête, cher monsieur, mais je vous dois tellement…).

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J’ai admiré ce très vieux professeur qui parlait de l’intérieur du corps comme d’un voyage au centre de la Terre, et cet autre qui savait faire de la biophysique l’une des matières préférées des élèves ! Oui, il y a des gens qui savent émerveiller les autres, des gens qui donnent le goût d’apprendre. Modestement et dans la bonne humeur, ils parviennent à captiver ceux qui les écoutent ou qui les lisent.

Je n’ai pas la prétention d’en faire autant. Mais moi qui aime plaisanter, j’ai retenu la leçon, y compris au travers des ouvrages de Paul Heiney que j’ai adoré lire avant de les traduire. Bien sûr, la science est une discipline sérieuse. Pour autant, doit-elle absolument être barbante ? Pas du tout. Il n’y a qu’à voir comment Mr Heiney explique les mystères du monde animal, de l’univers végétal, du corps humain ou de l’espace…

Dans « Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers ? », il sait retenir l’intérêt de tous avec des histoires d’atomes, de gravitation, trous noirs, Big Bang, lumière, diamants, chaleur ou savon ; et rebelote dans « Les chats ont-ils un nombril ? » avec le gaz hilarant, les rêves, les chats, les bulles, l’électricité, la Terre, l’orage ou les volcans. Bref, il nous rappelle que la science est au cœur de notre quotidien, de notre avenir et qu’elle est tout sauf barbante !

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Alors, pourquoi, depuis quelques années, entend-on dire que les filières scientifiques souffrent d’une inquiétante désaffection de la part des étudiants ? Où sont les chercheurs et techniciens de demain si les jeunes désertent aujourd’hui ? Il faut absolument rendre ses lettres de noblesse à la science. La culture scientifique a une tâche à remplir dans cette mission de grande envergure. Elle doit relever ce défi sans oublier d’être attrayante. Pas facile…

Alors d’avance, veuillez me pardonner, je vous prie. Dans ce livre, j’userai (et abuserai ?) d’artifices. Comme dans Explorations en Terre Animale, je n’hésiterai pas à utiliser des expressions de l’oral que l’écrit n’apprécie guère, à employer des images un peu poussées peut-être et à faire de l’anthropomorphisme (« doctrine qui attribue des caractères humains à la divinité, aux choses et aux êtres naturels » selon le dictionnaire), « ce qui est contraire à toutes démarches scientifiquement responsable » explique-t-on dans la cinglante critique.

Or, sur ce point précis, je suis navrée : j’ai beau essayer de me forcer, je ne souffre d’aucune culpabilité. Au contraire, sachant que les sujets évoqués sont parfois difficiles à comprendre ou épineux, je « digère » chaque phénomène à décrypter et pèse ensuite chacun des mots qui serviront à les décrire. Et je ne vois pas en quoi il est mal d’utiliser des ficelles pour que la science ne soit pas réservée à une élite scientifique ou intellectuelle (dont je ne fais pas partie), mais qu’elle soit largement diffusée…

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Pour achever le tableau, il est écrit qu’Explorations en Terre Animale serait « superficiel ». Parce que je passe en revue – et en détails, quand même – 250 sujets susceptibles de piquer la curiosité pour donner envie de les approfondir plus sérieusement ? Pire, on m’accuse de vulgariser avec « vulgarité ».

Parce que je parle de science, de protection de l’environnement ou de la faune en termes imagés ou issus du langage courant ? Moi, de la vulgarité, j’en vois dégouliner à longueur de journée dans certaines émissions de télévision sans que personne ne s’en émeuve vraiment (hélas…). Mais dans mes textes, non : j’ai bien trop de considération pour les personnes qui voudront bien me lire !

Ainsi, à vous dont j’ignore le nom et qui avez exprimé une opinion tranchée sur mon premier ouvrage, sachez que je respecte sincèrement votre travail et que je tiens à vous dédier l’introduction de Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ? Il est important de rappeler combien la critique est précieuse parce qu’elle donne matière à réfléchir et que sans le regard des journalistes, l’information (politique, scientifique, etc.) ne serait plus que de la communication néfaste à la liberté de penser… Alors, pensez-y !

Caroline Lepage, la suite est à lire dans l’ouvrage Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ?

Mouches livre

 

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