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SANS CULOTTE POUR DES DENTS DE SAGESSE

Les fesses à l’air pour des dents, est-ce bien raisonnable ? C’est une question qu’ont dû se poser des millions de Français passés sur une table d’opération presque « à poil » sous anesthésie générale. Pour quatre quenottes, d’autres plus chanceux peut-être ont eu droit seulement à la version « locale »…

Extrait « Le monde de Némo » (2003)

De mémoire, je devais avoir 16 ans lorsque mes dents de sagesse ont commencé à poser problème aux professionnels de santé de la bouche. Quand pour moi, lycéenne, le problème a été de devoir retirer ma culotte rien que pour passer sur leur table d’opération… A cet âge là, une jeune femme a pour seule préoccupation de décrocher son bac qui approche et n’a envie de penser ni à sa bouche ouverte pendant qu’elle est endormie de façon artificielle devant des étrangers aux visages cachés derrière un masque chirurgical, ni à son vagin quasiment à l’air pendant qu’ils vont lui charcuter les dents.

Séance de torture sur le fauteuil du dentiste

Il est vrai qu’évoquer ces problèmes de dents n’est glamour pour personne. Il faut pourtant bien en parler puisqu’ils concernent tout le monde. La preuve ici, et pas seulement les retraités qui auraient dit-on plus les moyens de s’offrir des soins coûteux pourtant de moins en moins remboursés… Pendant les années 1980 (aujourd’hui aussi probablement), le mercredi était le jour des enfants et pour eux, les frais dentaires étaient assez remboursés pour que les mères les accompagnent au moins jusqu’en salle d’attente remplie de cris et de piétinement d’impatience chez le bourreau d’enfants officiel de la ville : l’orthodontiste !

Un pauvre vieux monsieur aux cheveux blancs comme sa blouse, qui ne trouvait aucun candidat pour reprendre son gigantesque cabinet. Il voyait d’abord défiler les gosses, parfois angoissés moins par la position de leurs dents que par la crainte du diagnostic ; puis les mères, carnet de soins dentaires à la main ou papier certifiant qu’elles avaient bien effectué la visite demandée chez le dentiste confrère de la région lors du dernier rendez-vous (chez l’orthodontiste, vous suivez !). Elles n’avaient plus qu’à écouter le verdict du « savant » qui leur pointait du doigt la dent rebelle qu’il faudrait prochainement arracher, sous les yeux exorbités des gamins pas malades mais terrorisés de la suite…

Mauvaises langues

Du dentiste à l’orthodontiste au chirurgien de la clinique : un vrai business, diraient les mauvaises langues mais pas tellement un parcours de santé. Car on n’y allait pas en courant à l’époque… Et comment dire, l’état de ma bouche en 2018 ? Mes dents auraient certes pu se déchausser dans la souffrance sous l’effet du temps, et surtout de gencives traumatisées par des années de port d’appareil dentaire, en plus ! Non, rien de tout cela heureusement. L’ensemble continue de résister, même aux assauts quotidiens du chocolat croquant et des fruits secs à la peau dure… Comme l’ensemble a tenu le coup lorsque le dentiste de la région a dû mettre un pied sur le fauteuil et toutes ses forces pour m’arracher une dent de lait récalcitrante dont les racines ne voulaient absolument pas quitter ma bouche. Cerise sur le gâteau, la souris n’est pas passée pour me laisser une pièce sous l’oreiller.

Mais il l’a eu, lui, l’arracheur de quenottes dont je comparais la seringue remplie d’anesthésique local à un pistolet d’argent. Il en avait l’allure et l’éclat : je pouvais apercevoir le reflet de mon « bourreau » dedans, comme celui de mon visage pendant que je m’agrippais, en sueur, aux accoudoirs du « fauteuil de torture » des patients. Dentiste, quel métier ! Et avec quelques radios en plus, diagnostic sans appel, un jour, il faudrait faire encore de la place dans cette bouche et arracher les quatre dents de sagesse… L’horreur que je crachais déjà dans une mare de sang directement à l’intérieur du petit évier à côté du fauteuil. Coup classique ? Coup de bambou, oui !

Un casque et un palais

Quand on annonce à une gosse qui a déjà porté pendant des années deux types d’appareils dentaires, elle n’a plus envie qu’on lui parle de dents. J’ai eu droit au casque à porter chaque nuit : deux tiges métalliques fixées à des bagues enroulées autour des dents, le tout s’échappant de la bouche et maintenu à l’arrière du cou par une bande élastique ferme. Et je me suis collée ensuite le palais en plastique sous le palais buccal justement qui a failli me tuer parce que j’avais le malheur d’aimer les caramels. Durs ou mous, ce n’était pas le problème, la friandise de sucre et d’eau de forme ronde s’est collée au plastique avant de venir se coincer d’un coup dans ma gorge, le temps de me voir mourir ! Sans l’appareil dentaire, le bonbon se serait juste contenter de fondre naturellement…

Bref. Et donc, j’ai fini un jour par aller présenter aux médecins de la clinique mes dents de sagesse qui ne voulaient pas sortir et risquaient de tout casser… J’étais hospitalisée pour la seconde fois de ma vie. La première (qui ne m’a pas obligé à me rendre chez une orthophoniste), c’était pour une ablation des amygdales qui ne voulaient pas désenfler et m’empêchaient de causer normalement. Ne comptons pas ici la naissance à la maternité de l’hôpital car je ne m’en souviens pas plus que vous. A la clinique, j’y suis restée une nuit, probablement comptée comme deux jours d’hospitalisation à se faire rembourser tant bien que mal par la sécurité sociale, histoire de creuser un peu plus son trou comme le font depuis une éternité chaque année des millions de Français plus ou moins malades.

Tiens, on devrait rembourser aussi les bons aliments des Français qui font les courses pour ne pas avoir à se gaver de médicaments pour mettre tout le monde sur le même pied d’égalité ? Plaisanterie de mauvais goût, bien sûr…

La chemise ouverte

Patatras, le matin de l’opération : on me demandait de retirer mon pyjama pour enfiler une espèce de chemise toute moche s’ouvrant dans le dos, tout en ajoutant que je devais aussi retirer ma culotte ! Mes guiboles s’en souviennent encore, et ma peau qui commençait à frissonner de cette baisse de température annoncée aussi. « Enlever ma culotte pour des dents !?!? » me suis-je carrément écriée. « Oui » a répondu le brancardier qui me conduisait ensuite allongée sur un lit roulant déjà à moitié droguée par le calmant administrée avant l’opération à venir. Oserais-je avouer que j’étais terrifiée et grelottais sous ce léger tissu ? J’essayais de me calmer en regardant les lumières blanches au plafond et en continuant à interroger mon chauffeur sur cette sombre histoire de « sans culotte pour une future sans dents ».

Il a dû en rire et je ne suis pas arrivée assommée dans la salle d’opération toute froide. J’ai regardé l’horloge accrochée au mur, puis posé encore une ou deux questions à l’anesthésiste masqué et à ses collègues qui me posaient des trucs sur la poitrine pour suivre mon rythme cardiaque et m’en enfilaient un autre dans le bras pour m’endormir. Ce même bras par lequel j’ai donné tant et tant de sang pendant plus d’une décennie pour des contrôles divers lié au suivi des taux hormonaux pour ma thyroïde… Puis, plus rien. Ecran noir ! J’ai eu le temps de me dire plus tard que si je réussissais médecine à l’avenir, je préférerais exercer comme généraliste en « tenue civile » dans un bureau chauffé que chirurgien en blouse même colorée dans un bloc opératoire glacé. Bref, en sortant de la clinique, j’avais à prendre des médicaments pour faire dégonfler la tête en forme de poire – l’infection de chaque côté était superbe – et j’ai quand même gardé mes joues de hamster enflées d’un bleu-vert mortel jusqu’au jour des épreuves du bac blanc…

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