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De la… Religieuse influence en science !

Musée des Confluences à Lyon (ammonites et mammouth de Choulans)A l’époque où, de l’Amérique à l’Asie en passant par l’Europe, personne ne connaît encore les dinosaures, les mythes et les légendes ne sont remplis que de monstres, de dragons et de héros…

Bible de Gutenberg (Bibliothèque du Congrès à Whashington)

10 000… film de science-fiction 

Encyclique sur l'écologie - Pape FrançoisNatureMicroscope Optique (1751)

Ils se perpétuent de générations en générations. En attendant Gutenberg, Barnum, Mantell, Anning, Crichton, Spielberg et les autres, sans livres, télévision, cinéma ni Internet, on alimente ses rêves et ses cauchemars avec les moyens du bord.

Dans l’Antiquité, les grands animaux éteints comme les dinosaures ou les mammouths sont perdus sous terre sans risque de quitter ce monde invisible. Pensez que durant la période prédynastique qui précède le règne des pharaons en Égypte Ancienne, il existait encore des mammouths sur une île du grand nord ! Mais comment peut-on concevoir l’existence de géants disparus ou en voie de disparition à des kilomètres de là si l’on connait à peine les vivants ? Ils étaient ceux d’aujourd’hui : calmar géant, requin, baleine, éléphant, girafe, rhinocéros, hippopotame, lion, tigre, etc.

Procarcharodon megalodon (musée d'Avignon) dent du requin géant découverte à Cucuron par le français Esprit Requien (1758-1851)

Procarcharodon megalodon (musée d’Avignon) dent du requin géant découverte à Cucuron par le français Esprit Requien (1758-1851)

A l’époque, les gens découvraient tout juste ces grandes espèces, dont le premier de la liste, habitant des abysses, n’a été photographié et filmé vivant qu’à partir des années 2000 ! Alors même que le calmar géant est le plus grand invertébré au monde, dépourvu d’os, porteur d’un bec corné indigeste pour le cachalot (et par ce biais candidat malgré tout à la fossilisation)…

Quant au requin, hormis ses dents et denticules dermiques – écailles en forme de dents -, son squelette cartilagineux se prête mal à la fossilisation. Enfin, les autres animaux ont bien un squelette osseux de taille honnête, mais on les connaissait à peine. C’est justement là que ça coince : dans le manque de recul et l’influence de la religion sur la science !

Du coup, des os exagérément longs, un crâne anormalement épais, une molaire démesurée sortie de terre avaient vite fait d’être catalogués au rang de vestiges de divinités, saints, géants, cyclopes ou autres licornes.

Tapisserie La Dame à la licorne (Musée National du Moyen Age à Cluny, Paris début 16e siècle)

Tapisserie La Dame à la licorne (Musée National du Moyen Age à Cluny, Paris début 16e siècle)

Formant un peuple de bestioles bizarroïdes, les uns et les autres finissaient par cohabiter dans l’imaginaire collectif comme s’ils existaient vraiment ! Étaient-ils envoyés de l’au-delà ? Porte-bonheurs ? Porte-malheurs ? Les extrapolations allaient bon train : point de raison là-dedans, mais au moins, la foi…

Au Moyen-Âge, en Occident, loin de la réalité du cadavre d’un mammouth, de tels trésors recrachés par le sol arrangeaient bien finalement : le peuple devait écouter religieusement le discours officiel sans trop se poser de questions. Et gare au savant qui osait émettre de nouvelles hypothèses sortant de ce cadre. Ainsi, l’homme vivait au centre de l’Univers, sur la Terre, plate et jeune, qui avait quelque chose comme 6000 ans, flottait sur l’océan et était surmontée d’une voûte céleste soutenue par des piliers. Elle avait connu un épouvantable cataclysme, le Déluge que Noé avait affronté, à bord de son arche, entouré d’animaux à sauver des eaux.

Dessin de la lune par Galilée (1610) et photo de la même vue     Planètes du Système solaire (Nasa)

Badaboum, dans cette ambiance de vie de cathédrale, voilà que, gonflé, Nicolas Copernic, astronome polonais (1473-1543), suggère que la Terre puisse ne pas être le centre de l’Univers, mais une planète comme les autres qui tourneraient sur elles-mêmes et autour du Soleil. Eh, parbleu ! Plus tard, sur la même longueur d’onde, le physicien italien Galilée (1564-1642) reprend le flambeau. Au feu ! Sa lunette astronomique, son intérêt pour les mathématiques et son œil de lynx scrutant le ciel en permanence lui font soutenir l’hypothèse qui lui coûtera bien cher : lors d’un procès mené par l’Inquisition en 1633, il est obligé de se rétracter ! Il ne sera réhabilité par l’Église qu’en 1992. Mea culpa tardif mais qui a le mérite d’exister, l’erreur est humaine…

Ce scientifique, très injustement pestiféré de son époque, ouvre pourtant la voie de l’observation à toutes les échelles : de l’espace à la cellule, voyage de l’infiniment grand vers le minuscule, passant bien sûr par le microscope. L’instrument optique devra patienter jusqu’au XIXe siècle avant d’obtenir ses lettres de noblesse, le temps que les progrès techniques améliorent les lentilles et les sources d’éclairage. Ensuite, on ne l’arrête plus ! Au XXe siècle, passé à la vitesse supérieure, il est transformé en bolide de labo : le microscope électronique permet d’aller toujours plus loin dans l’exploration de l’infiniment petit.

Qui aurait pu imaginer l’étendue de tous ces possibles champs de recherche à une époque où émettre le moindre doute scientifique pouvait faire couler plus de sang que d’encre ? Difficile de poser cette question dérangeante qui revenait pourtant sur le tapis : si Dieu avait crée la terre avant les animaux, pourquoi y avait-il des vestiges d’eux à l’intérieur d’elle ? Là, basta, on préférait noyer le poisson…

Il était plus commode de faire des fossiles des objets de culte, symboles de miracles pour renforcer la foi des pratiquants que de laisser les esprits curieux tenter de percer le mystère. Après tout, on se montrait volontiers plus généreux en offrandes dans les églises qui exposaient ces trésors miraculeux. D’ailleurs, à l’origine, le mot fossile inventé par l’Allemand Georg Bauer, dit Agricola (1494-1555) désignait plus largement tout ce qui était sorti de terre : coquilles, minéraux, gemmes, os, cornes, etc. Des collectionneurs se passionnaient déjà pour ces objets précieux d’origine naturelle…

Des jeux de la nature ?

La Cène de_Vinci_(1452-1519)Pleuroceras_spinatum_Museum de ToulouseRosace nord de Notre Dame de Paris

 

Toutefois, il a bien fallu se rendre à l’évidence : de nombreux fossiles, retrouvés parfois jusqu’en montagnes, avaient des formes de coquilles enroulées ou ressemblaient à des poissons gravés dans la roche. Au XVIe siècle, quelques illuminés dont un certain de Vinci osent exprimer une opinion allant à l’encontre du courant de pensée dominant. Pour eux, ces fossiles sont les traces d’une présence passée de la mer et de ses habitants dans les régions de leurs découvertes. Mais majoritairement et pendant deux siècles encore, de l’avis général, il faut juste les regarder comme une poétique expression des accidents du hasard. Sous l’influence des étoiles peut-être, une force mystérieuse ? Portés par une indéfectible foi, des naturalistes voient en eux ce qu’ils appellent les « jeux de la nature ».

Ils sont soutenus dans leurs convictions par le poids de l’interprétation biblique liant la présence des fossiles au Déluge. Selon les écrits, ainsi s’abat sur les hommes cette sanction de Dieu en réponse à leurs péchés : « Les sources du grand abîme des eaux jaillirent, et les cataractes du ciel furent ouvertes. La pluie tomba pendant quarante jours et quarante nuits. Le déluge se prolongea pendant quarante jours, et les eaux s’étant accrues couvrirent la surface de la terre;mais l’arche étaient portée sur les eaux. Les eaux crurent et grossirent beaucoup. Toutes les hautes montagnes qui sont sous les cieux furent couvertes. L’eau ayant gagné le sommet des montagnes, s’éleva de quinze coudées plus haut. Tous les hommes et tous les animaux périrent;il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l’arche ». La Bible…

Pour autant, au risque de se mettre du monde à dos, certains remettent en cause cette explication divine des coquillages pétrifiés avec des arguments convaincants. Observateur, Léonard de Vinci (1452-1519) note la présence de spécimens comme enfouis ensemble, dans l’action, dans des postures de vivants. En ce sens, d’après lui, ils ne peuvent avoir été charriés morts tels les débris des ravages d’une mer démontée qui auraient fini incrustés dans les sédiments.

Il défend cette thèse sans mâcher ses mots : « On ne peut qu’admirer la sottise et la simplicité de ceux qui veulent que ces coquilles aient été transportés par le Déluge » ! Les savants sous forte emprise religieuse avaient quand même quelques adversaires aux arguments sérieux. D’autant plus que les coquilles en question, les ammonites alors appelées cornes d’Amon en référence à celles de bélier que porte sur la tête Amon (signifiant « caché »), roi des dieux de l’Égypte Ancienne, étaient abondantes. Mais elles n’avaient pas exactement le look de coquillages contemporains…

La science de Claude Bernard

INSERM
Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865)
Claude BernardIl faut savoir que toutes nos divisions de science ne sont pas dans la nature ; elles n’existent que dans notre esprit, qui, à raison de son infirmité, est obligé de créer des catégories de corps et de phénomènes afin de mieux les comprendre en étudiant leurs qualités ou propriétés sous des points de vue spéciaux.
Il en résulte qu’un même corps peut être étudié minéralogiquement, physiologiquement, pathologiquement, physiquement, chimiquement, etc. ; mais au fond, il n’y a dans la nature ni chimie, ni physique, ni pathologie : il n’y a que des corps qu’il s’agit de classer, et des phénomènes qu’il s’agit de connaître et de maîtriser.
Or, la science qui donne à l’homme le moyen d’analyser et de maîtriser expérimentalement les phénomènes est la science la plus avancée et la plus difficile à atteindre. Elle doit nécessairement arriver à être constituer la dernière.

L’accélération des connaissances en biologie n’ayant pas encore eu lieu, comment établir un parallèle entre la présence de ces « jeux de la nature » à l’intérieur des roches et des empreintes de créatures disparues ? Comment imaginer qu’une extinction de masse des espèces ait pu se produire si Dieu avait crée le monde et, malgré sa colère, épargné des représentants mâle et femelle de chaque animal, embarqués au côté de Noé ? Dans ces conditions, aucune créature ne pouvait avoir disparu et la paléontologie elle-même ne pouvait avoir de sens ! La science, écrasée sous le poids des croyances, avait un défi de taille à relever. Le siècle des Lumières allait la faire briller avec un peu plus de raison…

Extrait du livre Les dinosaures sont parmi nous

Loi sur la liberté de la presse (Archives_Nationales 29 juillet 1881)                      Encyclopédie_ou_Dictionnaire_raisonné_des_sciences_des_arts_et_des_métiers_par_une_société_de_gens_de_lettres

 

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