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Quand nos peaux bleues finissent en court-bouillon…

Pas de scoop ici, les ailerons de requins sont très recherchés pour la préparation d’une soupe à la mode en Asie. Ainsi, afin de ne jamais manquer de l’ingrédient essentiel à cette recette, quelques dizaines de millions de squales sont enlevés chaque année à la nature ! Et pas seulement dans le Pacifique ou l’Océan Indien, chez nous aussi…

 Voilà un thème récurrent dans mes articles. Je l’avoue, je vois rouge à chaque fois que je tombe sur une énième publication qui tente d’alerter le monde entier au sujet du déclin des requins, et plus encore lorsqu’il s’agit du shark-finning, pratique odieuse consistant à prélever les ailerons sur les animaux vivants pour en faire de la soupe. Cette fois-ci, il est question du requin bleu ou peau bleue (Prionace glauca) qui disparaitrait des eaux de l’Atlantique en raison de ce commerce, mais pas directement via le finning. Vous allez comprendre la subtilité…

Au même titre que le grand blanc, le requin-tigre, le requin-baleine ou encore le pélerin, le peau bleue fait partie de mes chouchous. Allez, vous avez bien les vôtres, pas vrai ? Comment ne pas rester admiratif devant la silhouette fuselée à l’extrême de cette torpille vivante d’un bleu métallisé, presque surnaturel ? Ne semble-t-elle pas incarner la perfection de la vie au grand large ? D’ailleurs, je ne peux m’empêcher de penser que ce splendide requin qui se promène également en Atlantique et en Méditerranée (près des côtes françaises aussi, oui, oui !) est du coup un peu le nôtre.

Chaque année : 1,1 million de requins bleus en moins en Atlantique

Or, depuis une trentaine d’années, le peau bleue est l’une des espèces de requins les plus pêchées. Résultat, les populations ont décliné de façon dramatique, perdant jusqu’à 80% de leurs effectifs dans certaines régions du globe.  Les résultats de cette nouvelle étude publiée dans la revue PloS One nous en apprennent un peu plus sur la situation en Atlantique. Selon des biologistes du Royaume-Uni (Marine Biological Association) et du Portugal (CIBIO), dans cet océan, 1,1 million de peaux bleues seraient prélevés chaque année essentiellement par des navires de pêche espagnols, portugais et tunisiens. Exprès ? Même pas !

En effet, le Prionace glauca n’est pas spécifiquement visé par l’industrie de la pêche. Seulement, hélas pour lui, il chasse à grande profondeur comme le montrent ces chercheurs qui ont marqué plusieurs individus et suivi leur migration entre le sud-ouest de l’Angleterre et le Portugal. De fait, entre -100 et -300 mètres, le squale tombe sur ces fameuses palangres et leurs centaines d’hameçons destinés aux espadons et aux thons. Aïe, le voilà fichu, mais pas perdu ! Car même en tant que prise accessoire (par définition accidentelles), il peut rapporter gros…

Pour les réveillons, mangez de la soupe à l’oignon !

Avec la restriction des quotas de pêche sur les autres gros pélagiques, lorsqu’ils sont remontés à bord, les requins (souvent peaux bleues et makos) seront comptabilisés, répertoriés, avant d’être vendus à Taïwan ou Hong-Kong. Pour leurs ailerons évidemment ! Pour autant, s’il s’agit « d’accidents », les rapports concernant le nombre et le lieu de ces prises accessoires échappent volontiers au contrôle des autorités de pêche d’après les auteurs de l’étude. Manque de transparence des données, protection des squales qui laisse à désirer en Atlantique, nous pouvons craindre le pire pour nos squales…

En attendant que les choses bougent dans cette partie du globe, les campagnes de sensibilisation, et en particulier celles de la WildAid (avec le soutien de Yao Ming, star du basket-ball et ancien de la NBA), ont heureusement commencé à porter leurs fruits. Cette année, quelques jours avant le nouvel an chinois, période de fête durant laquelle la soupe aux ailerons est la plus consommée, la compagnie Shangri-la a fait un geste. Elle qui détient entre autres des dizaines d’hôtels sur toute l’Asie a annoncé qu’elle retirait le plat de ses cartes ! Franchement, un bouillon aux nouilles, ce ne serait pas mieux que le même aux ailerons de peaux bleus ? Et les nuits de java, une petite soupe à l’oignon, ça le fait aussi, non ?

Stop à la soupe d’ailerons !

 

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  1. Une victoire pour les requins, vraiment ? » MERSEA PLANETE

    [...] clair, depuis 2003, dans les eaux européennes, le fining se pratiquait toujours ! Justement, l’étude que je citais ici-même sur ce blog il y a quelques jours le dénonce. Et ce ne sont pas les 10 [...]

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