«

»

Imprimer ceci Article

Prix littéraires et pas science ?

Goncourt 2012 – Jérôme Ferrari (Actes Sud)

Politique à l’étranger, des hauts en littérature, débats de société : l’actualité a été riche en évènements cette semaine. Ah, la science dans tout cela ? Omniprésente et en même temps, tellement absente !

Scoop mercredi, après avoir affronté l’ouragan Sandy (climatologie, science et tragédie), le peuple américain épate le monde entier avec la réélection de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis ! C’est l’Histoire avec un grand H qui continue de s’écrire sous nos yeux quand se lisent dans ceux des électeurs noirs et blancs les mots Tolérance et Espoir. « Yes, they can » again… Et nous ?

Hé bien, nous, en France, ces temps-ci en politique, « on » est franchement moins « gay ». La polémique sur le mariage homosexuel bat son plein. De fait, à la radio comme à la télévision, on en entend des vertes et des pas mûres. Un comble, en plein automne, n’est-ce pas ? Heureusement, les livres font aussi la Une des magazines (et tant qu’il y en aura, on pourra toujours espérer que les débats, un jour, deviendront des hauts…). C’est en effet la semaine des prix littéraires !

Le point de vue toujours sans langue de bois de Gérard Collard sur les prix littéraires

Un coup sur l’accélérateur 

Renaudot 2012 – Scholastique Mukasonga (Gallimard)

Ces récompenses font rêver écrivains et éditeurs. Certes, un prix littéraire, même décerné plus rapidement sur Twitter que dans un salon Parisien, ça finit par vous doper les ventes d’un ouvrage comme le souligne 20 minutes : il y a le prestigieux Goncourt, le Renaudot (+200 000 exemplaires en moyenne), le Femina (+155 000 ex.), l’Interallié (+100 000 ex.), le Médicis (+40 000 ex.), etc.

Le prix littéraire, c’est aussi et surtout la reconnaissance d’un travail d’écriture de longue haleine, de plusieurs mois, parfois même de plusieurs années d’efforts. Derrière 200 pages qui se lisent (ou pas ?) d’une seule traite, le lecteur, happé par l’ouvrage, ne pense jamais à l’envers du décor. Et tant mieux, cela signifie que l’auteur a merveilleusement réussi son coup ! Que seul devant son écran, des jours et des nuits à douter, tomber, se relever, il a su distiller le meilleur de son jus de crâne pour en extraire un cocktail littéraire plaisant, voire excellent s’il a un soupçon de talent.

La science, le vilain petit canard, même pour les lecteurs ?

Seulement, écrire, c’est avec un peu de chance une passion, et avant tout beaucoup de travail : angoissant parfois, captivant souvent, solitaire toujours. Un vrai métier de création qu’il est bon d’encourager par des prix littéraires… Je suis pour, parce que j’aime lire et que j’aime écrire. Mais je commets toujours la même erreur au fil des ans : ma plume s’envole officiellement en science, pas en fiction (en tout cas pas publiquement pour l’instant). Adieu donc, la possibilité de concourir à ces prix dont les journalistes parlent tant.

Pourquoi lors d’une semaine pareille, les ouvrages de vulgarisation scientifique n’ont-ils pas droit eux aussi aux honneurs ? Si je vous disais que tous formats confondus, les deux livres de Paul Heiney Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers ? et Les chats ont-ils un nombril ? dont j’ai fait la traduction (publiés chez EDP Sciences puis en poche chez Marabout) se sont vendus à plus de 128 000 exemplaires, sources Edistat à l’appui ! Preuve que la science peut plaire au grand public…

Prix Le goût des sciences 2012

Prix Le Goût des Sciences 2012, livre généraliste – Michel Raymond (Odile Jacob)

Alors, pourquoi si peu de médiatisation autour des prix récompensant les livres de science ? Autre interrogation concernant le prix Le goût des sciences, décerné récemment, en octobre, par le Ministère de l’Enseignement et de la Recherche. Pour information, cette année dans la catégorie « Le livre généraliste » a été récompensé Michel Raymond avec Pourquoi je n’ai pas inventé la roue (éd. Odile Jacob), dans celle intitulée « La science expliquée aux jeunes » a été récompensée Sophie Nicaud avec Journal d’une scientifique (édition Le Pommier), et pour le prix « Les scientifiques communiquent » a été récompensé Jean Lilensten pour Création d’un simulateur d’aurores boréales.

Prix Le Goût des Sciences (science expliquée aux jeunes) – Sophie Nicaud (Le Pommier)


Sur le site, on nous explique ceci « Le prix Le goût des sciences distingue chaque année les meilleures initiatives et publications facilitant l’accès du plus grand nombre à l’univers scientifique. Il a pour objectif de valoriser le travail des chercheurs et des éditeurs, d’encourager les vocations et d’affirmer l’importance de la culture scientifique ». J’approuve et soutiens sincèrement cette initiative de l’Etat mais j’ai du mal à comprendre pourquoi elle exclut les auteurs qui ne sont pas chercheurs. Eternel débat : un chercheur à la plume pas forcément légère pour communiquer sur une discipline scientifique ou un journaliste pas forcément scientifique ? Le journaliste scientifique est à cheval entre ces deux personnages. Ainsi, dans chacun de mes ouvrages, je m’efforce également de « faciliter l’accès du plus grand nombre à l’univers scientifique, encourager les vocations et affirmer l’importance de la culture scientifique ».

Prix Corail 2012

Même si j’ai une certaine aisance à lire de la science et lu d’excellents ouvrages brillamment rédigés par des chercheurs, il est aussi arrivé que je referme, déçue, un livre écrit par un scientifique, en me disant que son discours était si complexe qu’il avait réussi à m’embrouiller et me dégoûter du sujet traité. Alors, je n’osais imaginer l’état d’un lecteur sans « bagage scientifique »… Et j’avais ce sentiment amer que la science, présentée ainsi et bien malgré elle, avait quelque chose de repoussant, lourd, ennuyeux, vaniteux presque ! Comme si elle était réservée à une certaine élite, aux seules personnes ayant eu l’opportunité de faire de « hautes études », un peu dans le même style qu’une médecine à deux vitesses : la vulgarisation scientifique pour les chanceux et le néant pour les autres. L’inverse du but recherché dans un pays qui veut aller de l’avant : la science est aussi un moteur économique.

Ecologie, même combat concernant la médiatisation des prix littéraires cette semaine ? Voyons cela. N’étant pas chercheuse, puisque mon dernier ouvrage de science Les baleines ont-elles le mal de mer ? (préfacé par Yves Paccalet, célèbre naturaliste et plume de Cousteau) ne pouvait concourir au prix Le Goût des Sciences. J’ai eu l’envie, juste pour participer au moins une fois dans ma vie à un concours littéraire, de le présenter au Prix Corail du Festival Mondial de l’Image Sous-Marine (FMISM). Le FMISM s’est déroulé ce week-end à Marseille et mettait en avant et en images les océans que l’on sait tous en grand danger.

Autant dire un évènement en or pour tous les médias, l’écologie étant dans l’air du temps (pas pour faire « bien » mais parce que cette science détient les clés de l’avenir de l’Humanité sur cette planète). Alors, savez-vous qui a remporté le prix le plus « écolo », sans doute aussi le plus scientifique de cette semaine littéraire ? Comment, les journalistes ne vous l’ont pas encore dit ? Allez, je lâche le scoop : Francis Le Guen qui, avec son passionnant ouvrage Narcoses, nous entraîne dans le Grand Bleu. Nous avions parlé de ce livre ici même il y a quelques semaines. Prix Corail amplement mérité ! Quant à la médiatisation de la science dans les livres pour tous les lecteurs (avec et sans bagages scientifiques), patience, elle arrive…

Prix Corail 2012 – Narcoses, de Francis Le Guen (Glénat) 

Francis Le Guen présentait Narcoses la semaine dernière sur D8 

Autres articles intéressants...

La révolution des livres numériques
iPad, kindle, iPhone, ordinateurs et même consoles portables, il est désormais possible de s'adonner au plaisir de la lecture sur petits et grands écrans. Des romans ? Pas seulement, la culture scientifique a droit aussi à cette révolution technologique...
Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ?
Un homme peut-il se casser le pénis ? Peut-on mourir de rire ? Pourquoi y a-t-il toujours la queue aux toilettes des filles ? Un poussin peut-il sortir d'un oeuf acheté au supermarché ? " Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ? " répond avec ...
Pourquoi les poissons des abysses sont-ils aussi laids ?
Sympa. Quelle tête pourraient-ils avoir, les pauvres ? Les abysses sont si hostiles… Savez-vous que l’endroit le plus profond des océans - la fosse des Mariannes - plonge à 11 km sous la surface du Pacifique ? (extrait de POURQUOI LES MOUCHES AIMENT-ELLES LES ...
Quand nos peaux bleues finissent en court-bouillon...
Pas de scoop ici, les ailerons de requins sont très recherchés pour la préparation d'une soupe à la mode en Asie. Ainsi, afin de ne jamais manquer de l'ingrédient essentiel à cette recette, quelques dizaines de millions de squales sont enlevés chaque année à l...

Lien Permanent pour cet article : http://merseaplanete.com/prix-litteraires-science/

2 comments

  1. Frederic PORTE

    J’ai un avis mitigé sur les prix littéraires; en effet, je suis d’accord, si ça permet d’encourager l’écriture, la lecture et l’édition, tant mieux! Maintenant j’ai aussi la désagréable impression que c’est aussi une espèce de pédantisme parisien, de membres du jury qui se rincent la glotte gratos au restaurant Drouant ! Je parle là des prix Goncourt et Renaudot. Car pour les autres prix, ils sont moins médiatisés malheureusement mais peut être bien plus sincères et plus authentiques.
    Finalement donc avis mitigé, verre à moitié vide ou à moitié plein, peu importe, ça fait parler littérature !
    Et puis si on me nomme membre du jury Goncourt je ne dirais plus rien et j’irai bien volontiersmoi aussi m’attabler chez Drouant , saucer mon assiette et reprendre deux fois du dessert !

  2. Caroline Lepage

    Qu’ajouter de plus ? « Bon appétit bien sûr » :D Un commentaire tout en franc-parler qui vaut bien le discours de Gérard Collard !

    Merci de soutenir les écrivains à votre manière, c’est-à-dire sans passer par la case Drouant mais en lecteur friand de lectures ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>