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La déco fait parler

AIRéactualiser les connaissances en matière de décompression et de ‘mauvaises’ bulles n’est jamais inutile. Souvenir d’un week-end de colloque instructif dans l’Hérault sur un sujet plus simplement appelé en plongée « la déco »…

 

« La décompression a cette grâce extraordinaire d’être le point de rencontres de nombreuses spécialités : les statistiques, la physiologie, l’hyperbarie, etc… » souligne Jean-Louis Blanchard, vice-président de la FFESSM, en ouvrant le colloque sur la décompression, orchestré par Alain Foret, président du comité départemental FFESSM Hérault. Un beau succès suivi par 230 plongeurs.

Plongeurs

La décompression n’aurait pas encore révélée tous ses secrets ? La preuve : « nous n’avons aucune représentation totalement efficace, aucun modèle cohérent de ce qu’il se passe au niveau des tissus de l’organisme » insiste Jean-Louis Blanchard. Au début du XXe siècle, le biologiste britannique John Scott Haldan, le premier à s’intéresser sérieusement au sujet après le précurseur français Paul Bert, choisit de découper l’anatomie du corps humain en régions homogènes – les compartiments – ayant chacune des propriétés spécifiques de charges en gaz, et de décharges.

Son modèle fait intervenir la durée d’exposition à ces gaz et la profondeur atteinte en plongée, et soutient le caractère systématiquement néfaste de la présence des bulles. Aujourd’hui, on le sait – notamment grâce aux techniques d’exploration des vaisseaux sanguins au Doppler – il existe des bulles parfaitement asymptomatiques !

En effet, parallèlement aux théories actuelles, « celle de Haldan perdure car il n’en existe aucune autre qui soit aussi facile à remanier… Et pourtant, elle ne tient pas compte de l’hétérogénéité : la répartition des molécules ne peut pas être uniforme à l’intérieur des tissus ! On attend encore un modèle déterministe sur la connaissance et l’évolution des bulles, mais il n’y a pas de modèle parfait ». L’étude de la décompression a encore de beaux jours devant elle…

Plongée fluo dans l'Hérault

Les médecins, unanimes, rappellent que certains facteurs favorisent une mauvaise décompression : des plongées successives, le non-respect des paliers, les yoyos, le froid et la fatigue, l’obésité, la présence d’un foramen ovale perméable, des conditions physiques laissant à désirer, l’âge (après 40 ans, le risque d’un accident de décompression serait multiplié par 2)… d’où l’importance pour les médecins d’examiner méticuleusement l’état de santé de chaque plongeur.

Mais, de toutes les manières, tous le crient haut et fort : « l’accident immérité ou inexpliqué n’existe pas ! » et considèrent qu’une faute de procédures se cache presque toujours derrière un problème de décompression, même si elle n’est pas immédiatement évidente. « Qu’est-ce qu’une bonne décompression ? La réponse est simple : celle qui se solde par un phénomène bullaire accepté par l’organisme » affirme Bruno Grandjean, médecin hyperbare au centre hospitalier d’Ajaccio et président de la commission médicale nationale FFESSM.

Car les bulles d’azote, lorsqu’elles ne sont pas ou mal éliminées peuvent être responsables de dégâts parfois irréversibles. D’où l’importance d’agir vite ! « Le déclenchement de l’alerte aux secours doit être fait le plus rapidement possible et dans les 30 premières minutes qui suivent l’accident » tient à rappeler Bruno Grandjean.

En cas d’ADD, les premiers gestes de sécurité sont simples : « Le problème de l’oxygène est primordiale… La plupart du temps, l’oxygène est mal administré ou pas du tout ! » soupire le médecin avant d’expliquer que la seule manœuvre est d’appliquer un masque sur le visage du plongeur conscient diffusant l’oxygène à un débit constant de 15 litres/minute. Deuxième chose : l’eau. Au cours d’une plongée, le corps a tendance à rapidement se déshydrater, donc – sauf en cas de perte de conscience, vomissements, ou lésions gastriques – la victime doit boire de l’eau plate.

Plongeuse en recycleur

Enfin, seulement s’il y consent et ne présente aucune allergie à ce médicament, le plongeur peut prendre en une fois une dose d’aspirine de 500 mg (250 pour un enfant). La prise d’aspirine n’est qu’une recommandation : « j’invite tous les moniteurs ou les dirigeants de club à seulement proposer ce médicament, car, puisqu’ils ne sont pas médecins, ils prennent une responsabilité juridique importante » rappelle Alain Foret. L’intérêt de cet anti-agrégant, à titre préventif, n’est valable que s’il est administré dans la première demi-heure après l’incident.

Ces conférences ont ainsi permis de dresser un bilan de toutes les connaissances médicales, techniques et plus théoriques (avec l’intervention du chercheur Daniel Carturan ou du spécialiste des modèles de décompression Jean-Pierre Imbert). Loin de tout maîtriser, plongeurs, médecins et chercheurs n’ont pas intérêt à buller s’ils veulent, comme le suggérait poétiquement Jean-Louis Blanchard, accéder « au rêve inavoué de l’homme : reconquérir l’élément liquide… »

Article publié dans Plongée Magazine en juin 2004

 

Livre Adaptation de l'organisme et ses limites

L’adaptation de l’organisme et ses limites 

Toutes ces histoires de pression, gaz, ordinateurs de plongée, cœur, oreilles, poumons vous filent des boutons ? Nul besoin d’être médecin pour les piger, l’auteur vous les explique à l’aide de belles illustrations et en toute simplicité. Cerise sur le gâteau, il en dit même un peu plus sur les particularités de la plongée au Nitrox et consacre un chapitre aux « ladies » car les plongeuses heureuses, ça existe aussi…

Physiologie dans l'eau

Article publié dans Plongeur.com en juin 2011

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