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Pierre et Marie Curie : une histoire, deux géants

Lui, français, rêveur et indépendant ; elle, polonaise, acharnée et généreuse. Et pour une fois, Cupidon a frappé en plein cœur sous une apparence peu commune, celle de la science. Pierre et Marie Curie : histoire d’un amour radioactif.

Il est de ces contes de fée qui ne ressemblent à aucun autre. Et si en matière de coup de foudre, on dit que Le Physique est important, Pierre et Marie nous démontrent que La Physique ne l’est pas moins.

Né à Paris le 15 mai 1859, Pierre Curie, éternel amoureux de la nature, décroche le bac en 1875. Sa licence de physique en poche, il obtient en 1878 un poste de préparateur à la Faculté des Sciences. L’étude qu’il mène sur la longueur d’onde des rayons calorifiques obscurs -les infrarouges- fera l’objet de sa première publication en 1880.

Jacques, son frère et complice, entreprend une thèse sur la pyroélectricité du quartz. Hors de question qu’il se lance dans une telle aventure sans Pierre ! Ensemble, ils découvrent la piézoélectricité ou comment produire de l’électricité à partir de matériaux sur lesquels on applique une force mécanique… Le principe de la montre à quartz et de l’allume-gaz était né.

Une volonté infaillible

Plus tard, Pierre est préparateur à l’Ecole de Physique et Chimie Industrielles (EPCI) de Paris. Après s’être intéressé aux lois de symétrie en cristallographie dont il tire la loi de Curie (1894), il se lance dans le magnétisme. Après sa soutenance de thèse le 6 mars 1895, il devient professeur de physique à l’EPCI.

L’enfance de Maria Sklodowska, née le 7 novembre 1867 à Varsovie de parents enseignants, est brisée par la disparition prématurée de sa sœur et de sa mère. Se réfugiant dans les études, elle obtient brillamment son diplôme de fin d’études secondaires. Elle rêve de poursuivre mais cela lui est impossible, la faculté n’est ouverte qu’aux garçons. Un temps institutrice, son vœu s’exhausse à force de volonté. 1891, la France. Paris, ville de liberté et d’opportunités fabuleuses…

Elle s’inscrit en licence de physique puis de mathématiques à la Sorbonne. Ambitieuse, elle travaille sur l’aimantation des aciers trempés. Or, un certain Curie étudie le magnétisme. Rencontre au printemps 1894 et déjà en août, Pierre lui écrit « ce serait cependant une belle chose à laquelle je n’ose croire que de passer la vie l’un près de l’autre, hypnotisés dans nos rêves : votre rêve patriotique, notre rêve humanitaire et notre rêve scientifique ». Des mots qui font mouche ! Ils se marient en juillet 1895.

Radioactivité pour deux

Leçons de Marie Curie (EDP Sciences)

Ouvrage publié en 2003 chez EDP Sciences, maison d’édition dont l’histoire est intimement liée à celle de cette grande dame (cliquez sur l’image)

Un bébé et une publication plus tard, Marie, entreprend une thèse sur les rayons uraniques évoqués par Henri Becquerel (rayonnements émis spontanément par l’uranium). Elle réalise que d’autres éléments sont doués de cette même propriété qu’elle baptise ‘radioactivité’. Pierre lui apporte une aide précieuse pour ce projet colossal réalisé dans un modeste hangar de l’EPCI…

« Dans ce laboratoire de fortune, nous avons travaillé presque sans aide pendant 2 ans. Malgré nos conditions de travail, nous nous sentions très heureux. Nous vivions dans une préoccupation unique, comme dans un rêve » confesse Marie. En 1898, à partir de minéraux d’uranium -la pechblende et la chalcolite- ils isolent le polonium et surtout le radium, bien plus radioactif que l’uranium.

Marie soutient sa thèse en juin 1903 et reçoit avec Pierre et Becquerel le prix Nobel de physique pour la découverte de la radioactivité naturelle. En 1904, Pierre est nommé professeur à la Sorbonne mais meurt brutalement le 19 avril 1906 dans un accident de voiture à cheval.

Continuer seule

Marie, effondrée mais courageuse, reprend l’étude des radioéléments et le poste de son époux. « J’acceptai ce lourd héritage avec l’espoir de faire édifier un jour, en son souvenir, le laboratoire digne de lui qu’il n’a jamais eu, mais qui profiterait à d’autres pour développer sa pensée » écrit-elle dans son livre.

En 1911, on lui décerne le prix Nobel de chimie pour la détermination de la masse atomique du radium. Son espoir se concrétise avec la création, par l’Université de Paris et l’Institut Pasteur, de l’Institut du Radium dont elle se voit confiée la direction de l’un des pavillons. Quand les conflits éclatent en 1914, Marie et sa fille aînée partent secourir les blessés au front, à bord de véhicules équipés en radiologie, les ‘petites Curie’.

A la fin de la guerre, la scientifique se consacre enfin à l’Institut du Radium et aux applications médicales de la radioactivité, cancérologie en tête. Irène et son mari Frédéric Joliot découvrent la radioactivité artificielle lorsque Marie s’éteint le 4 juillet 1934, épuisée par une leucémie, mais heureuse de cette nouvelle… « Il faut faire de la vie un rêve et faire d’un rêve une réalité » confiait jadis Pierre à son journal intime. Pas de doute, lui et Marie ont partagé ce rêve jusqu’à leur dernier souffle !

Article publié dans le magazine Questions Réponses (sept 2005)

 

 

Une vie de scientifiques

1880 : les frères Curie découvrent la piézoélectricité.

1882 : Pierre devient préparateur à l’EPCI de Paris.

1891 : Marie part étudier à la Sorbonne.

1895 : Pierre soutient sa thèse sur le magnétisme. Alors professeur à l’EPCI, il épouse Marie.

1896 : Marie décroche l’Agrégation de physique, et entame une thèse un an après.

1898 : les Curie mettent en évidence le polonium puis le radium.

1903 : Marie soutient sa thèse sur la radioactivité et reçoit avec son époux et Henri Becquerel, le prix  Nobel de physique.

1904 : Pierre est nommé professeur à la Sorbonne.

1906 : décès de Pierre. Marie devient la première femme enseignante à la Sorbonne.

1911 : Marie reçoit le prix Nobel de chimie pour avoir déterminé la masse atomique du radium.

1914 : Marie est directrice du laboratoire de physique-chimie de l’Institut du Radium. Avec Irène, elle met la radiologie au service des soldats de l’armée.

1934 : décès de Marie.

 

L’héritage des Curie

La radioactivité sert à propulser les sous-marins, porte-avions et navettes spatiales, ou à produire de l’électricité. Elle est très utile aux archéologues, géologues et astrophysiciens pour dater des éléments ! Les médecins l’utilisent aussi à des fins diagnostiques (scintigraphie) et thérapeutiques contre le cancer (radiothérapie). Cependant, une irradiation ‘non maîtrisée’ -bombe atomique d’Hiroshima, explosion de Tchernobyl- peut tuer et provoquer des cancers (leucémies, etc.).

 

Le témoignage de Hélène Langevin-Joliot, physicienne et petite-fille du couple

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