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Les otages délivrés par des livres

Titres« C’est l’histoire d’une fille. Elle avait un ami qui vivait tapi dans l’ombre. Elle lui décrivait la sensation du soleil sur la peau, et le plaisir de l’air dans les poumons ». Et ça lui rappelait en retour qu’il était toujours vivant…

Otages d’une dictature, d’un système, d’une époque, d’un pays ou d’un réseau, peu importe au fond : dans toutes ses situations, les livres délivrent de la même façon. Rien ne saurait emprisonner un esprit qui se nourrit de lectures.

Ennemis de la pensée unique, par l’imagination et les mots, les livres développent le sens critique, véhiculent les idées nouvelles, des pistes de réflexions inédites, des horizons de liberté. L’espoir s’accroche à ces îlots de résistance littéraire semés partout sur la planète…

Ecrire, c’est crier !

Résistante

21 février 2014, annonce de l’entrée au Panthéon des résistants français Jean Zay (ministre de l’éducation nationale sous la IIIe République), Pierre Brossolette (journaliste, membre du réseau de résistance du Musée de l’Homme), Geneviève de Gaulle-Anthonioz (membre du réseau de résistance du Musée de l’Homme, militante des droits de l’homme et auteur de La Traversée de la nuit) et Germaine Tillion, décédée en 2008.

Le Verügbar aux enfersQui est-elle ? Une ethnologue devenue résistante à l’âge de 33 ans. A Paris, elle créé le réseau de résistance du Musée de l’Homme. Mais coup dur, elle croise la route d’un certain Robert (Alesch), prêtre. Sa tactique pour inspirer confiance ? Se faire passer pour un ennemi du nazisme. En réalité, Robert est l’ennemi, agent double payé par les nazis !

Il la dénonce. Elle est arrêtée en 1942, puis déportée à Ravensbrücke le 21 octobre 1943. Lors de cette éprouvante période en camp, elle rédige Une opérette à Ravensbrücke : le Verfügbar aux enfers. En 2010, le Prix Humour de la Résistance lui est décerné pour avoir réussi à raconter l’inracontable avec le sourire (ce que Jorge Semprun déporté à Buchenwald a fait sans, dans L’Ecriture ou la vie)…

Présentation de l’éditeur (4ième de couverture)

Résister en écrivant, chanter à la barbe des geôliers nazis pour défendre sa dignité: dans Le camp de Ravensbrück, Germaine redonne vie à Lulu, Nénette, Marmotte et Titine, ses camarades de détention. Convoquant le souvenir des rengaines populaires, du bon vin qui réchauffe, des joyeuses tablées d’antan, elles luttent contre leur condition inhumaine avec la plus redoutable des armes: la joie de vivre.

AfficheAinsi, les apôtres de la pensée unique craignent les livres comme la peste. Pour voir disparaître ces messagers de la liberté, ils se font un plaisir de les démolir en place publique. Gare aux écrivains, ils doivent s’effacer sous la pression… Car s’il n’y a plus de livres, il n’y a plus de rébellion. Et ça vaut aussi pour les lecteurs à en croire le titre de l’ouvrage de Michèle Petit : L’art de lire ou comment résister à l’adversité (2008).

Dans une interview donnée au journal La Croix, l’anthropologue compare la lecture à un processus réparateur complexe. Cette reconstruction de la personne serait possible même en situation extrême, effet qui d’ailleurs ne passerait pas par des textes calqués sur le traumatisme vécu. Mais ce refuge spirituel permettrait de réduire la souffrance subie et de conserver un espace à soi « en rupture radicale avec la situation où l’on se trouve… même là où aucune marge de manœuvre ne semblait être laissée, un lieu un tant soit peu habitable où se percevoir comme différent de ce qui nous entoure » assure-t-elle.

Photographier, c’est oublier !

ObjectifQuel paradoxe, n’est-ce pas ? A l’heure des smartphones devenus photophones dégainés sans arrêt, on veut « mettre en boîte » pour mieux se souvenir… Or, selon une étude de Linda Henkel publiée en décembre 2013 dans la revue Psychological Science, on fait l’inverse.

La chercheuse au département Psychologie de l’Université de Fairfield aux Etats-Unis explique « Quand les gens s’appuient sur la technologie pour qu’elle se souvienne à leur place, cela peut avoir un effet négatif sur le fait qu’ils se rappellent bien leur expérience. Ces résultats montrent à quel point « l’oeil de l’esprit » et l’oeil de l’appareil sont différents ». Peut-être d’ailleurs la raison de la polémique causée par cette exposition de photos en 2008 ?

Photo

Signal

Photographe enrôlé comme reporter pour la revue Signal des Nazis, André Zucca était chargé de donner une image reluisante de Paris (prison dorée ?) : des femmes à la mode en passant par les enfants, le soleil, les jardins ou la Tour Eiffel.

Ces clichés de cartes postales en couleurs ne trompent pas ceux qui savent observer les détails. Faire des photos sous un angle touristique, sacrée publicité sous l’occupation allemande ! Le pari était osé mais à l’époque aussi, la communication était le nerf de la guerre…

Lire, c’est résister !

LivreAbsorbée avec frénésie, la lecture a permis de supporter des conditions et temps de captivité insoutenables selon l’article Comment les livres ont permis aux otages de tenir. Lire tout ce qui vient à portée de main devient la priorité et permet de rester équilibré(e) malgré l’éloignement des proches tout en comblant le vide entretenu par la détention. Les Moulin-Fournier, enlevés en famille au Cameroun en 2013, racontent ainsi qu’ils ont tenu le choc grâce aux Fables de La Fontaine et à Gatsby le Magnifique de Francis Scott Fitgzerald !

Alors, comment contourner l’interdit ? Comment rester libre dans sa tête ? Autant de questions soulevées dans ce film sorti au cinéma le 5 février, adaptation du best-seller La voleuse de livres de Markus Zusak (Extrait « Mort et chocolat - D’abord les couleurs. Ensuite les humains. C’est comme ça que je vois les choses, d’habitude. Ou que j’essaie, du moins »). Ou dans l’ouvrage à découvrir sur le papier ou en e-book – au XXIe siècle, la résistance s’adapte au format numérique comme aux réseaux sociaux - : Moi, Malala je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans.

Le pouvoir des mots est sans limite 

                      MalalaTabletteMoi Malala

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