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Bioéthique : où allons-nous avec les OGM ?

affiche IVGQuel Français n’a pas un avis tranché sur la question ? Certains estiment que l’homme n’a pas à jouer aux apprentis sorciers avec la nature, d’autres que les OGM sont la solution miracle de l’agriculture. Entre ces positions extrêmes, une troisième suggère une réflexion plus approfondie de la situation actuelle…



La fracture entre les ‘pro-OGM’ et les ‘anti’ ne facilite guère la compréhension des enjeux cachés derrière ce sigle barbare (Organismes Génétiquement Modifiés). Des chercheurs qui insèrent des gènes précis dans un organisme et manipulent le vivant ?  Cela semble interpeller davantage que les croisements aléatoires à l’origine des plantes hybrides pratiqués depuis longtemps afin d’augmenter la productivité ou de créer de nouvelles variétés de fruits et légumes… Un exemple ? Le maïs résulte d’un croisement génétique réalisé il y a 10 000 ans entre des épis de son ancêtre, le téosinte !

La surface mondiale des cultures transgéniques s’étend sur 81 millions d’hectares, principalement aux Etats-Unis (59%), en Argentine (20%), au Brésil (6%), au Canada (6%) et en Chine (5%)…  

Un contexte déroutant

Nature

Les innovations tirées de la Nature ont toujours effrayé la société. Force est de constater que la polémique est un passage obligé. Hier, dans un climat de tension extrême, des biologistes mettaient à disposition des femmes la contraception, l’avortement ou la fécondation in vitro (FIV) ; aujourd’hui, on reconnaît volontiers que la contraception est un progrès et la fécondation in vitro une seconde chance de fonder une famille pour les futurs parents que la vie ne se décide pas à aider…

Les biotechnologies et leur langage rebutant – clonage, génie génétique, transgénèse, OGM – ne font pas exception à la règle de la controverse. De plus, le contexte agro-alimentaire international délicat – tremblante du mouton, vache folle et récemment grippe aviaire chez le poulet – n’a pas facilité l’arrivée des OGM. Ils ne pouvaient qu’accentuer les craintes sur l’avenir déjà incertain d’une agriculture saine et contrôlée, et sur les dangers pour la santé ou l’environnement. Le consommateur dont le principal souci est de savoir ce qu’il a dans son assiette n’est pas rassuré.

Les animaux transgéniques sont aussi des OGM utilisés en recherche médicale (modèles d’étude de maladies humaines, production de molécules à intérêt pharmaceutique, etc.). 

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Les OGM dits de première génération (maïs ou coton Bt) permettaient de limiter l’usage des insecticides et herbicides dont les effets sont néfastes sur la santé des agriculteurs.

Les recherches concernant les OGM de deuxième génération ont d’autres ambitions, plus favorables aux pays pauvres et aux consommateurs : plantes capables de résister à la sécheresse, au gel ou à une forte salinité, à mûrissement retardé, ayant de meilleures qualités nutritives (riches en Oméga3, pomme de terre à forte teneur en fructose, riz doré enrichi en vitamine A, etc.) ou même utilisées en médecine (OGM vaccins).

Parler des risques

Livre bioéthiqueLes risques ? On ne les connaît que trop. Les multinationales ont contribué à donner une piètre image des OGM. « Dans le cas des plantes transgéniques, exemples les plus largement connus d’organismes génétiquement modifiés ou OGM, seuls les risques sont mis en avant, sans que l’on s’interroge suffisamment sur les bénéfices. Cela est en grande partie dû au fait que les plantes transgéniques actuellement sur le marché ont été conçues dans un but essentiellement économique, pour faciliter la tâche, réduire les coûts de production des agriculteurs et permettre un profit augmenté pour les firmes commercialisant ces variétés végétales » rappelaient les experts de l’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) dans le rapport ‘OGM et alimentation. Peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ?’ publié en mai 2004.

Ils se proposaient d’étudier ainsi les plantes résistantes à des insectes, la betterave tolérante au glyphosate (un herbicide), le riz doré enrichi en vitamine A et les microorganismes génétiquement modifiés. « L’analyse de ces quatre « cas d’école » fait apparaître qu’il existe effectivement des données suggérant que les OGM considérés puissent apporter des bénéfices pour la santé humaine, mais que la quantification de ces bénéfices est difficile à réaliser surtout pour les OGM de première génération, dont on n’a pas cherché à modifier la composition nutritionnelle » concluaient-ils.

Segmenter le débat

OGM devrait en effet rimer avec sécurité sanitaire et liberté de choix pour l’agriculteur et le consommateur, plutôt qu’uniquement avec profit et monopole sur les semences pour les firmes agro-alimentaires… Sinon à quoi bon ? En tous cas, au pays du vin, de la baguette et du fromage, là où le ‘bio’ a le vent en poupe, on préfère le naturel. Voilà pourquoi on reste méfiant, en France comme en Europe où seule l’Espagne cultive les OGM à des fins commerciales.

Renforcer les systèmes de vigilance, la transparence de l’étiquetage pour une meilleure traçabilité des produits et éclaircir les choses dans chaque discipline sont des solutions, les plantes transgéniques relevant autant de l’agronomie, la génétique, que du droit, de la morale, l’économie, la santé ou l’environnement. Et à l’évidence, faire un mélange des genres ne participe pas à élever la discussion mais à la rendre plus floue…

abeilleLes enjeux de la recherche publique ne sont pas ceux du secteur privé. Et parmi les experts du débat OGM, certains déplorent un manque de recul des scientifiques sur leur travail, le sens critique et la communication avec le public étant salutaires. Quand ils dénoncent avec agacement le fauchage de parcelles OGM et donc l’échec d’une fastidieuse expérience, combien précisent en quoi l’étude était utile ?

Pour l’instant, les plantes transgéniques sont surtout une histoire de gros sous et impliquent la plus grande prudence, au point parfois d’une remise en question de leur existence propre ! Mais un usage raisonné, avec des bénéfices prouvés pour la santé – pourquoi pas l’environnement également – et une mise à disposition de ceux dont les conditions agricoles ne sont pas aussi clémentes que dans les pays tempérés riches ne pourraient-ils pas être envisageables à l’avenir ?

Caroline Lepage (Pourquoi magazine 2007)

 

 

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