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Mars, rouge comme un fantasme

Mars – Crédits ESA NASA & The Hubble Heritage Team

Après 750 millions de kilomètres parcourus depuis son départ en fusée de Cap Canaveral (8,5 mois de voyage), le robot Curiosity est arrivé sur Mars ce 6 août 2012. Un beau succès ! L’occasion de fouiller dans mes archives pour ressortir ce dossier rédigé pour le magazine Questions Réponses en 2006…

Mars la Rouge et ses petits Martiens… verts. Joli contraste ! Couleurs et mystères qui fascinent les Terriens depuis la nuit des temps, au point qu’aujourd’hui, leur rêve le plus fou est de conquérir cette troublante planète. Mais pourquoi elle et pas Saturne, Vénus ou Jupiter ? Comment est-elle devenue l’objet de tous nos fantasmes ? Levant les yeux au ciel depuis l’Antiquité, l’Homme se pose cette question cruciale : est-il vraiment seul dans l’Univers ? Mars sera sa raison d’espérer que non…

Tout a commencé il y a bien longtemps. Il arrivait parfois qu’une étoile flamboie dans la nuit aussi vivement que le sang répandu par Mars, dieu de la guerre chez les Romains. Voilà pour ce qui est du nom de cette planète dont la ‘trajectoire folle’ a donné du fil à retordre à plus d’un savant, de Ptolémée à Kepler en passant par Copernic. Les premières lunettes astronomiques orientées sur elle ont usé bien des yeux et en particulier ceux du directeur de l’Observatoire de Milan, Giovanni Schiaparelli.

Les ‘canali’

Des années, il l’a espionnée pour la cartographier, y voyant des ‘mers’, des ‘continents’ qu’il a baptisés selon ses inspirations à la Bible et la Mythologie. En 1877, il dit apercevoir des ‘canali’, littéralement des canaux… artificiels. N’est-ce pas là la preuve irréfutable de la présence d’eau là-bas, et de l’existence des Martiens qui ont bâti ces structures ? Les astronomes de l’époque ne sont guère convaincus par les ‘canali’ de Schiaparelli mais peu importe, l’idée est lancée… Bingo pour la vie sur Mars ! Très vite, elle constitue la poule aux œufs d’or des auteurs.

 Riche en oxyde de fer, le sol volcanique de Mars est de couleur ‘rouille’. Il présente un relief si particulier que l’homme n’a cessé d’espérer y voir le reflet de traces (cité, fortification, canaux, etc.) d’une civilisation martienne.

Les récits de science-fiction connaissent un franc succès grâce à l’explosion de magazines –prémices des Pulps du début du XXe sicèle- et d’ouvrages mettant en scène ces fameux Martiens. Et si l’on ignore tout d’eux, l’imaginaire se charge de dresser leur portrait, décrire leur civilisation et même les conditions de leur rencontre avec les Humains. Les romans pleuvent. Tantôt les Martiens tiennent le beau rôle, tantôt ils se montrent belliqueux… Du coup, sur Terre, on commence déjà à se méfier de ces étrangers ! Certains écrivains y sont pour beaucoup, même s’ils ont aussi contribué à la popularisation des Martiens.

Petits hommes verts

Typiquement ? Herbert George Wells (1866-1946) journaliste romancier anglais, l’un des pères de la littérature de science-fiction. Auteur de ‘La Machine à Explorer le Temps’ (1895), du très célèbre ‘Homme Invisible’ (1897), c’est surtout son roman ‘La Guerre des Mondes’ (1898) qui s’illustre dans le thème martien. Il y raconte que les très évolués et monstrueux Martiens descendent sur Terre pour s’en emparer. Son histoire, adaptée par Orson Welles, est diffusée à la radio CBS le 30 octobre 1938 et traumatise les auditeurs, effrayés à l’idée d’une invasion d’extra-terrestres. On la retrouve aussi sur grand écran en 1953, puis l’an dernier dans un film réalisé par Steven Spielberg. Dans le même registre ? Mars Attacks sorti en 1996.

Difficile après ça de faire des petits hommes verts des anges venus de l’espace remplis de bonnes intentions ! Pourquoi verts au fait ? C’est un autre grand romancier, l’américain Edgar Rice Burroughs (1875-1950), père du non moins célèbre Tarzan, qui leur donne cette couleur dans une série d’aventures de 11 volumes publiés entre 1912 et 1928 vécues par son héros John Carter sur la planète rouge.

La météorite martienne ALH84001 participe aussi à l’engouement pour Mars. En 1996, des experts de la Nasa ont annoncé y avoir relevé la trace de vie martienne fossilisée. Depuis ? Plus de doute que de certitude. On l’étudie toujours !

Dans le même temps, les fameux Pulps (Pulp Magazines), petites revues bon marché spécialisées en science-fiction ‘cartonnent’ aux Etats-Unis jusque dans les années 70 surtout, se déclinant dans tous les thèmes en relation avec l’espace. Coïncidence ou pas, effet boule de neige : à pareille époque, les témoignages d’observation d’OVNI (Objets Volants Non Identifiés) se multiplient de façon exponentielle… Côté science -pas fiction- chercheurs et ingénieurs passent à la vitesse supérieure. Dés 1959, la sonde soviétique Luna 2 s’écrase sur la Lune… 10 ans plus tard, c’est l’Homme qui, en la personne de l’américain Neil Armstrong, commandant d’Apollo 11, pose le pied sur le sol lunaire, le célèbre petit pas pour l’Homme, mais de géant pour l’Humanité.

Mars, Terre promise ?

Euphorie générale pendant quelques mois au moins ! Mais qui, évidemment, n’apaise pas la soif d’aventures de l’Homme, cet éternel amoureux des terrains inexplorés qui progresse en sciences comme dans la vie : à coups d’ambitions insensées… Si bien qu’il ne pouvait se contenter de cette victoire. Il lui fallait un nouveau défi, Mars bien sûr. Elle détient toutes les caractéristiques de la candidate idéale : c’est la 4ème planète du système solaire et, lorsque les oppositions (alignements Soleil-Terre-Mars) sont favorables, elle ne se situe qu’à 56 millions de km de chez nous ! Une broutille…

Planète tellurique de surcroît, avec une atmosphère -loin de nous être favorable certes- des calottes polaires, on pourrait presque la croire jumelle de la Terre. Alors avec de l’eau, que demander de plus ? « En faire une Terre d’accueil » répondent les utopistes. En somme, la coloniser ‘gentiment’ pour préparer la terraformation (terme né dés les années 80) ou comment donner à Mars les allures de notre bien aimée Planète Bleue. Rêve fou ou réalité du futur ? En tous cas, même les écrivains de science-fiction s’en mêlent…

Kim Stanley Robinson l’a osé dans sa ‘Trilogie de Mars’ (Mars la Rouge 1993, Mars la Verte 1994, Mars la Bleue 1996). Et c’est pire encore au cinéma -productions hollywoodiennes à la rescousse- où l’homme semble s’accommoder avec une facilité déconcertante aux conditions extrêmes de cette indomptable planète (Total Recall 1990, Mission to Mars et Planète Rouge 2000, Ghosts of Mars 2001). Mais parviendra-t-il à l’apprivoiser… dans la réalité ? Jusqu’à quel point Mars va-t-elle encore faire tourner les têtes ? L’avenir nous le dira…

La joie des ingénieurs de la NASA à l’arrivée de Curiosity sur la planète rouge le 6 août 2012

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