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La conquête de Mars : un challenge de longue haleine

Atmosphère Mars (Viking Orbiter – Nasa)

Une fois la Lune observée de près, l’Homme s’est intéressé aux autres planètes, en particulier à Mars. Dés les années 60, il a disposé d’outils et de moyens technologiques et informatiques suffisants pour réaliser ce rêve. Sans se décourager, il a affronté les défaites pour mieux rebondir. Histoire d’une conquête… en dents de scie.

Sacrifices, sueurs froides, échecs, euphorie : le quotidien de ceux qui se consacrent à la conquête de la planète rouge… Véritable bras de fer entre les Etats-Unis et l’ex-URSS à l’époque de la Guerre Froide – et il faut bien reconnaître que les américains ont eu moins de déboires que les soviétiques – une chose est sûre, la facture est toujours salée pour quiconque ose défier Mars !

La poisse ? 

1959 marque le coup d’envoi pour les sondes soviétiques qui visent la Lune (Luna 1, 2, etc.). Mais c’est le rival américain qui pose le premier le pied sur le sol lunaire en 1969. Tournant la page sur cet épisode, les soviétiques se font précurseurs en matière de mission d’exploration martienne… Ils commencent assez mal en 1960 avec les sondes Marsnik 1 et 2, leur chauffeur – le lanceur R7 – ayant décider de ne pas les conduire au-delà de 120 km au-dessus de nos têtes. Pas de problème ! Ils « remettent le couvert » 2 ans plus tard avec Sputnik 22 qui… explose en plein vol, puis avec Sputnik 24 qui… préfère rester en orbite autour de la Terre 2 mois durant avant de s’y écraser.

En 1964, les américains s’engagent dans la compétition avec de modestes ambitions pour leur sonde Mariner 3 : prendre quelques photos de Mars. Hélas, incapable de se débarrasser de son bouclier protecteur de lancement, la pauvre se perd dans l’obscurité spatiale sans jamais atteindre sa cible. Les espoirs se tournent alors vers sa sœur, Mariner 4. Et en effet… Celle-ci passe à 10 000 km au-dessus de Mars le 15 juillet 1965 ! Elle a même le temps de prendre 21 clichés sur lesquels apparaît un ocre désert couvert de cratères. Décor qui fait perdre toute illusion aux Terriens d’une accueillante planète semblable à la leur.

Mars (par Hubble NASA/ESA)

Côté soviétique, on poursuit dans la guigne… Zond 2 arrive juste au-dessus de Mars lorsque le contact est soudainement rompu. Zond est un nom qui doit porter malheur car Zond 3 ne décolle pas au moment opportun pour rencontrer la martienne planète. Ratant la fenêtre de tir, la sonde doit se contenter d’un billet pour la Lune dont elle tire une vingtaine de clichés, histoire de ne pas être bredouille !

Quatre ans plus tard, les Américains, portés par le succès de Mariner 4, réitèrent avec Mariner 6 et 7, lesquelles prennent 200 photos qui permettent la découverte de la calotte polaire (CO2 gelé) de l’hémisphère sud de Mars. Les soviétiques, décidés à ne pas s’avouer vaincus, sortent leurs atouts : les sondes Mars 69A et 69B. Mais les fusées Proton, loin d’être fiables, n’y mettent pas du leur. Résultats ? Les deux sondes explosent.

L’espoir

1971. On ne change pas une équipe qui gagne… Aux USA, on mise à nouveau sur Mariner, huitième du nom. Sauf que « ça n’arrive pas qu’aux autres ! » promet le dicton. Problème de lanceur et la sonde disparaît au fond de l’Atlantique. Heureusement, Mariner 9 prend avec succès le relais et réalise en 10 mois, à 1500 km d’altitude au dessus de Mars, plus de 7000 photos en haute résolution qui révèleront la présence surprenante de vallées, volcans et canyon. L’espoir renaît : « Finalement, pourquoi pas de l’eau et la vie sur Mars ? ».

La même année, l’URSS veut continuer à y croire et lance d’abord Kosmos 419… Pas de chance, un technicien ‘dans la Lune’ commet une malencontreuse erreur de programmation sur le moteur de l’étage supérieur du lanceur. Celui-ci devait démarrer au bout d’1h30, 1h30 transformée en 1,5 ans après ‘boulette’ du technicien. Kosmos 419 est donc retombée sur Terre comme une vieille chaussette. ‘Ballot’ non ? Mais l’incident n’arrête pas les persévérants soviétiques qui comptent sur Mars 2 et 3. C’est sûr, cette fois, c’est la bonne… enfin, ça y ressemble seulement. Car à son arrivée, Mars 2 est accueillie par une violente tempête de sable – raté pour les photos souvenirs – qui finit même par emporter on ne sait où le module d’atterrissage de la sonde. Quant à Mars 3, elle se pose une fois la tempête atténuée… mais coupe court à la transmission dés le premier cliché. Depuis, on n’a plus jamais entendu parler d’elle.

‘Tuile’ qui fait certainement supposer aux soviétiques qu’après la tempête vient le beau temps… 1974 sera-t-elle l’année des sondes Mars 4 et 5 de l’URSS ? Réponse : Mars 4 n’arrive pas à freiner en arrivant aux abords de la planète rouge –et pour cause, panne informatique dans son système- si bien qu’elle ne fait qu’y passer en coup de vent… Bon, pas de panique, Mars 5 va sans doute rattraper le coup. Plus docile en effet la demoiselle. Elle prend 60 clichés d’une partie de l’hémisphère sud et détecte la présence de vapeur d’eau, d’un modeste champ magnétique et d’une mince couche d’ozone. Par contre, hors de question qu’elle se pose ! Ce qu’accepte, certes, de faire sa cadette Mars 6, mais la capricieuse coupe tout contact avec la Terre une fois au sol…

Ciel de Mars à midi (Mars Pathfinder 1999 NASA:JPL-Caltech)

Au temps des Vikings 

Les célèbres Vikings américains – orbiteur couplé à un atterrisseur – 1 et 2 arrivent en 1976. Objectifs ? Etudier la topographie, la composition du sol, de l’atmosphère de Mars, etc. et réaliser des expérimentations sur place, d’où le coût exorbitant de la mission. Les orbiteurs récoltent 51 000 photos et les atterrisseurs, 1400. On voit enfin les cailloux en pagaille et le ciel rose-orangé de Mars. Les expériences concernant la détection de preuves de la présence de vie sont beaucoup moins concluantes.

Viking : le succès enfin au rendez-vous

Mars a-t-elle découragé l’Homme ? Sans doute car ce n’est que 12 ans plus tard que les soviétiques se lancent à nouveau dans la bataille en visant cette fois Phobos, satellite de Mars. Ils lui envoient deux sondes Phobos 1 et 2. La première n’arrivera jamais à bon port, contrairement à la seconde… qui refusera de donner de ses nouvelles à peine arrivée. Décidément, le sort s’acharne.

En 1992, c’est le grand retour des américains. Ils mettent le paquet (les dollars aussi…) avec la sonde Mars Observer chargée d’étudier l’atmosphère et la présence d’eau sur Mars. Mais 3 jours avant de se placer en orbite autour de la planète tant convoitée, elle aussi rompt le contact avec la Nasa. Catastrophe ‘made in USA’ ! On décide à l’avenir d’envisager les projets autrement : en investissant moins et sur des objectifs plus ciblés.

Mars Global Surveyor ou MGS prend donc la relève et approche Mars en septembre 1997. Défaillance dans un panneau solaire et la sonde met 16 mois pour se loger en orbite circulaire stable à 378 km d’altitude, en mars 1999… MSG entame enfin la cartographie complète de la planète rouge et réalise des images de très haute résolution, précises au mètre près. La même année débarque dans la région d’Ares Vallis – un canyon qui aurait autrefois été rempli d’eau – une autre star américaine, Mars Pathfinder. Elle est équipée d’un petit véhicule robotisé, le Sojourner, destiné à analyser des échantillons de roche. Monstrueux succès pour la Nasa pour une somme presque ‘dérisoire’ en comparaison aux précédentes missions : en 83 jours, elle récolte 16 500 images et 15 études de roches.

Quel avenir ? 

Les Japonais se lancent dans l’aventure avec Nozomi dés juillet 1998. Son arrivée sur Mars est prévue pour octobre 1999 mais divers incidents obligent les ingénieurs à modifier sa trajectoire. Elle devait ainsi atteindre Mars en décembre 2003, mais compte-tenu de son état désastreux, il est décidé de l’éloigner définitivement de sa cible pour ne pas qu’elle la ‘pollue’. Echec aussi cuisant que celui de Beagle 2, la sonde britannique dont on a perdu la trace fin 2003 !

2003, décidément… Les américains se réjouissent de la venue de 2 petits nouveaux. Hélas, le premier, Mars Climate Orbiter – roi de la météo martienne – se ‘crashe’ sur la planète rouge. Et le second, Mars Polar Lander, qui devait, à l’aide de Deep Space 1 et 2 (pénétrateurs), prélever des échantillons en profondeur et les analyser en vue d’y trouver de l’eau, ne donne plus aucun signe de vie au moment de son atterrissage. On ignore ce qu’il est devenu.

2001, Mars Odyssey ! L’orbiteur américain a pour mission d’étudier le sous-sol martien et d’apporter des éléments sur l’évolution du climat sur Mars. Et il se débrouille plutôt bien car la même année, il annonce déjà un taux élevé d’hydrogène au niveau de la calotte polaire nord. Hydrogène ? Cet élément prépondérant de la molécule d’eau, l’H2O que l’on dit source de vie… En effet, deux mois plus tard, d’importantes quantités de glace d’eau sont détectées dans le sous-sol de chaque pôle ! Depuis, Mars Odyssey est en pleine forme comme la prometteuse Mars Express de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) qui ne cesse de nous épater. Quant aux rovers américains Spirit et Opportunity de la mission MER (Mars Exploration Rover), eux roulent en chœur sur le sol martien à la recherche de nouvelles informations.

Etape suivante de cette aventure à rebondissements, juste avant l’envoi d’hommes sur Mars : la mission ExoMars de l’ESA et Mars Sample Return commune à la Nasa et l’ESA (2016-2018 ?) ou comment faire revenir les échantillons sur Terre pour en examiner la composition en laboratoire et peut-être y découvrir… des traces de vie martienne ?

Article publié dans le magazine Questions Réponses (mars 2006)

En 2012, Mars fait régulièrement l’actualité depuis le 6 août, jour d’arrivée du robot Curiosity en sonde spatiale (mission Mars Science Laboratory) :

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