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Vous considérez le sexe comme une arme, vous êtes soit un(e) fou (folle) jaloux, soit un(e) ennemi(e) de la démocratie, soit… un mollusque !

EscargotSi vous êtes fou/folle de jalousie et violent, abandonnez, c’est que celui ou celle que vous disiez aimer n’est pas fait(e) pour vous. Et si vous êtes ennemi(e) de la démocratie, vous risquez d’être jugé(e) dans un tribunal et de finir en prison. Peu ragoûtant pour beaucoup de gens et à l’inverse, appétissant pour les autres, l’escargot de bourgogne, lui, fait fureur non pas en tôle mais dans les assiettes des gastronomes français depuis la fin du XIXe siècle. Trop ramassé durant toute la première moitié du XXe siècle, et auparavant combattu sur les terres agricoles où il était considéré comme nuisible – comme la moche crépidule qui perd son temps en partie ! – il a commencé à se raréfier. Résultat, c’est de l’étranger qu’il faut aujourd’hui l’importer pour ramener l’illusion de la profusion en France…

Extérieurement pas très sexy il est vrai, le cousin de la limace (qui contrairement à elle se planque sous une coquille) a une vie amoureuse débridée pour un hermaphrodite. Il a en effet une glande appelée l’ovotestis qui fait à la fois office de testicule et d’ovaire. Pas la moindre paire d’organes sexuels donc mais deux paires de tentacules rétractables sur la tête – c’est déjà beau - : deux supérieures portant des yeux si petits que l’escargot en est presque aveugle, deux inférieures utilisées comme cannes pour avancer et nez pour dépister les odeurs et trouver de quoi manger.

Ah, peut-il s’autoféconder s’il est hermaphrodite ? Un escargot d’eau douce tropical (Bullinus truncatus), pour la partie de sa population née sans phallus, le peut (bonjour la consanguinité). Mais pas l’escargot de Bourgogne dont les spermatozoïdes arrivent à maturité avant les ovules. Autant donc balancer ses « zozos » à un autre escargot qui saura en faire bon usage… Les rendez-vous galants ont lieu au printemps. Il suffit de baver pour attirer les partenaires.

Ensuite, chaque rencontre commence toujours de façon langoureuse. Les deux amants se tournent autour, s’enlacent pendant des heures avant d’en venir à l’instant X. Cou contre cou, joue contre joue, bouche contre bouche, ils s’effleurent du bout des tentacules… Des contacts torrides qui durent, qui durent… jusqu’à ce que l’un d’eux dégaine son sabre pour transpercer l’autre !

Pourquoi une telle violence ? Un crime passionnel ? Pas du tout. D’ailleurs, le coup porté n’est pas mortel, normalement. Mais avec ce dard d’amour comme on le surnomme, le jeu en devient dangereux. Logée près de la tête, faite de calcaire, l’arme blanche suintante de mucus joue un rôle important dans la reproduction de l’escargot. Elle est sensée déclencher chez le poignardé (de façon chimique plus que mécanique selon les dernières études) des contractions qui empêcheraient en partie l’arrivée d’enzymes.

Des enzymes prêtes à se jeter sur les spermatozoïdes étrangers pour les éliminer ! En définitive donc, le coup de sabre donné avant l’accouplement assurerait la survie d’un certain nombre de spermatozoïdes avant même leur arrivée sur site. Mieux, cela améliorerait la fertilité de la victime ? Dommage que dans la moiteur de ce corps à corps, le sabre en question soit rarement planté au bon endroit… Forcément puisqu’on vient de le voir, les escargots sont mirauds.

Quand même, se prendre une flèche de Cupidon en pleine tête, ce doit être douloureux (si le dieu de l’amour des escargots pouvait apprendre à viser juste à l’avenir, il ferait bien des heureux) ! Après le fameux coup de dard, c’est maintenant leur pénis que dégainent les deux amants pour s’échanger un sac de sperme, le spermatophore.

Ainsi, en attendant que les ovules soient prêts, les spermatozoïdes de tous les partenaires rencontrés en chemin seront soigneusement rangés dans une spermathèque (tout escargot qui se respecte a la sienne). Quand les ovules sont enfin prêts à être fécondés, l’escargot en a pour 15 jours de « grossesse ». Ensuite, il pond ses œufs dans un trou qu’il creuse de son pied. Et trois semaines plus tard, il en sortira peut-être des dizaines d’escargots miniatures. Trop mignon ou trop con ?

Les dangers sanitaires des parties de la crépidule, l’ennemie des coquilles St-jacques et des huîtres

coquille-saint-jacquesCREPIDULESHUITRE PLATE DANS L'HERAULT

Pour la crépidule, gastéropode marin (du grec gaster, ventre et podos, pied), le sexe, c’est le pied ! La preuve, en latin, dans son nom Crepidula fornicata, Crepidula signifie « petite sandale » car sa coquille est ovale et fornicata de fornicatus « voûté » (peut-être aussi de fornix, « arcade » ?) parce que les crépidules ont l’habitude de s’empiler les unes sur les autres, piles qui finissent par se courber…
Rien de plus grivois derrière cette appellation latine ? De fornication à fornicata, il n’y a qu’un pas… qu’il faut s’empresser de sauter ! Car oui, forniquer, c’était bien cela que venaient chercher les clients des filles de joie de la Via fornicata, rue ornementée d’arcades de Rome dans l’Antiquité.
Originaire d’Amérique du Nord, profitant de la tentative d’introduction de l’huître américaine en Angleterre puis de l’arrivée des navires lors de la seconde guerre mondiale, la crépidule s’est introduite sur le littoral atlantique en France dés les années 1930. Quarante ans plus tard, elle bénéficiait encore d’une maladie de l’huître portugaise qui a obligé les ostréiculteurs à se tourner vers la japonaise.
Elle est aujourd’hui bien implantée dans les parcs ostréicoles jusque dans certains endroits de Méditerranée. Depuis, donc, espèce invasive sans réel prédateur pour la contrer, elle pullule surtout en Bretagne et en Normandie. Et comme elle se nourrit de plancton comme les bivalves filtreurs (huîtres, coquilles saint-jacques, etc.), elle leur fait concurrence ! En plus, elle peut vivre 10 ans.
Or, si les hommes veillent de près sur la reproduction de leurs précieux coquillages, celle des crépidules se passent fort bien de leurs services. Libre, c’est bien ainsi que l’on pourrait décrire leur sexualité d’ailleurs. En quelque sorte, les crépidules pratiquent les parties fines. Elles sont parfois plus d’une dizaine entassées les unes sur les autres : au sommet un p’tit jeune (mâle), à la base une grosse femelle plus âgée et entre, un ou plusieurs mâles en train de devenir femelles ! Explications ?
La crépidule est hermaphrodite, donnant dans la protandrie : d’abord mâle (produisant des spermatozoïdes) puis vers l’âge de deux ans, femelles (produisant des ovules) comme le poisson-clown par exemple. Dés cet instant, la crépidule restera femelle jusqu’à sa mort. Conclusion, sur le haut de la pile de crépidule, il y a toujours un mâle. Solitaire à l’origine, sexuellement mâture à l’âge de six mois, il conserve sa mobilité un an avant de se fixer sur un congénère et fertiliser les œufs de la (ou des) femelle(s) présente(s) au sommet de cette partie.
La fécondation étant interne, Monsieur crépidule dégaine son très (!) long pénis qui cherche les voies génitales de la voisine ! Elle a 10000 à 20000 œufs en réserve qui, fertilisés, seront pondus dans l’eau (l’opération se répétera plusieurs fois au cours de la saison de reproduction). Après éclosion, les oeufs donneront des larves pélagiques ciliées qui évolueront en trois semaines pour s’adapter à leur future existence benthique : avec le développement de leur coquille, elles s’alourdiront et tomberont sur les fonds marins où les attendant des colonies sur lesquelles se poser… et forniquer !

L'Amour Bestial

Extrait du livre L’Amour Bestial (publié en 2013)

L’information en forme de… Conclusion ? Des robots ou des bêtes, rien de tout cela ! L’évolution a fait de nous plus que des mollusques hermaphrodites – oui, mous car sans charpente osseuse et sans âme – nous avons un corps recouvert d’une peau, en profondeur un squelette solide bâti sur la colonne vertébrale, la boîte crânienne pour abriter l’incroyable cerveau qui fait de nous des êtres humains pour la plupart hétérosexuels (il faut bien le dire, car l’espèce n’est pas vouée à disparaître) capables de penser, réfléchir, discuter, innover, aimer, protéger.

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