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LES PRISONNIERS DU TEMPS ET L’ALPHABET DE L’ADN

Piquante ou ambrée comme cette liquoreuse sève dorée du passé ? Jaune orangé, aux allures de pierre minérale volontiers portée en bijoux par les femmes, l’ambre est en réalité une résine végétale fossile, cadeau des conifères. Pour ces arbres, elle est le résultat d’une stratégie de défense élaborée afin de faire face aux agressions des herbivores…

En effet, il y a 400 millions d’années (MA), des invertébrés ont goûté aux végétaux. Et hop, le régime vert, l’essayer, c’était l’adopter : ils passaient à l’herbivorie (nos végétaliens n’ont rien inventé) !

Chez les vertébrés, de petits malins leur ont emboîté le pas. Et du sol au ciel, tout le monde s’y est mis, d’immenses dinosaures quadrupèdes boulottant carrément il y a 240 MA la verdure en hauteur. Du reste, les géants se régalent aussi au sol, plus tard, comme le montre la présence de fougères et d’herbes dans des crottes vieilles de 65 MA. Beurk ? Comment ça, beurk ? La bouse est dans le pré, fossilisée. Mais si ! Et ce caca là se regarde comme un trésor, surtout quand il contient un scoop : de l’herbe présente 10 millions d’années plus tôt qu’on ne le pensait !

Revenons aux premiers herbivores. Puisqu’ils s’en prenaient aux plantes et aux arbres qui ne voulaient pas finir en miettes des racines aux feuilles, il a bien fallu répliquer. Ainsi sont nées des excroissances, des particules rendant les végétaux immangeables ou indigestes, des substances dissuasives comme les résines particulièrement collantes, piège pour les organismes ayant le malheur de se poser dessus. Voilà comment acariens, vers, araignées, termites, fourmis, mouches, moustiques, abeilles, guêpes et même champignons, grains de pollen ou poils de mammifères se sont retrouvés prisonniers du temps dans la transparence ensoleillée de l’ambre.

Et un poil dans l’ambre ? Jackpot : double coffre-fort spatio-temporel ! Les poils sont des mines d’or d’informations. Même sur une scène de crime, les experts de la police scientifique comptent sur eux. Les empreintes digitales, c’est bien ; les poils, les cheveux, c’est mieux.

Car ils transportent de l’ADN – Acide DésoxyriboNucléique -, grosse molécule qui forme une double hélice constituée de nucléotides (un nucléotide est composé d’une base azotée soit A pour adénine, T thymine, G guanine ou C cytosine, d’un sucre appelé désoxyribose et d’un phosphate).

Cet alphabet à quatre nucléotides, variant en proportions selon les espèces, permet donc d’écrire le fameux code génétique contenu dans la molécule d’ADN. Le séquençage de l’ADN, décryptage en quelque sorte de ce langage secret, donne accès aux caractéristiques biologiques d’un individu, et même à ses liens de parenté avec d’autres espèces ! Quelques fragments d’ADN (encore appelés brins ou séquences) et les laboratoires, équipés de machines connectées à de puissants logiciels informatiques, peuvent déjà obtenir de précieux renseignements. Encore faut-il trouver de l’ADN…

Rapidement dégradé, s’étiolant en petits morceaux à la mort de son propriétaire, l’ADN est sensible aux variations de température et d’humidité. Il peut rapidement devenir inexploitable et illisible. Toutefois, dans des conditions particulières de stabilité et fraîcheur, la molécule et les précieux renseignements qu’elle contient peuvent être préservées : pendant 10 000 ans en région tempérée, peut-être près de 10 fois plus longtemps au froid !

Ainsi, pour ceux qui souhaitent offrir leur corps en bon état aux paléontologues du futur, le mieux est de rendre l’âme dans le grand Nord. En espérant que le réchauffement de la planète ne vienne pas mettre fin plus tôt que prévu à cette congélation parfaitement écolo. Pour l’heure, l’ADN de dino étant potentiellement H.S. du haut de ses 65 MA, l’idée de cloner une grosse bête disparue semble davantage pouvoir tenir la route avec le mammouth couvert d’une épaisse toison…

Extrait du livre Les dinosaures sont parmi nous (publié en 2015)

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