«

»

Imprimer ceci Article

Les dinosaures savaient-ils garder leur sang froid ?

Apparemment non ! En tous cas, pas en ce qui concerne les plus gros individus. Nouvelles révélations sur un sujet qui enflamme les paléontologues depuis bien longtemps déjà…

La vraie question qui a hanté les nuits des experts, la voici : les dinos étaient-ils oui ou non ectothermes – animaux à sang froid – par opposition aux endothermes à sang chaud (mammifères, oiseaux) ? Après tout, ayant une lointaine parenté avec les reptiles actuels, pourquoi ne serait-il pas comme le serpent ou le lézard, de grosses bestioles à sang froid ? C’est justement ce qu’il était admis jusqu’à la fin des années 1960 lorsque quelques découvertes sont venues suggérer l’inverse, en particulier pour les dinosaures carnivores. Ensuite, de là à généraliser, il y avait polémique ! 

La réponse dans les isotopes ?

Alors, quid des gentils herbivores ? Des chercheurs français du CNRS de Lyon et Paris ont remis de l’huile sur le feu en publiant leurs travaux le 15 juin dans la revue Earth and Planetary Science Letters. Et à y regarder de plus près, le débat mérite effectivement d’être réouvert. Jugez plutôt… Ils ont examiné le contenu en isotopes d’oxygène - 16O et 18O – de l’émail de dents fossilisés de huit bonnes dizaines de dinosaures (cératopsiens, ornithopodes, sauropodes, théropodes) qui vivaient il y a 145 à 65,5 millions d’années. Le rapport entre ces deux isotopes donne en effet de précieuses indications sur la température d’un animal.

Ici, ils ont découvert que le rapport isotopique était éloigné de celui observé chez les tortues et crocodiles d’hier et d’aujourd’hui, mais qu’en revanche, il ne l’était pas de celui des mammifères. Autrement dit, leur température interne ne dépendait pas du milieu extérieur. Cela signifie aussi que pour la maintenir stable, les dinosaures devaient produire des efforts pour alimenter fréquemment ‘la chaudière’, en clair, beaucoup manger ! Ce mois-ci dans la revue PLoS Biology, rebelote, une nouvelle thèse penche pour des dinosaures à sang chaud mais pas n’importe lesquels, ni n’importe comment…

Le coup de la taille

Une équipe de paléontologues américains dirigée par James Gillooly de l’Université de Floride a conçu un modèle informatique qui nuance cette histoire de dinos endothermes. Connaissant les tailles, masses et taux de croissance (estimé grâce aux anneaux de croissance dans les os) des dinosaures, ils ont pu calculer la température de 8 espèces allant de 12 kg à 13 tonnes. Ils ont également testé leur modèle sur les crocodiles actuels. Conclusions ? Selon eux, en réalité, seuls les plus gros individus avaient le sang chaud !

Ainsi, dans les cas étudiés, les petits pouvaient avoir une température interne de 25°C, soit voisine de celle des reptiles d’aujourd’hui, contre 41°C pour les plus imposants. Du coup, ils ont poussé l’investigation plus loin avec le gigantesqueSauroposeidon proteles, qui du haut de ses 60 tonnes devait présenter une température interne proche de 48°C, la limite de la vie car au-delà, les protéines n’y résistent pas ! Par ailleurs, il y avait de sacrés écarts de températures entre la prime jeunesse et l’âge adulte chez une même espèce. 

Pourquoi, malgré cela, ont-ils disparu ?

Une fois la taille maximale atteinte, grâce à l’inertie thermique, la chaleur dans l’organisme du dinosaure se dissipait bien plus lentement. Alors endothermes ou ectothermes ? En tous cas veinards puisque cette thèse explique que cette histoire de conservation de hautes températures internes ne leur demandait pas tant d’effort que ça. Imaginer des dinosaures à sang chaud permettrait en effet d’expliquer le fait qu’ils vivaient sous toutes les latitudes, pas celui qu’ils n’aient pas survécu au cataclysme du Crétacé contrairement à tant d’autres espèces…

Autres articles intéressants...

Lien Permanent pour cet article : http://merseaplanete.com/les-dinosaures-savaient-ils-garder-leur-sang-froid-2/