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LE RETOUR DU KRAKEN

Le kraken, un mythe ? Oui, mais qui a rejoint la réalité… Longtemps, les seules connaissances qu’ont pu en avoir les chercheurs provenaient d’échouages sur les plages. Et puis, en septembre 2004, enfin : le calmar géant a été observé dans son milieu naturel. Un grand moment de la biologie !

Aux frontières de l’imaginaire et du réel, le kraken a alimenté les légendes nordiques, puis le roman de Jules Verne ‘20 000 Lieues sous les mers’. « C’était un calmar de dimensions colossales, ayant 8 m de longueur. Ses 8 bras, ou plutôt ses 8 pieds, implantés sur sa tête, qui ont valu à ces animaux le nom de céphalopodes, avaient un développement double de son corps et se tordaient comme la chevelure des Furies. La bouche de ce monstre – un bec de corne fait comme le bec d’un perroquet – s’ouvrait et se refermait verticalement » écrivait-il. Description qui a du vrai…

Qui est-il ?

De son nom scientifique, l’Architeuthis dux peut mesurer jusqu’à 13 m et peser 275 kilos. Equipé de huit bras, il a en plus deux longs tentacules lui permettant d’attraper ses proies qu’il dévore à l’aide de son bec. Ses victimes ? Poissons de grands fonds et céphalopodes, y compris de sa propre espèce. Monsieur est cannibale… Certains racontent qu’il ne cracherait pas non plus sur un bon steak de cachalots. Faux. C’est lui qui figure à leur menu ! Par contre, il arrive que ceux-ci aient les yeux plus gros que le ventre, d’où de violents combats avec leur proie trop grande. Les cachalots en portent même des séquelles. Ces traces visibles sur leur museau sont les empreintes des ventouses (capables d’exercer une succion inouïe) des tentacules du calmar géant, le bougre n’étant pas prêt à se laisser croquer sans broncher…

Et à l’opposé du calmar commun qui fuit dans un nuage d’encre, lui qui ère dans l’obscurité des abysses n’a besoin ni de fuir, ni d’aucun artifice pour se cacher. Du coup, sa poche à encre (mélange de mucus et pigments colorés), un diverticule de l’extrémité de l’intestin, est d’une taille ridicule puisqu’elle est inutile. Là où il vit, entre -300 et -1500 m de profondeur, il fait si noir. Et froid… A ce propos, le kraken évite les régions chaudes. Question de sang peut-être ? Bleu comme chez les autres céphalopodes, son sang contient un pigment respiratoire – l’hémocyanine – à base de cuivre qui, dans son cas, fixe mieux l’oxygène à basse température.

2004

2004 a marqué un tournant dans l’étude du calmar géant. Les années précédentes, les scientifiques ont mouillé les submersibles et vidé le porte-monnaie pour lui, fouillant les eaux des Asturies en Espagne ou de la Nouvelle-Zélande, deux spots à Architeuthis réputés ! Steve O’Shea, expert néo-zélandais, a même tenté d’élever en captivité des petits d’1 cm qu’il avait trouvé au cours d’une expédition. En vain, ils n’ont pas survécu.

Finalement, c’est au sud du Japon, dans l’archipel d’Ogasawara, que Tsunemi Kubodera et Kyoichi Mori l’ont rencontré en septembre 2004. Ils y sont parvenus en suivant les cachalots et ont pu réaliser plusieurs centaines de clichés de l’animal alors qu’il tentait de récupérer l’appât accroché à leur ligne par 900 m de fond. Sa taille de 8 m a été estimée grâce à un morceau de tentacule perdu dans la bataille (belle opportunité pour les chercheurs de pratiquer des analyses génétiques).

Kubodera et ses collègues ont réitéré l’expérience en décembre 2006. Cette fois, un individu de 3,50 m a mordu à l’hameçon par 640 m de profondeur. Ils l’ont remonté vivant en surface et filmé la scène ! Certes, le calmar géant est impressionnant mais que dire du calmar colossal (Mesonychoteuthis hamiltoni) dont l’existence est connue depuis 1925 ? De lui, on sait peu de choses. Il pourrait mesurer jusqu’à 14 m. Les experts devraient en apprendre davantage grâce à l’étude du spécimen de 450 kg et 10 m de long capturé en février 2007 à -1800 m par les filets de pêche d’un navire néo-zélandais en mer de Ross (près de l’Antarctique)…

Pas de poulpe géant ?

En juin 2003, la découverte d’une masse blanche de 13 tonnes et 12,40 m sur une plage du Chili déchaîna les passions. S’agissait-il d’une nouvelle espèce de calmar géant ? D’une pieuvre gigantesque ? Une chose semblable, retrouvée dans la péninsule de Floride en 1896, avait soulevé les mêmes interrogations. A l’époque, on lui avait trouvé un nom, Octopus giganteus. Rien à voir avec le poulpe géant du Pacifique (Octopus dofleini) qui lui existe bien et peut mesurer 4 m pour un poids de 50 kg… Hélas pour les amateurs de sensation forte, des analyses réalisées sur des tissus conservés révélèrent qu’ils appartenaient seulement à une vieille carcasse de baleine. Même chose pour le cas du Chili : les tests menés par l’Université du Sud de la Floride démontrèrent qu’il s’agissait des restes d’un cachalot !

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