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LE REQUIN BLANC SE FAIT DU SOUCI


Tenir le rôle du méchant dans de grands films hollywoodiens ne lui a pas rendu service. Devenu la bête noire des baigneurs, le grand blanc souffre toujours de cette image de mangeur d’hommes (qu’il n’est pas !). Et même si les mentalités ont évolué à son sujet, ce splendide requin est en danger…

Dans le film de Steven Spielberg Les Dents de la Mer, sorti en 1975, adaptation du best-seller Jaws de Peter Benchley, le personnage principal est un requin blanc. Plutôt gris bleu à gris brun en fait (seul son ventre est blanc), l’animal passe pour un monstre assoiffé de sang qui, au grand désespoir du chef de police Brody, sème la terreur le long des plages de la station balnéaire d’Amityville. Cette image de tueur au regard noir, glacial, va marquer les esprits et se répandre comme une traînée de poudre dans le monde entier. Elle le poursuivra jusqu’à nos jours, causant du tort à tous les squales. En réalité, ce solitaire est toute autre chose. Sa puissance et son aisance n’incarnent-elles pas la perfection atteinte après des millions d’années d’évolution ?

Le sang chaud

Lui, un vulgaire poisson cartilagineux dont l’espérance de vie est estimée entre 40 et 50 ans, a-t-il quoi que ce soit à envier aux mammifères que l’on dit justement plus évolué ? Rien. La preuve, il est même capable de garder son organisme au chaud, à une température allant de 5 à 10°C au-dessus de celle de l’eau : une vraie prouesse dans le monde des poissons qui, pour la plupart, ont le sang froid.

Du coup, ses performances de nageur sont hors normes. Elles ne sont pas uniquement liées à sa puissance musculaire, mais aussi à sa silhouette de torpille, parfait modèle d’hydrodynamisme. Même sa taille impressionnante – les plus gros spécimens dépassent 6 mètres pour un poids supérieur à 3 tonnes – ne l’empêche pas de bondir hors de l’eau pour y saisir une proie en vol (des sauts spectaculaires qui font le bonheur des photographes) !

Revers de la médaille, entretenir un corps d’athlète marin implique de l’alimenter avec de copieux repas : autres requins et gros poissons, tortues, dauphins, otaries, oiseaux marins, céphalopodes, etc. Et nous dans tout ça ? Hé bien non, ce serait faux de croire que celui qui hantait les nuits du chef Brody s’est spécialisé dans la chasse à l’homme… Seulement, le grand blanc a un habitat côtier dans toutes les eaux tempérées du globe (on le croise plus facilement en Californie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon et bien sûr en Afrique du Sud). Autrement dit, il fréquente des régions à fortes densités humaines. Résultat, dans l’eau, la rencontre entre le requin et l’homme reste plus probable qu’ailleurs. Or, au regard des chiffres fournis par l’International Shark Attack File, elle est loin de terminer inévitablement dans une mare de sang !

Un vrai routard

En effet, entre 1876 et 2006, soit en 130 ans, le requin blanc s’est attaqué à l’être humain à 232 reprises (88 sur la côte ouest des Etats-Unis, 49 en Afrique du Sud, 43 en Australie, 23 en Méditerranée, etc.), dont 63 soldées par un décès. A titre comparatif, sur le seul mois de janvier en 2007, près de 290 personnes sont mortes dans des accidents de la route en France…

D’ailleurs, les attaques répertoriées concernent essentiellement les surfeurs en surface – d’où l’idée que le Carcharodon carcharias (de son nom latin) les confond avec ses proies – ou les chasseurs sous-marins qui traînent derrière eux l’irrésistible odeur de leur poissonneux butin… Or, de même que le requin blanc est très doué pour ressentir les vibrations émises à distance, il est aussi un as de l’odorat. Il serait capable de détecter une goutte de sang dans 4 600 000 litres d’eau ! Repérer un animal blessé ou en détresse à plusieurs kilomètres de là est donc pour lui un jeu d’enfant.

Mais franchement, la chair humaine, ce n’est pas vraiment son truc. Et avec un arrière goût de néoprène apporté par la combinaison des plongeurs, encore moins… La plupart du temps, sans doute déçu, le requin blanc recrache sa victime après le premier coup de dents. En parlant de plongée, il lui arrive de descendre à plus de 1500 mètres. Et puis, il a la bougeotte ! En bon globe-trotter, il est capable de traverser les océans en un temps record. Ainsi, il n’a pas fallu 9 mois à une femelle baptisée Nicole, marquée par les chercheurs en novembre 2003, pour faire un aller-retour de l’Océan Indien entre l’Australie et l’Afrique du Sud. Mieux, des témoins l’ont confirmé : le grand blanc se paye de temps en temps quelques virées sous le soleil des Tropiques (Madagascar, Seychelles, Nouvelle-Calédonie, etc.) !

Une reproduction lente

Au fait, à tous ceux qui se posent cette question existentielle « Y a-t-il des requins blancs en Méditerranée ? », la réponse est oui. La Grande Bleue serait même l’un des centres mondiaux de reproduction (avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon ou Taïwan). Ces dames apprécieraient mettre au monde leurs petits au sud de la Sicile…

Et de ce côté-là, l’espèce n’est pas gâtée. Sa reproduction est extrêmement lente, rare (tous les 2 à 3 ans) et la gestation, longue. Il faut près d’un an à une femelle pour mettre au monde sa portée de 2 à 10 petits, nombre qui varie en fonction du cannibalisme in utero (les petits se mangent entre eux dans l’utérus, une façon de privilégier les individus les plus résistants)…

Bien sûr, si la population mondiale de grands blancs était prospère, ce ne serait pas gênant. Hélas, elle ne l’est pas, d’où l’inquiétude des biologistes : comment assurer une descendance – l’avenir de l’espèce en d’autres termes – si mâles et femelles ne sont plus assez nombreux et disparaissent avant l’âge de la maturité sexuelle (aux alentours d’une taille comprise entre 3,50 et 4,50 m de long) ?

Il faut le savoir : la situation est réellement préoccupante. Le nombre de requins blancs est en déclin. Celui qui massacre le seigneur des océans est le même qui l’accuse d’être un tueur : l’homme. Preuve du carnage, les experts estiment aujourd’hui que les grands blancs ne représentent que 0,5% de la population totale de requins. Le sud de l’Australie aurait même observé une chute de 94% du nombre de grands blancs présents dans la région entre 1980 et 1990. Pas étonnant qu’ils figurent depuis 1996, sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN, et depuis 2005, à l’annexe II de la CITES (qui réglemente sévèrement son commerce international) !

En aquarium !

Garder un requin blanc en captivité ? Longtemps, ce fut mission impossible. L’expérience a été menée sur une quarantaine et jamais un individu n’y a survécu plus de 15 jours (contrairement aux requins nourrices, taureaux, citron, etc. qui la tolèrent malgré tout assez bien). Jamais… jusqu’à ce jour de septembre 2004 où l’Aquarium de Monterey en Californie a accueilli une jeune femelle d’1,50 m prise par inadvertance dans les filets d’un pêcheur. Elle est restée 6 mois dans un bassin de 16 millions de litres avant d’être relâchée dans la nature. L’expérience a été réitérée avec un mâle rendu à la liberté en janvier 2007 après 4,5 mois passé à l’Aquarium. Certes, les biologistes ont eu la chance d’étudier de près une espèce rare et les visiteurs, celle de l’admirer autrement qu’en photo. Mais peut-on sans état d’âme enfermer un si grand prédateur qui passe son temps à parcourir les mers ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Les experts ont bien du mal à s’entendre à ce sujet…

En danger

Comment en sont-ils arrivés là ? En fait, l’extermination a commencé avant l’époque de la sortie des Dents de la Mer, puis s’est intensifiée après. Elle est même devenue un loisir très prisé et largement accepté jusqu’à la fin des années 80 ! Combien ont fini en trophée sur le pont des bateaux de pêche sportive en particulier dans l’Est de l’Amérique du Nord ou le Sud-Est de l’Australie ? Mort, le requin blanc valait de l’or : ses dents se vendent (toujours !) plusieurs centaines d’euros, ses mâchoires… plusieurs milliers !

Sur les traces du megalodon

Des scientifiques qui observaient des cétacés en août 2005 au sud de la Nouvelle-Calédonie ont eu la surprise d’apercevoir un requin blanc. S’était-il perdu ? Non, la présence de l’espèce dans cette région a été confirmée une nouvelle fois par le largage de balises portées par deux individus ! Etonnant ce retour aux sources… En effet, le nord-ouest du « Caillou » est un haut lieu de découvertes de dents de Carcharocles megalodon. Les passionnés s’arrachent à prix d’or ces trésors archéologiques pouvant dépasser 20 cm de haut et peser près d’un demi kilo ! Et pour cause, cet amateur de baleines était un requin gigantesque avec ses quinze mètres de long et son poids d’une cinquantaine de tonnes. Il aurait longtemps côtoyé le grand blanc avant de lui laisser le champ libre en disparaissant, il y a 1,6 millions d’années. Pourtant, certains fans osent penser qu’il est toujours là, tapi quelque part dans les profondeurs océanes…

On a utilisé sa peau en maroquinerie pour en faire du cuir de luxe, sa carcasse, en farines de poissons, etc. Et comme tous les autres requins, le Carcharodon carcharias est victime de l’ignoble pratique du shark finning qui consiste à récupérer les ailerons des squales. Dans certains pays asiatiques, en Chine, en particulier, on raffole de la soupe d’ailerons… Fort heureusement, les années 90 ont changé la donne. Le grand public a posé un regard neuf sur le requin blanc. Les biologistes ont multiplié les recherches sur cet animal qui a encore tant à nous apprendre…

De nombreux pays élaborent des programmes de conservation et instaurent des lois visant à le protéger sur leur territoire. En 1991, l’Afrique du Sud a été le premier état à s’y mettre, interdisant de le pêcher ou de faire un commerce des différentes parties de son anatomie. Deux ans, plus tard, la Namibie a pris les mêmes mesures, bientôt suivie en 1994 par la Californie, la Floride, l’Australie en 1997 et plus récemment la Nouvelle-Zélande (2007). Eviter la disparition au grand blanc passe aussi par la restauration de son habitat dégradé par les activités humaines (pollution chimique, macro-déchets, diminution des ressources alimentaires en raison de la pêche, mortalité par noyade dans les filets de protection des plages). Bref, si aujourd’hui, nous ne prenons pas les bonnes décisions, demain, l’univers marin n’aura plus d’empereur et l’image du requin blanc ne sera plus qu’un souvenir dans notre mémoire…

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