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LE LUXE DES CRABES ROYAUX

Sur terre, l’être humain a souvent joué aux apprentis sorciers avec la nature et ça ne lui a pas toujours réussi. Pourtant, il ne s’est pas arrêté là, tentant sciemment d’introduire une espèce marine – un crabe d’eau froide – dans un milieu qui n’est pas le sien. Bilan ? Pas très fameux une fois de plus.

C’est une histoire si lourde de conséquences… Tout commence chez les Soviétiques à l’époque de Staline décidé à trouver de quoi nourrir son peuple. Quoi mettre dans les estomacs ? Pourquoi pas cet énorme crustacé à la chair exquise, le crabe royal rouge (Paralithodes camtschatica) qui vit à l’extrême Est du continent ?

Effectivement, on le rencontre dans le Pacifique Nord autour de la péninsule du Kamtchatka (ainsi que dans les eaux d’Alaska). Et justement, la distance à parcourir pour le ramener au cœur de l’ex-URSS est bien trop grande. Le produit supporte mal le voyage et à l’arrivée, sa fraîcheur laisse à désirer.

Jusqu’à 2 mètres

D’où cette idée un peu folle de l’introduire en mer de Barents pour l’avoir à porter de main… Aussitôt pensé, aussitôt fait ! Une cargaison de crabes transportée par voie ferroviaire est balancée par-dessus bord dans le fjord de Murmansk. La première tentative initiée par Staline n’est pas la bonne. La seconde, étalée sur les années 1960, est un « succès ». On balance jeunes, adultes (plus de 12500 crabes) et larves, 1,5 millions au total. Tout ce petit monde se multiplie à une vitesse incroyable.

Il y aurait aujourd’hui 15 à 20 millions de crabes royaux en mer de Barents, chacun ayant une espérance de vie de 20 à 30 ans ! Cette armée rouge sous-marine poursuit ainsi son invasion vers l’Ouest, colonisant les côtes de Norvège et même les îles Svalbard au Nord.

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Sur son passage, elle dévaste les fonds marins… Comme les filets de pêche d’ailleurs. Pas étonnant, ces soldats « encarapacés » sont de vrais colosses, pouvant peser 12 kilos et mesurer 2 mètres de l’extrémité d’une pince à l’autre. Et pour atteindre une telle masse, ils mangent de tout sans faire les difficiles : étoiles de mer, oursins, coquillages, poissons morts, même un congénère si l’envie leur en prend !

Alors, bien sûr, les pêcheurs Norvégiens qui les trouvent dans leurs filets, depuis une vingtaine d’années maintenant, font grise mine (sauf les quelques-uns qui disposent d’une autorisation pour en remonter, la marchandise rapporte gros…).

Un jour chez nous ?

Sans compter que la présence des crabes royaux a un impact direct sur certaines espèces commerciales, soit parce qu’ils leur transmettent des parasites, soit parce qu’ils mangent leurs œufs. Et de ce côté-là, eux-mêmes peuvent dormir tranquilles : une femelle sexuellement mature peut pondre plus de 400 000 œufs !

Qui peut donc les arrêter ? Sous la surface, ils n’ont pour ainsi dire aucun ennemi véritable. Les mammifères marins et le cabillaud qui s’en nourrissent parfois ne suffisent pas à réguler l’explosion du nombre de crabes. Le problème est le suivant : la situation, créée au départ dans le but de rendre disponible une ressource alimentaire de qualité a finalement viré au cauchemar écologique.

Aujourd’hui, les crabes royaux sont lancés dans une course effrénée, dont certains biologistes pensent déjà qu’elle les mènera jusque dans les eaux chaudes de la région de Gibraltar. Point final de leur épopée ? Sans doute – haute température de l’eau oblige – mais cela ne devrait pas arriver avant un siècle-et-demi, nous promet-on… Voilà qui laisse libre court à l’imagination : quels dégâts causeraient de telles créatures sur notre littoral atlantique ?

Bref, pour l’heure, si les crabes royaux ne se trouvent plus seulement au Kamtchatka en raison de la surexploitation menée par les Russes, et en Alaska – même phénomène chez les Américains -, seule une pêche intensive pourrait limiter la casse dans l’écosystème que ces envahisseurs ont pris d’assaut…

 

Produit de luxe

Les crabes royaux sont les plus gros crabes comestibles au monde, les crustacés les plus appréciés aussi, désolé pour les homards ! Et ça, la Norvège l’a bien compris. Ses quotas de pêche demeurent assez faibles – trop au regard des écologistes… – : seulement 300 000 prises annuelles, contre plus de 3 millions côté Russe en Mer de Barents. Comment expliquer un tel comportement ?

Offrir un produit rare sur un marché international dirigé par une forte demande permet de maintenir des prix très élevés. Et oui, les pinces du crabe royal valent de l’or ! En attendant, mettre la tête dans le sable et refuser d’admettre qu’il y a urgence juste pour se remplir les poches de quelques écus supplémentaires ne fera qu’aggraver la situation…

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