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LE LIVRE : MUET, POUR LES SOURDS, AUDIO POUR LES ANALPHABETES ?

11.06.18 – Les niveaux de compréhension des textes et de la lecture baissent de génération en génération. Parce qu’ils sont trop complexes ou les gens finissent-ils par perdre l’envie de lire, d’écrire, voire un jour de parler ? Inquiétant phénomène que l’illettrisme dans un pays où 2,5 millions d’adultes ne savaient pas lire en 2016…

Combien en 2018 quand l’Etat annonce la construction dans les Landes d’un « EHPAD village Alzheimer » où l’on imagine mal un dynamique personnel soignant prendre le temps de réapprendre la lecture aux personnes âgées incapables de se souvenir de leur histoire comme des prénoms de leur jeune entourage ?

Etes-vous déjà aller chez des gens qui ne possédaient pas de bibliothèque dans leur salon, même pas une simple étagère avec une dizaine de bouquins cachés derrière des statuettes en bronze et des photos de famille ? La soirée a-t-elle été agréable ? Vos hôtes avaient-ils quelque chose à raconter entre les cacahuètes à l’apéritif et la pêche melba au dessert ? Où se sont-ils contentés d’allumer leur immense écran de télévision pour meubler la conversation, l’alimenter avec son bruit de fond et ses images de manifestants défilant avec des pancartes dans des nuages de fumées ou sur une terre rendue boueuse par les incessantes averses ?

Vous en avez forcément conclu qu’ils n’étaient pas des lecteurs, ou pire, vous avez déprimé tout le temps du repas en pensant que la culture comme les arbres étaient en voie de disparition. Pas de livres, pas de papiers, pas de forêt. Quand vous lisez, vous, dans le silence, au fil des pages à tourner, vous prenez le risque d’aller vers l’inconnu du texte… C’est effectivement une réelle prise de risque psychologique, une forme d’engagement. D’abord, vous êtes obligés de rester muets, concentrés, pendant la découverte de l’écriture d’un ou d’une autre, une plongée dans son âme quand c’est un roman, dans le monde lorsqu’il s’agit d’un essai.

Ce niveau d’attention est indispensable pour comprendre ce que l’auteur a voulu dire dans ses lignes – et entre ? – avant d’oser en parler à votre tour. Soit pour en faire ouvertement la publicité parce que c’était intéressant, soit pour critiquer avec de solides arguments – les vôtres – son point de vue, ce qui implique d’avoir confiance en soi et assez de connaissances pour se permettre une telle audace. Vous le pouvez si vous savez lire depuis longtemps et entretenez cette gymnastique du cerveau régulièrement. Ne serait-ce qu’en parcourant le magazine télé chaque semaine ou en achetant au moins un livre par mois, ce que proposait jadis France Loisirs mais avec un catalogue pas forcément assez étoffé pour séduire un large public…

Depuis quelques années, avec l’essor d’internet, la culture dématérialisée, au format numérique (musique, livres, films, jeux, vidéos) s’est développée – puis le téléchargement illégal aussi, hélas – et voilà qu’à partir de 2009, c’est toute une industrie qui s’est effondrée. Alors qu’elle continuait de proposer des produits de qualité en dehors de l’internet, probablement assez taxés pour continuer à remplir les caisses de l’Etat. Oui, mais les gens comme drogués aux nouvelles technologies si coûteuses – un smartphone coûte aussi cher qu’une tablette en France (et probablement qu’une arme à feu en vente libre aux Etats-Unis !) – voulaient avoir un accès quasiment gratuit et sans limite à toute cette culture.

Sans imaginer que les métiers créatifs et créateurs d’émotions, de richesses et de diversités intellectuelles, d’innovations allaient tant en souffrir que les caprices d’« adulescents » gâtés conduiraient à une grave érosion de la culture avant sa disparition totale en quelques années. Quand ? Le temps de laisser la place à l’élite dans les emplois informatiques et techniques de tomber dans l’illusion d’une réussite économique pour le pays (avant un transfert de technologies à haut risques dans des états où la population est plus nombreuse et la main d’oeuvre gratuite, elle aussi ou presque) sans oublier au passage de continuer à faire entrer des sous dans le portefeuilles des marchands d’armes. Développer des technologies – pardon des applications – c’est toujours bien en temps de paix mais elles s’installent aussi vite sur des fusils, des drones ou des chars connectés comme les smartphones ou les tablettes ! Bref, tout ça, on le sait depuis longtemps : il n’y a pas à discuter.

Sortie officielle du livre papier en 2010, e-book en 2013

D’ailleurs, beaucoup de taisent ou font les sourds sur le sujet. Comme sur celui, tabou pour combien de temps encore, de l’illettrisme qui ne cesse de s’aggraver en France ! Difficile de jouer les surpris qui n’avaient rien vu venir : moi, je lis beaucoup d’ouvrages écrits par d’autres mais je ne me souviens plus de la dernière fois où j’ai reçu une vraie lettre manuscrite dans ma boîte aux lettres… Même la Poste et ses facteurs, depuis une dizaine d’années, hurlent leur agonie et leur désespoir de ne plus avoir à distribuer de courriers bien écrits, de jolies enveloppes avec des adresses inscrites au stylo et portant des timbres originaux pour les collectionneurs ou juste le plaisir. Et les auteurs, eux, ont découvert, il y a une dizaine d’années aussi, stupéfaits probablement, en ignorant tout des chiffres de vente annuels ensuite qu’il existait des téléchargements légaux de leurs ouvrages à lire sur tablette ou liseuse à des tarifs plus bas qu’en librairies… Des fortunes peut-être attendent certains écrivains quelque part, mais où ? Vivent les e-books ?

Et maintenant, il y a pire : les livres audio… Quelqu’un vous mâche le travail de lecture, parfois torture ultime, l’auteur s’y colle directement comme un instituteur ou une institutrice un jour de dictée. Problème, une dictée, c’est toujours agréable pour les fans d’orthographe mais pas au-delà de 45 minutes car l’exercice exige une concentration qui consomme beaucoup d’énergie dans le cerveau… Heureusement toutefois, pour ceux qui n’ont plus de dents (qui leur seront remboursées par une « sécu aux comptes redressés en béton » depuis peu paraît-il), les malheureux n’auront plus à se concentrer et plus rien à raconter dans quelques années puisqu’ils auront tout oublier, et on s’occupera de tout pour eux dans le « village Alzheimer ». Et pour ceux qui ne savaient déjà pas lire, ils ne liront pas davantage mais pour le même prix, les analphabètes modernes auraient pu avoir le son juste en écoutant la radio, ou le son et l’image en allant au théâtre ou au cinéma… Pendant que ça existe encore.

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