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Le jumeau de la lune

On l’appelle môle, ou poisson-lune : et à sa silhouette aussi haute que large et sa couleur argentée, on comprend pourquoi… Portrait du plus gros des poissons osseux du monde (qui fréquente la Méditerranée).

En haute mer, bien des marins ont des sueurs froides en apercevant sa nageoire dorsale tranchée la surface de l’eau comme une lame de couteau… Comment le différencier d’un aileron de requin ? En se rappelant que les requins ont une nage fluide et rapide – leur aileron dorsale se déplace sur une trajectoire rectiligne – alors que la môle (de son nom latin Mola mola, mola signifiant meule) se déplace en battant simultanément ses deux nageoires ventrale et dorsale… L’effet en surface n’est pas le même.

Et la queue ?

Sa famille – celle des Molidae – compte seulement deux autres espèces : le poisson-lune à queue pointue (Masturus lanceolatus), et le plus petit, le poisson-lune mince (Ranzania laevis).

Il est apparenté aux poissons-ballons : l’air de ressemblance est indéniable sur les minuscules juvéniles couverts d’épines (comme les diodons) qui disparaîtront bien vite. Une fois adulte, le poisson-lune ressemble à une énorme tête qui flotte, bouche ouverte. Car le bonhomme se paye en effet le luxe de se priver d’un moyen de propulsion très efficace, une queue. Quelle drôle d’allure cela lui donne ! Pas de queue, mais plutôt une sorte de gouvernail arrondi appelé clavus…

Gonflé, n’est-ce pas ? Et comment ! Il atteint une taille moyenne de 2 mètres pour un poids honorable d’une tonne (en 1996, au Japon, on a découvert un spécimen de 2,70 m qui pesait 2,3 tonnes, un record). En hauteur, il pourrait atteindre au maximum 4,20 m.

Alors forcément, côté estomac, il est glouton, mais peu ambitieux, se contente de méduses, calmars, zooplancton et autres petits poissons. Et pour croquer tout ça, comme les poissons-perroquets, il dispose d’un bec bien costaud.

Bien des choses à découvrir !

A l’heure actuelle, le poisson-lune est loin d’avoir livré tous ses secrets. Les biologistes enquêtent, réalisent des prélèvements pour faire des analyses génétiques, procèdent à des marquages pour espionner ses moindres faits et gestes par satellites, etc. Une chose est sûre : le loustique préfère les eaux du large dans les régions tropicales à tempérées. L’essentiel ? Que la température soit agréable. Dés qu’elle s’approche des 10°C, il la supporte mal et un trop long séjour en eau froide lui est fatal.

Ce n’est pourtant pas faute de porter un manteau… Sa peau rugueuse est en effet couverte de denticules et d’une couche de mucus. Mais d’innombrables parasites viennent lui gâcher la vie ! Heureusement qu’il peut compter sur des « pros » du déparasitage, qu’ils soient poissons ou oiseaux de mer. Pour eux, il se couche à l’horizontal sous la surface, s’offrant tout entier au bec expert de la mouette à laquelle il accorde sa confiance.

Passé ce moment d’intimité, pourquoi ne pas se payer une belle plongée ? Si binôme il y a, il l’accepte mais est plutôt un solitaire. Il passe ainsi beaucoup de temps à des profondeurs dépassant les 600 mètres. Et côté cœur ? Mystère et boule de gomme : on sait seulement que madame peut produire 300 millions d’œufs (un record absolu pour un vertébré), œufs qui doivent être fécondés en pleine eau par monsieur. Pour le reste, ce ne sont pas les quelques poissons-lunes gardés avec bien des difficultés en captivité qui ont bien voulu nous en dire plus sur leur mystérieuse existence…

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