«

»

Imprimer ceci Article

LA TELE-REALITE A-T-ELLE TUE LE CALCUL ET LA LECTURE EN CLASSE ?

9.06.18 – La télé-réalité a fait son apparition explosive sur le petit écran en avril 2001 sur M6. De jeunes gens, simplement parce qu’ils étaient jeunes, beaux, et filmés – surveillés ! – nuit et jour par des caméras de professionnels des médias (pas par le « petit œil » d’un smartphone) devenaient en une semaine ou un soir célèbres dans la France entière… La surenchère dans le vulgaire a-t-elle, à ce stade, payé plus et même dépassé voire tué les promesses de l’éducation de base – savoir lire, compter, écrire, penser – si chère aux défenseurs de l’école ?

C’est un fait et c’est son devoir : l’école a pour mission de développer l’esprit critique au fil des ans. D’emblée, elle apprend le goût de l’effort, de la persévérance car il en faut pour apprendre à dessiner un peu, à compter (d’abord sur ses doigts), lire et écrire. Il ne suffit pas d’être beau ou belle pour passer du CP au BAC et avoir l’opportunité de faire des études supérieures dans l’espoir d’exercer un jour un métier passionnant donc forcément exigeant. Un écolier, une écolière, même « fils ou fille de » à l’origine ne rêvent jamais de devenir riches ou célèbres, mais cosmonaute, pompier, vétérinaire, pâtissière, etc.

Encadrés par des enseignants théoriquement diplômés, motivés et heureux de transmettre leurs savoirs, les gosses à leur tour veulent apprendre puis rentrer à la maison pour tout raconter à leurs parents, y compris leurs doutes sur leur petite vie et leur avenir… Voilà pourquoi des enfants bien éveillés et épanouis bombardent de questions les adultes ! Non, la curiosité n’est pas un vilain défaut. Oui, l’école gratuite (depuis 1881 !), publique et laïque (depuis 1882) forme à l’indépendance d’esprit, la citoyenneté et libère de l’ignorance qui encrasse les cerveaux usés ou paresseux et les rues parfois. L’école, un vrai bonheur, une promesse d’avenir en France même pour les enfants de familles pauvres…

Sauf quand les excès de la misère et de la guerre détruisent les salles de classes, et l’envie d’y aller pour voir, observer, bouger, entendre, écouter, se concentrer, seuls ou en groupe, sur des exercices de calcul, de français – lecture et expression écrite (rédaction) ou orale (quelque part entre la dictée de l’institutrice ou de l’instituteur, le cours de chant, la récitation ou l’exposé de l’élève s’exprimant au tableau dans un langage parfaitement compréhensible devant des camarades attentifs) – d’histoire, géographie ou de sciences naturelles. Il arrive qu’à certains cours, certains élèves se montrent plus brillants que les autres, et du coup, représentent des moteurs dans leur domaine pour toute la classe !

La célébrité n’a encore rien à voir là dedans, la télévision encore moins, mais la popularité commence. Elle se lit déjà dans l’oeil et l’attention de quelques-uns, ayant conscience comme les adultes des prédispositions réelles du jeune garçon ou de la jeune fille, dans le dessin, la musique, les chiffres, l’écriture, ou le sport et qui ont parfois assez tôt en tête le métier de leurs rêves pour objectif. Peut-on parler d’ambition ? Plus sûrement d’envie et c’est déjà beaucoup. Ces gosses, dans l’anonymat de leur tête, ne sont pas surdoués. Ils se fichent royalement de devenir de riches stars éphémères du petit écran ou mis en scène sur Internet au travers de vidéos bidouillées puis injectées sur youtube par leurs parents. Ils n’ont même pas connu l’époque où l’illustre Jacques Martin, les dimanches après-midi, faisaient venir à l’Ecole des fans d’impertinents et drôles de garçonnets en culotte courte et d’adorables fillettes en jupette à la voix douce.

Très peu d’ailleurs, de cette époque, ont été si doués pour l’impertinence ou le chant qu’ils et elles sont effectivement devenus des stars ayant marqué de leur audace et de leur empreinte vocale le monde de la chanson, des médias ou du cinéma français. N’est pas Jean Gabin qui veut… Et toutes les femmes, qui ont aimé regarder et écouter chanter Charles Aznavour, Daniel Balavoine, Johnny Hallyday, Patrick Bruel, Lambert Wilson ou Marc Lavoine, n’ont pas le coffre d’Edith Piaf et la grâce ou la force dans l’interprétation si physique d’une Simone Signoret, d’une Romy Schneider, d’une Catherine Deneuve ou d’une Carole Bouquet. A les voir, on imagine que ces adultes, grandes voix de la chanson ou du cinéma, ne sont pas devenus des stars du jour au lendemain, mais en travaillant beaucoup et parfois, quand même, avec un coup de pouce du destin. Du hasard ? Merci pour cette opportunité en tous cas qu’ils ont eu le courage d’essayer de suivre.

Grâce aux artistes de cette culture de base indispensables aux petits comme aux grands, l’école n’est pas morte puisqu’on sait encore (mais pour combien de temps ?) toujours faire la distinction entre réalité et fiction. Et donc, il reste des gosses qui veulent juste réussir, croire en leur avenir sans oublier de s’amuser avec leurs copains et copines dans les cours d’école. Laquelle, depuis une certaine forme d’insouciance dans les années 1980 en a pris un sale coup sur la figure le jour, en 2001, où Loft Story a été diffusé sous les yeux des gamins et des gamines, avachis dans le canapé de leurs parents… Une « bombe à retardement cathodique » dont les effets se font encore sentir aujourd’hui puisque l’ennui « mortel » de jeunes parmi lesquelles des blondes aux cheveux longs peroxydés et gaufrés comme ceux de Barbie payait finalement plus que le travail !

Misère, une demi-heure de relation sexuelle filmée dans l’eau d’une piscine à l’eau aussi chlorée que celles des aquariums où se meurent d’ennuis aussi des mammifères (marins, les dauphins) assurait à la fois une gloire durable ou éphémère peut-être – cela restait difficile à prévoir à l’époque – et la perspective d’une montagne d’argent à la sortie de cette prison télévisée… Il suffisait de choquer à outrance, par des actes ou des paroles baragouinées dans un langage incompréhensible – bref, un mauvais français – pour espérer signer le contrat du siècle en dehors du plateau maison, pardon loft rose bonbon et bleu ciel. Futur possible pour ceux et celles qui faisaient déserter les gosses des bancs de l’école avant l’heure avec leur bouche pipelette et leur silhouette sexy ?

Peut-être stars à paillettes immédiatement à la une des couvertures des magazines partout en kiosques dans toute la France, puis les producteurs relanceraient « leur carrière » avec des essais pas forcément concluants dans la chanson, le cinéma, la télé, la radio ou les livres… Best-seller assuré à condition d’avoir un bon nègre littéraire (mais chuuut !) et surtout d’avoir quelque chose d’intéressant à raconter sur sa vie parce qu’une biographie creuse, même si elle est bien écrite, reste une biographie sans fond. Ces castings indirects ont au moins eu l’avantage de relancer un peu la presse écrite qui en avait tant besoin à l’époque, parce que les jeunes voulaient collectionner les photos de leurs idoles dans des classeurs et y coller aussi les articles pour tout savoir de leur trépidante existence de stars, logique, basique, Panini et compagnie…

Et au moins, ce succès temporaire, effet de mode, en plus d’avoir fait couler beaucoup d’encre un temps seulement a justifié le fait aux yeux du grand public de payer la redevance télé sans trop broncher. Afin de financer de tels programmes, soit pour qu’ils arrivent vite sur les chaînes de télévision du service public, soit pour qu’ils restent cantonnés à la concurrence, les chaînes privées financées par la publicité. La culture, dans tout ça – le dessin, le calcul, la lecture, l’écriture, l’histoire-géo, les sciences naturelles, le sport, la musique, la créativité – a morflé, écrasée sur le canapé. La télé-réalité laissait croire aux sales gosses que l’école n’était plus si utile puisque la réussite passait par la richesse et que sans travailler, sans rien faire même pendant une ou deux heures, des acteurs qui n’en étaient pas vraiment devenaient riches et célèbres… Pendant que des gens gagnaient péniblement leur vie à l’usine (ouvriers, cadres, PDG, même combat) voire dans le service public et à la télévision – le pompon ! – pour envoyer les jeunes à l’école justement.

Certains producteurs, dénicheurs de pépites, ont tenté de redressé la barre et rectifié le tir en lançant de nouveaux programmes plus ciblés et à la recherche de vrais talents ensuite, de façon à ce qu’on ne perde pas toute la société dans la fainéantise filmée qui rendait aussi célèbre que la connerie. Les probabilités de dépression – même économique – devant une telle surabondance de vulgarités chez les téléspectateurs de tous âges (surtout les « travailleurs travailleuses ») forcément impactés étaient réels et augmentaient de semaine en semaine, de mois en mois, d’années en années ! Il fallait au plus vite chercher des remèdes pour rehausser le niveau de culture générale et ainsi repousser le plus naturellement possible les tentatives de suicide (si facile à commettre avec des surdosages de médicaments). On a donc ouvertement essayé de retrouver l’attention des jeunes qui se désintéressaient de l’école en masse (comme en 1968 ?) pour au moins réorienter les vrais talents potentiels qui pourraient prendre le relais dans les métiers exigeants sur la durée de danseurs, danseuses, chanteurs, chanteuses, acteurs, actrices, etc. Et dans le même temps, tout le monde a pu découvrir à la télévision l’émission « Je suis une célébrité, sortez-moi de là ! », parce que la vie, ce n’est jamais du cinéma…

Autres articles intéressants...

Que ferions-nous sans abeilles ?
Beaucoup moins de choses, ça c’est sûr. Petites et fragiles, les abeilles sont si utiles ! Une étude vient pourtant de montrer qu’elles sont en déclin dans la nature et avec elles, les plantes à fleurs. Inquiétant…
Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers ?
Question insolite posée par le titre d’un ouvrage qui vient tout juste de sortir. Il en contient une foule d’autres sur l’espace, les animaux, l’alimentation, le corps humain, les dinosaures, etc. Leurs réponses ? Instructives et surtout, amusantes. Un livre p...
Les chats ont-ils un nombril ?
Bonne question. C’est aussi le titre de la suite du célèbre livre « Pourquoi les vaches ne peuvent-elles pas descendre les escaliers ? » de Paul Heiney. Une fois de plus, l’Anglais a fait très fort !
Pourquoi les flageolets ne sont-ils pas très distingués ?
Les flageolets sont des grains extraits de haricots. Cuisinés avec un bon gigot d’agneau, ils sont très appréciés, mais plutôt le week-end… (extrait du livre POURQUOI LES MOUCHES AIMENT-ELLES LES CROTTES ?)

Lien Permanent pour cet article : http://merseaplanete.com/la-tele-realite-a-t-elle-tue-le-calcul-et-la-lecture-en-classe/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>