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La mort dans l’eau

Bulles (Crédits C. Lepage)Ce 19 mai, sur M6, Capital Terre mettait l’accent sur la rareté et la surconsommation d’eau. 1,5 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable ! Liquide rare véhiculant d’innombrables vecteurs de pathologies, gros plan sur les maladies hydriques.

Nous n’y étions pas mais la France a connu son lot d’épidémies transmises par l’eau souillée d’excréments de malades. Sanitaires et réseaux d’assainissement n’existaient pas… En 1832, l’hexagone est comme l’Europe victime du choléra qui se propage à partir d’eaux stagnantes. A l’origine de ce fléau ? Une bactérie, le vibrion de Koch (du nom du découvreur) responsable de diarrhées mortelles qui font 100 000 victimes dont 20 000 à Paris.

Hygiène

Le choléra persiste dans les pays pauvres et a fait une surprenante réapparition en Europe en 1965. Autre maladie présente dans l’eau contaminée par des matières fécales d’origine humaine : la fièvre typhoïde présente en France jusqu’à la seconde guerre mondiale. Salmonella typhi -bactérie en cause- frappe encore aujourd’hui 17 millions de personnes dans les pays où l’hygiène fait défaut et tue 600 000 d’entre elles.

Bref, au XXIe siècle, alors que chaque être humain devrait bénéficier d’une eau de bonne qualité, seulement plus de la moitié de la population mondiale dispose d’un raccordement à domicile ou d’un robinet à l’extérieur ! L’Organisation des Nations Unies assure que l’amélioration de l’assainissement ferait reculer de 32% la morbidité liée aux maladies diarrhéiques ou qu’une simple éducation à l’hygiène (se laver les mains, etc.) les ferait reculer de 45%.

Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, résumait parfaitement la situation : « nous ne vaincrons ni le SIDA, ni la tuberculose, ni le paludisme, ni aucune autre maladie infectieuse qui frappe les pays en développement, avant d’avoir gagné le combat de l’eau potable de l’assainissement et des soins de santé de base ! ».

Etang à secLa mort rôde dans l’eau… Et puisque l’on ne peut vivre sans boire, bien des gens qui résident dans des régions dites en stress hydrique se trouvent confrontés à une situation intolérable : consommer de l’eau parce que leur organisme en a besoin… tout en sachant que ce geste ‘anodin’ va les rendre malades.

Exemple avec la dracunculose qui d’ici une petite dizaine d’années ne devrait plus être qu’un très mauvais souvenir. Appelée filaire de Médine en Asie, ver de Guinée en Afrique, elle se transmet par une eau non filtrée contaminée par des crustacés microscopiques, les cyclops, hôtes du ver nématode Dracunculus medinensis. Cette longue maladie, contre laquelle il n’existe aucun traitement, se traduit par la croissance du ver au niveau des membres inférieurs, puis d’un œdème et d’une ulcération.

Les crevettes sont-elles sous antidépresseurs ?

Extrait du livre Les baleines ont-elles le mal de mer ?

Certaines, oui. Pourquoi, dépressives les filles ? Même pas, elles payent juste les pots cassés de l’explosion de consommation d’antidépresseurs (cocorico, la France est championne du monde en la matière)…
Les baleines ont-elles le mal de mer ? (sur Amazon)Le problème est planétaire : l’usage répandu de ces molécules est tel que les résidus arrivent en masse dans l’eau des rivières et terminent leurs courses en mer. Ainsi exposées bien malgré elles à la fluoxétine, principe actif de certains de ces médicaments, les crevettes en subiraient les conséquences.

 Une expérience a montré qu’aux degrés d’exposition les plus importants, leur comportement était altéré. De quelle manière ? En cas de danger, elles devraient fuir dans les coins obscurs pour se cacher, et au lieu de cela, elles se précipitent vers la lumière au risque de s’exposer aux prédateurs !Les antidépresseurs visent souvent une action sur le niveau de sérotonine dans le cerveau des patients. Présent chez de nombreuses espèces animales, ce neurotransmetteur est impliqué dans le contrôle de l’humeur, la diminution de l’anxiété ou encore le sommeil. Chez les crevettes, la fluoxétine influencerait également le système nerveux au niveau de cette sérotonine.

Questions. Les crustacés sont-ils les seuls organismes marins concernés ? Quant aux autres médicaments (antibiotiques, anti-inflammatoires, anti-douleurs, etc.) tout aussi susceptibles de se répandre dans les milieux aquatiques, y ont-ils des impacts ? Si oui, lesquels ? Des scientifiques enquêtent.

Mais il devient urgent de mettre un frein à ces fuites de résidus de molécules pharmaceutiques dont les stations d’épuration ne viennent pas encore à bout ! Et puis, suivons le conseil des pharmaciens : rapportons-leur les médicaments inutilisés ou périmés.

Il y a pire. Inutile de boire pour contracter une maladie hydrique : les insectes se chargent de la besogne ! Préférant les zones humides, ils se reproduisent facilement dans les régions tropicales, les endroits marécageux et les lieux où de l’eau croupie stagne depuis des jours… L’anophèle fait partie de ces vilaines bêtes qui raffolent de sang humain et véhiculent le mal : ici un protiste, le Plasmodium. Il en existe 4 espèces dont la plus dangereuse est le P. falciparum. Il parasite l’insecte femelle qui en piquant un individu lui transmet le cadeau empoisonné, le paludisme. Il tue chaque année 1,3 millions de personnes et fait dans le même temps 396 millions de nouveaux impaludés, en Afrique subsaharienne principalement, et en Amérique Centrale, Amérique du Sud, dans le sud de l’Asie enfin.

Moustique Anopheles gambiae (Crédits  Credit James Gathany CDC)La dengue est, elle, une arbovirose bénigne mais potentiellement mortelle dans sa forme hémorragique. Le virus emploie le même mode de transport que le palu, les moustiques (Aedes aegypti, A. haemagogus et A. sabethes). Dans le même genre, la fièvre jaune, contre laquelle il existe un vaccin, est liée au virus amaril transmis par un moustique infecté (Aedes en Afrique, Haemagogus en Amérique Latine). Autre pathologie qui fait mouche ou plutôt se transmet par la piqûre d’une petite mouche -la simulie- parasitée par un ver microfilaire (Onchocerca volvulus) qui se reproduit le long des rivières : l’onchocercose ou cécité des rivières, seconde cause de cécité d’origine infectieuse dans le monde. Il s’agit d’une filariose affectant près de 25 millions d’Africains, observée en Amérique latine de façon très localisée, aujourd’hui sous contrôle grâce à un programme d’éradication des larves dans les rivières démarré dans les années 70 (OCP) et à un traitement aux effets préventifs découvert en 1975, l’ivermectine.

Polluants

Des substances chimiques sont aussi à l’origine de maladies hydriques. Exemple ? Le fluor, ami des dents naturellement présent dans l’eau de boisson devient toxique en excès : la fluorose dentaire (tâches blanches sur l’émail) affecte 26 millions de Chinois, et la forme osseuse plus grave (ostéoporose, problèmes musculaires) en touche un million.

Chine toujours, et Bangladesh, Argentine, Chili, Inde, Mexique, Thaïlande, USA où l’arsenic provenant de la dissolution de roches pollue les eaux souterraines et entraîne l’apparition de cancers par intoxication alimentaire chronique. Un excès de plomb dans l’eau est, lui, responsable du saturnisme, une maladie qui endommage les reins et le système nerveux. Enfin, les nitrates et pesticides issus des activités agricoles sont d’autres sources de pollution et… de cancers !

EauLe trachome, transmis par la bactérie Chlamydia trachomatis présente dans les sécrétions oculaires des personnes infectées, profite allègrement du manque d’eau et d’hygiène (lavage mains et visage) pour se propager… 6 millions de gens sont aveugles à cause de lui et 150 millions sont en attente de traitements.

Autre fléau qui se place juste derrière le paludisme ? La bilharziose qui concerne 260 millions de personnes dans 74 pays -principalement en Afrique- et en tue chaque année plusieurs dizaines de milliers. « L’assainissement de base peut faire reculer la maladie de 77% » assure l’OMS.

Cette pathologie est transmise en eau douce par un ver trématode, le schistosome, qui se reproduit dans un escargot aquatique, le quitte à l’état larvaire (cercaire) puis s’introduit par voie cutanée dans l’organisme humain. Il en existe plusieurs espèces responsables de deux formes de bilharziose : urinaire (Schistosoma haematobium, S. mansoni) qui peut évoluer en cancer de la vessie et intestinale (S. japonicum, S. mekongi, S. intercalatum), plus lente à se développer et responsable à terme d’hémorragies mortelles.

Les œufs du parasite rejetés avec l’urine et les excréments du patient infectent les eaux usées et se propagent ainsi. Néanmoins, des médicaments existent : le praziquantel, l’oxamniquine contre la forme intestinale et le métrifonate contre la bilharziose urinaire.
Capital Terre M6 19.5.2013

Ainsi, la liste des pathologies liées à une eau insalubre est longue (ascaridiase, filariose lymphatique, encéphalite japonaise, helminthiase intestinale, légionellose, hépatite A, etc.) et témoigne de l’urgence à agir, la situation tournant carrément à la crise en cas de catastrophes naturelles (tsunami, ouragans, sécheresse)…

L’ONU a donc décidé de prendre le problème à bras le corps en décrétant 2005-2015 ‘Décennie L’eau, source de vie’. Objectifs ? « Réduire de moitié d’ici à 2015 le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre », « réduire de 2/3 entre 1990 et 2015 le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans » ou encore « d’ici à 2015, avoir maîtrisé le paludisme et d’autres grandes maladies, et avoir commencé à inverser la tendance actuelle ». Ce qui correspond à apporter chaque jour jusqu’en 2015 à 260 000 personnes un approvisionnement en eau digne de ce nom. Défi à relever car l’accès à l’eau est plus qu’un droit, c’est une nécessité vitale pour l’être humain…

Article publié dans le magazine Questions Réponses (avril 2006)

Capital Terre : quelle eau buvons-nous vraiment ? A voir sur M6 Replay

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