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La « croqueuse » de corail

Connue sous les noms de coussin de belle-mère, acanthaster ou couronne du Christ, cette étoile de mer sème la mort blanche dans les récifs coralliens. Portrait d’une beauté démoniaque. 

Acanthaster planci est d’une beauté à couper le souffle et d’un diamètre impressionnant, deux caractéristiques qui rendent impossible la confusion avec une autre espèce. On la rencontre en Mer Rouge et dans l’Indo-Pacifique. Loin d’avoir une taille de guêpe donc, elle peut atteindre un mètre et porter plus de 20 bras. N’allez pas croire qu’ils l’handicapent. Au contraire, elle est une sprinteuse hors pair capable de parcourir 20 m en une heure, hélas pour les récifs coralliens… Redoutable avec eux ? Et avec les plongeurs trop curieux. Gare à celui qui ose poser les yeux sur elle,  il tomberait inévitablement sous son charme, et plus encore s’il ne se méfie pas !

Venimeuse

Attention, ne pas toucher la belle : danger !

 

Rouge éclatant, fuchsia, jaune or, bleu électrique, etc. une variété de teintes qui hypnotisent le regard et sonnent comme un avertissement. « Quiconque a le malheur de se frotter à moi en subira le châtiment par le feu » semble promettre la divine créature. Ceux qui ont testé s’en souviennent : douleur intense, œdème, et vomissements avec surinfection dans les cas les plus graves. Avec ses piquants couverts d’un venin riche en saponines, la belle dispose de quoi vous faire passer l’envie de la caresser !

Mais son arme la plus effrayante est ailleurs, cachée sous son chatoyant manteau épineux : son estomac. L’étoile a un appétit gargantuesque, lequel a d’ailleurs bâti sa mauvaise réputation née sur la Grande Barrière de Corail Australienne dans les années 60. Depuis, l’Australie a eu beau dépenser des sommes folles pour tenter de l’éradiquer, sans succès éclatant… Et la peste s’est répandue : Micronésie, Polynésie, Hawaï, Nouvelle-Calédonie, etc.

C’est une vraie boulimique. Elle choisit une portion de récif, passe à table puis s’offre un festin de polypes, si possible d’espèces appartenant aux genres Acropora et Montipora, coraux branchus ou tabulaires et malheureusement à croissance lente.

La « nettoyeuse »

Sa technique ? S’agripper de tous ses bras à la colonie, évaginer son monstrueux estomac sur les polypes et n’en faire qu’une bouchée. Il ne reste plus ensuite du malheureux corail qu’un squelette calcaire blanc comme un cachet d’aspirine. En un an, l’acanthaster détruira 5 à 6 mde récifs, commettant parfois l’irréparable sur des coraux centenaires… Clémente, elle peut ne s’attaquer qu’à une portion de la colonie, laissant une chance à sa victime de se refaire une santé. En combien de temps ? Ça, c’est une autre histoire.

Mais pourquoi faire passer l’acanthaster pour un vrai petit démon ? Après tout, seule dans son coin, elle a certainement un rôle utile dans les mers chaudes. Alors ? Depuis bientôt cinq décennies, épisodiquement, on assiste ici et là à des explosions de populations. Les premières débarquent et sécrètent une substance chimique qui attire toutes les autres sur les lieux de la « fête ». Ces armées d’échinodermes dévastent ensuite des écosystèmes coralliens entiers !

Phénomènes naturels récurrents ? Les chercheurs l’ignorent encore, mais constatent… L’étoile existe depuis des milliers d’années, pour preuve la découverte de fossiles de spicules (épines) dans des sédiments âgés d’au moins 3500 ans sur la Grande Barrière Australienne. Pourtant, impossible d’affirmer que les invasions existaient déjà à cette époque. Quant à la nôtre, il n’y a pas si longtemps, l’étoile avait un ennemi qui la dévorait goulûment…

Où sont ses prédateurs ?

Le triton bien sûr ! « On n’en voit presque plus » soupire Nathalie, monitrice de plongée installée dans les Iles de la Société où la taramea, comme on l’appelle en Polynésie, a fait des ravages. Pour la jeune femme installée aux premières loges, plonger sur certains sites qui, quelques années en arrière resplendissaient de vie, est un crève-cœur… Ici comme ailleurs, plus de triton pour faire le gendarme sur le récif : il s’est volatilisé, trop prisé par les pêcheurs et les collectionneurs pour sa jolie coquille.

Y aurait-il d’autres amateurs ponctuels d’acanthasters ? Les becs de cane, vivaneaux bourgeois, napoléons – poissons affectés par la surpêche – ainsi que quelques balistes et tétrodons. Certains se nourrissent d’étoiles juvéniles (vers de feu, crevettes-arlequins), d’œufs et de larves (huîtres perlières, bénitiers, éponges). Ensemble, ces prédateurs constituent un frein à l’expansion de la « croqueuse » de corail. Mais quelle efficacité peuvent-ils avoir aujourd’hui, eux qui, pour la plupart, se sont raréfiés ?

Et comme si cela ne suffisait pas, la pollution terrigène et les coups de chaleur (type El Nino) dopent le taux de survie des larves d’acanthasters. Une providence quand on sait qu’une femelle émet jusqu’à 1000 millions d’œufs au cours de sa vie…

Le triton, prédateur naturel de l’Acanthaster

Que faire ?

Ni systématiques, ni permanents, sans contrôle, les cas de prolifération entraînent des modifications irréversibles du paysage corallien. Les espèces de coraux visées par les étoiles voraces disparaissent, et avec elles la chaîne alimentaire qui en dépend ! Certains centres de plongée en Polynésie s’en inquiètent et ne veulent plus assister à ce spectacle macabre.

La taramea a frappé par le passé et tente un retour. La prise de conscience, elle, tarde à venir si l’on en croit Nathalie. « Et on ne fait pas le poids si nous ne sommes qu’un ou deux clubs à se plaindre ! » proteste-t-elle avant d’insister : « Avant, les scientifiques nous expliquaient qu’il s’agissaient d’un phénomène naturel périodique. Aujourd’hui, ils semblent n’en être plus si sûrs. Et eux qui ne plongent pas si souvent que nous, ne voient pas toujours l’ampleur du désastre ». Or, leur autorisation est nécessaire pour prélever légalement l’acanthaster en plongée bouteille Dans l’attente du feu vert officiel, lorsqu’elles deviennent trop nombreuses sur un site, certains plongeurs, dans l’ombre, font le sale boulot. « Un jour, à quatre, on en a ramassé 103 en 2h30 ! » se souvient l’un d’entre eux.

En dehors du ramassage manuel, en Australie, pour les campagnes d’éradication, on mise sur les injections de bisulfate de sodium directement dans la « bête ». Cette potion magique la tue en quelques jours sans mettre en danger la santé des autres organismes marins. Coriace la diablesse, mais quelle splendeur, avouez…

Article publié dans le magazine A Bloc (Janvier 2007) pour Plongeur.com sous le pseudonyme Luc Tabary

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2 comments

1 ping

  1. Francis Le Guen

    Luc Tabary ! C’est donc vous… :-)

  2. Caroline Lepage

    Oui, c’était moi :lol:

  1. Récifs coralliens artificiels : à quoi ça sert ? » MERSEA PLANETE

    [...] aussi robustes soient-ils, ils n’échappent pas aux prédateurs dont la vorace Acanthaster (grosse étoile de mer). Un entretien se révèle indispensable explique-t-il enfin : « de la [...]

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