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L’acidité des océans, un drame en perspective

Bénitiers, seiches, langoustes, corail rouge, acropores. Des noms à l’évocation desquels vous n’avez qu’une envie : vous évader pour de nouvelles aventures sous-marines. Allez-y ! Vite, car le réchauffement de la planète ne vous attendra pas…

C’est une véritable course contre la montre à laquelle nous devons faire face aujourd’hui. Il faut impérativement réduire les émissions de CO2 ! Et en tant qu’êtres humains, de surcroît plongeurs, passionnés ou professionnels de la mer, nous sommes tous concernés par les terribles conséquences du changement climatique sur les océans. Petit rappel : la Terre a toujours connu une alternance de périodes de grand froid et de réchauffements. Sauf que… pour la dernière augmentation de températures, l’Humanité a donné un sérieux coup de pouce qui n’a fait qu’accélérer les choses : siècle et années fastes où l’on consomme à tout va puisque les énergies fossiles semblent inépuisables. Où l’on produit beaucoup aussi. Beaucoup de gaz à effet de serre, beaucoup de CO2

 

Aucune crainte à avoir, n’est-ce pas ? L’océan est là pour nous aider. Quel tampon efficace il fait, à gommer au fur et à mesure le fruit de nos excès ! Oui… mais non. Ce n’est pas si simple. L’univers marin veut bien absorber des quantités colossales de dioxyde de carbone – d’ailleurs, il a déjà eu sa dose avec les 120 milliards de tonnes issues de 200 ans d’intenses activités industrielles qu’il a courtoisement avalées – cependant il ne peut le faire sans en subir à son tour les conséquences. D’autant plus que son aide est limitée. Arrivera le jour où lui aussi sera à saturation, ne pouvant plus réceptionner ‘notre’ CO2 lequel se transforme en acide carbonique.

Voilà pourquoi le pH des océans – potentiel hydrogène (échelle de 0 à 14 en chimie permettant de définir une solution acide, neutre ou basique) – tend à chuter. De 8,3 lors de la dernière période glaciaire, il est passé à 8,2 au cours des deux siècles pour atteindre 8,1 la dernière décennie. La chute pourrait encore atteindre 0,3 à 0,4 unité d’ici la fin du siècle ! Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? L’eau de mer est de plus en plus acide et finira par être corrosive pour certains organismes qui fabriquent leur ‘squelette’ à base de calcaire. Les biologistes craignent le pire d’ici 2050, voire 2030 pour les estimations les plus pessimistes, dans les zones polaires pour commencer. Catastrophe en prévision pour les invertébrés marins dont la coquille est à base d’aragonite (carbonate de calcium) comme les ptéropodes, mollusques planctoniques qui font vivre tant d’espèces en Antarctique.

Si le phénomène prend la tournure prévue par une récente étude publiée dans la revue Nature, développer et se reproduire pourrait même devenir impossible en 2100, l’aragonite se désagrégeant en de pareilles circonstances… Actuellement, l’augmentation de températures est déjà à l’origine de migration. Certains types de plancton et animaux vont plus au nord pour y trouver la fraîcheur. D’autres, tropicaux à l’origine, commencent à s’adapter à de plus hautes latitudes. Bref, de profondes mutations sont d’ores et déjà à prévoir dans les peuplements marins. Côté récifs coralliens, on reste septique pour les uns, ou carrément affolé pour les autres car de nombreux experts imaginent leur disparition pure et simple ! Effrayant vous dites ? Vous avez raison…

Caroline Lepage (article publié en 2006 dans Plongée Magazine)

Focus  Catastrophes en chaîne

Les invertébrés marins possédant un ‘squelette’ interne ou externe à base de calcaire sont nombreux. Crustacés, coquillages, coraux, oursins, une partie du plancton, et même les céphalopodes… Qui n’a pas, au moins une fois dans sa vie, ramassé un os de seiche traînant sur la plage ? La gravité du phénomène se profile dans nos esprits lorsqu’on vient à réaliser que de la survie de ces espèces, directement concernées par l’acidification des océans, dépendent beaucoup d’autres, plus importantes en taille et au sommet de la chaîne alimentaire marine : poissons, dauphins, requins, baleines, phoques, tortues. Qu’adviendra-t-il si un jour elles n’ont plus assez pour se nourrir ?

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