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Journée Mondiale des Océans : la fête du corail

Narcoses Prix Corail 20128 juin 2013, samedi de folie pour le corail et de fait, occasion rêvée pour le découvrir autrement, dans les livres, les magazines… Et tous ses états, de jour comme de nuit !

 

Corail juste sous la surface

En plongée, le nez collé dessus, on a l’impression de voir le corail tel qu’il est : « superbe » pour reprendre le terme préféré des palmé(e)s de Facebook. Mais un peu comme celle des mers froides – l’iceberg – la merveille des eaux chaudes a une face cachée, pour ne pas dire obscure puisque celle-ci se dévoile sous son vrai jour… dans le noir !

L’invisible dans Plongeur.com

 

Plongeur.com 7

Comment ? Quelque chose qui serait là sous nos yeux en pleine lumière et qui aurait une autre allure, observé de nuit ? Exactement. Faire découvrir l’inconnu, montrer l’invisible, telle est l’ambition de Francis Le Guen dans ses émissions, ses livres et les magazines qu’il conçoit. Plongeur.com n’a pas échappé à cette règle, y compris avec la rubrique science, démarrée en trombe – marine ! – par la fluorescence sur le Numéro 1. Et souvenez-vous : les statues de Jason, tout aussi coralliennes…

La suite des réjouissances concoctées par le chef pour les numéros suivants ? Allez, Journée Mondiale des Océans oblige, faites-vous plaisir et téléchargez toute la série. C’est gratuit, légal et truffé de trésors à découvrir en détails ! Histoire de vous mettre l’eau à la bouche : les upwellings (où comment des profondeurs peuvent remonter en surface des éléments essentiels), les requins qui sont chez nous (si, si, même au pied de Notre Dame de La Garde, la Bonne Mère de Marseille ou dans votre salon si vous surfez sur le Numéro 3), la pression qui n’est pas qu’une histoire de stress intense en plongée jureront les assidu(e)s de la narcose, etc.

 

Narcoses, prix Corail

 

NarcosesCombinez – sans combinaison – pression, plongée, narcose et corail et vous obtenez un livre ! Au point que Francis Le Guen a remporté le prix du même nom en novembre dernier au Festival Mondial de l’Image Sous-Marine.

Et moi qui ai donc perdu face à lui avec mon ouvrage Les Baleines ont-elles le mal de mer ? (beaucoup plus écologie, pour ma partie corail), j’admets bien volontiers qu’il ne l’a pas volé, ce prix littéraire.

Bien écrits, ses récits sont palpitants, angoissants parfois car il s’agit bien d’histoires vraies. Je ne résiste plus à l’envie de partager ici en photo la quatrième de couverture : mon conseil, lisez-la !

Bonne idée de lecture pour cet été… Je vous recommande aussi de télécharger le Numéro 7 de Plongeur.com : corail « de jour », quand tout s’éclaire !

 

Mots clés du corail façon BloGuen

Mots « coralliens » par F. Le Guen (BloGuen) – Cliquez !

Lumière sur le corail et la méduse

 

Et le Numéro 1, corail « de nuit » quand « tous les chats sont gris », lui est vert comme sa proche cousine méduse. Une histoire de lumière blanche que je vous livre ici à ma manière dans son intégralité, ou presque pour fêter dignement les océans, ce 8 juin 2013

 

Journée Mondiale des Océans

 LA NUIT, LES PLONGEES SONT PSYCHEDELIQUES

Plongeur.com 1Don du soleil, la lumière fait partie des rayonnements électromagnétiques classés par longueurs d’onde (distance entre deux pics successifs d’une onde). L’œil humain est sensible à celles comprises entre 380 et 780 nanomètres. Il ne l’est pas aux ultraviolets UV (40-380 nm) et infrarouges IR (780 nm-1 mm), lumière invisible mais bien réelle !

Et le visible ? Souvenez-vous en physique du prisme qui décomposait la lumière blanche en violet, bleu, vert, jaune, orange, rouge. Nous le voyons grâce aux cellules de la rétine : les cônes percevant les couleurs ; les bâtonnets, l’intensité lumineuse. Via l’iodopsine, pigment présent sous trois formes, les cônes sont réceptifs aux longueurs d’onde courtes (bleu), moyennes (vert) ou longues (rouge). Avec leur aide, le cerveau distingue des milliers de nuances…

Ainsi, une tomate absorbant toutes les couleurs du spectre de la lumière blanche sauf le rouge nous apparaît rouge du fait de notre vision trichromatique (à trois pigments). Voir cette couleur est une chance : beaucoup de mammifères bichromates se contentent des deux autres pigments, les monochromates, comme les dauphins, d’un seul. De nombreux poissons marins voient en bleu quand des cousins de rivière (et amphibiens, reptiles, oiseaux) ont hérité des quatre pigments de l’ancêtre commun aux vertébrés, vision d’UV en sus ! Qui dit mieux ? Douze pour la squille, crustacé distinguant en partie l’invisible.

A fleur d'eauRestons dans l’eau qui en fait baver aux photons. Dés que la lumière franchit la surface de l’océan, elle est réfléchie, réfractée, diffusée, absorbée. Une telle maltraitance explique la disparition des couleurs et l’obscurité des abysses : adieu rouge à 5 mètres, orange à 15, jaune, violet à 20-25, vert à 50, bleu 300 m plus bas.

Ces bases en tête, il faut cogiter autrement et ne pas se laisser « aveugler » par la lumière blanche de sa torche de plongée. Qui, en croisant une vieille étoilée à la robe écarlate, ne s’est pas dit « bougre de mérou, on ne s’y prendrait pas autrement pour finir dans la gueule du loup » ?

Le choc des photons

Erreur, à 20 m, il n’y a pas mieux que le rouge pour passer incognito ! Sauf s’il est fluo, histoire d’envoyer des signaux aux petits copains (observés en 2008 chez des poissons benthiques par l’allemand Nico Michiels).

Corail blanchiFluorescence ? A ne pas confondre avec bioluminescence et phosphorescence. Apanage du vivant, la bioluminescence est l’émission de lumière par oxydation de la protéine luciférine en présence d’enzyme luciférase. Luciole au brillant popotin, zooplancton, baudroie au filament pêcheur gavé de bactéries bioluminescentes, etc. en usent.

Secret minéral, la phosphorescence est l’émission de lumière après éclairage d’un objet. L’énergie des photons de la source lumineuse absorbée par l’objet « émoustille » les électrons de ses atomes. Perdant lentement cette énergie, en retournant à l’état initial, ces braves électrons réémettent des photons pendant un temps.

Stuart Westmorland - AnémoneQuid de la fluorescence ? C’est l’absorption de lumière excitatrice à une certaine longueur d’onde, immédiatement réémise à une autre. Les électrons passant à un état énergétique supérieur émettent des photons pour retrouver leur « calme ». En gros : un corps reçoit de la lumière bleue, UV, noire (composée de violet et UV proches du visible), etc. et la renvoie d’une autre couleur. Différence avec la phosphorescence ? Arrêt de l’excitation, fin du spectacle !

Méduse abuse


MéduseDés 1960, le Japonais Osamu Shimomura étudie la bioluminescence verte chez Aequorea victoria. Il en extrait l’aequorine associant luciférine à luciférase. Isolée, elle émet une lumière bleue, pas verte.

Curieux, quelque chose absorbe son bleu (les UV aussi) et le réémet en vert ? Eurêka, une protéine fluo (FP) ! Le biologiste la baptise GFP (Green Fluorescent Protein). Elle lui vaudra un Prix Nobel de Chimie en 2008. Idéale pour marquer des protéines et cellules à suivre à la trace, les chercheurs l’adorent. Ils ont même créé des FP rouges, jaunes, bleues ; et avec leurs gènes, des souris vertes, poissons et cochons brillants dans la nuit. De fluorescer, les pauvres en sont restés médusés…

Fluorescence (crédits Francis Le Guen)On a tendance à imaginer la fluorescence toujours verte, sûrement en raison de son histoire d’amour avec la science ? En 1927, l’anglais Charles Phillips la voit verte sur des anémones de mer. En 1944, le japonais Siro Kawaguti découvre un pigment vert fluo fréquent sur les coraux.

1956, patatra, le vert n’a plus la loi ! Luis Marden, photographe du National Geographic, remarque des anémones rouges à – 18 m dont la couleur disparaît au flash.

Corail et ses demoiselles bleuesMême année à Nouméa, le français René Catala inaugure son aquarium. Passionné de cnidaires, il les examine sous UV, les photographie et en fait l’attraction phare de l’aquarium. Depuis, tous les aquariologistes n’ont d’yeux que pour cette fluorescence multicolore corallienne…

A leur tour, les plongeurs cherchent à s’en mettre plein les mirettes. Dans l’espoir d’utiliser les UV en mer, Richard Woodbridge les bricole et les plonge dans les eaux du Maine. Il publie ses résultats en 1959 dans les revues Nature et Skin Diver.

Pourquoi ?

Dans les années 1990-2000, d’autres pionniers développent des techniques pour faire merveille en photographie : aux Etats-Unis, Charles Mazel (NightSea), David Doubilet (National Geographic), en France, Paul-Henri Adoardi, etc.

Alors, c’est bien vrai : il y a sous la surface d’innombrables feux d’artifice ne demandant qu’à exploser de couleurs ? Oui. Même les algues sont prêtes à le faire : verte en lumière blanche, leur chlorophylle sous UV se pare volontiers de rouge ; la phycoérythrine des algues rouges, aisément de pourpre !

Corail cerveau (Crédits Caroline Lepage)Pour quelles raisons ? Chez les coraux, Siro Kawaguti a été le premier à entrevoir des réponses obtenues il y a 10 ans par Anya Salih, biologiste à Sydney. En convertissant les UV en lumière d’autre longueur d’onde, les coraux protégeraient leurs tissus de ces rayons nocifs et faciliteraient la photosynthèse de leurs zooxanthelles. Depuis, on en sait davantage. D’après Marcel Koken, spécialiste de la question au CNRS (Institut Européen Universitaire de la Mer de Brest) : leurs microalgues symbiotiques seraient attirées par ces lumières plus facilement utilisables. La fluorescence protègerait aussi les coraux des effets néfastes de l’oxygène (radicaux) et interviendrait dans la réponse immunitaire.

Corail et anthias

D’autres espèces

GFP (Richard Wheeler)La fluorescence utile ? « Les seuls exemples avec fonction prouvée sont sur terre, les perruches (attraction des femelles par les mâles) et en mer, les squilles (comportement). Sinon, énormément d’organismes marins sont fluorescents. J’essaie de comprendre pourquoi. Chez les poissons, il y a probablement un lien avec la communication ou le comportement (chasse, nourriture). Exemple, un poisson des profondeurs utilise des protéines fluo pour changer la couleur de la lumière qu’il émet afin de la rendre invisible ! Mais pour tant de mollusques, coraux des abysses, vers sans yeux, etc. personne ne sait pourquoi ils fluorescent » répond Marcel Koken.Il reste donc tout à découvrir…

Un dernier petit nuage de mots coralliens dans le grand bleu, cliquez !

(Source : « littérature fractale » et son roman à découvrir…)  

Corail en littérature fractale dans les mots du grand bleu

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  1. Trouvez les perles ! » MERSEA PLANETE

    [...] tard que jamais (me direz-vous le jour où ce sera enfin votre tour…). Blog, magazines, livre Narcoses, réseaux sociaux, par écrit, podcast, en photo ou en images de synthèse, partout ce perliculteur [...]

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