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JOURNALISME AU SMARTPHONE, L’EXEMPLE DES « PEOPLE » OU DU PEUPLE ?

Bon peuple rempli d’anonymes… et de célébrités, toi qui veut offrir aux médias l’image de tes manifestations à répétition, contre quoi râles-tu ? Qui te met en colère ? Comment peux-tu admettre de crier dans une foule d’individus sans être entendu ? Que cherches-tu lorsque tu brandis ton téléphone portable pour filmer, photographier, enregistrer un discours, une voix, une phrase à l’insu de celui ou celle qui l’a prononcée ? Si tu signes, anonyme – sans signer ! – un « travail » que tu considères utile à la démocratie, ne participes-tu pas toi-même à sa destruction ? Et le journalisme, dans tout ça…

Voudrais-tu être calife à la place du calife ? Te vois-tu informer les autres – le monde – à la place des journalistes ? Pourquoi, tu crois qu’ils sont bâillonnés, qu’on leur interdit de te dire la vérité, qu’ils marchent à la baguette, appauvris par un pouvoir autoritaire caché dans l’ombre de ta démocratie chérie ? Que la dictature n’est plus très loin quand la France, pays des droits de l’homme et de la révolution de 1789, est 33e dans le classement de la liberté de la presse… Tu considères qu’elle devrait être première ? Et pour le démontrer, tu dépenses ? Tu achètes plusieurs journaux et magazines chaque semaine en kiosque, au moins deux à quatre livres par mois ? Tu payes ta redevance télé – radio ? – pour être parfaitement informer ? Et tu ne télécharges jamais illégalement de musique sur Internet, sinon, un jour, il n’y aura plus de compositeurs, chanteurs, chanteuses, musique ? Parce que, toi, tu veux un emploi rémunéré à la hauteur de tes diplômes, de ton expérience, de tes efforts réguliers pour atteindre ton objectif de bonheur et surtout, tu veux un avenir dans cette France que tu aimes…

La guerre, tu en as entendu parler : à l’école au moins chaque 11 novembre (armistice 1918) et 8 mai (fin de la seconde guerre mondiale 1945). Tu as sans doute même appris, comme une récitation, la Marseillaise par cœur et chanter le chant des partisans avec tes camarades devant le monument aux morts un matin de jour férié… Au collège, tu as voulu en savoir un peu plus, ou beaucoup plus ? Alors, si ton ou ta prof’ d’histoire-géographie a fait son job, tu as vu quelques images et vidéos choquantes ramenés par des reporters de guerre improvisés ou journalistes en paix, d’avant-guerre… Songes qu’en 1600 et des brouettes, on imprimait déjà des textes sur le papier, pour ceux qui savaient lire ! Alors, tu as compris aujourd’hui qu’une France forte est une France informée, riche de ses médias : journaux, radios, chaînes de télévision.

Et tu espères qu’ils sont payés, très bien payés, les « scribouillards » parce que si ce n’est pas le cas – si tout le monde ne pense pas comme toi – s’ils ne sont que de « pauvres » journalistes alors qu’ils essaient de ramener des entrailles de la terre et de l’humanité des bouts de vérité à des millions de gens, tu te dis que la vérité va disparaître à la vitesse de la fonte de leurs économies à la banque, puis des tiennes… A moins que le réchauffement de la planète et la fonte des glaces n’engloutissent les banques avant, histoire de régler ce problème d’argent plus rapidement que la politique elle-même ! Comme ça, personne n’aura le temps de pleurer sur son sort et de se plaindre de la gravité de la situation, sur le climat, la surpopulation qui étouffe la planète, la biodiversité sur le déclin, l’obésité galopante des Terriens gavés depuis des décennies avec quelques ingrédients phares de l’agriculture « déshumanisée », robotisée, etc. Qui osera dire : « Mais on ne nous avait pas prévenus, même pas à la COP 21 » ?

Alors, te vois-tu, bon peuple, mener de front deux carrières, parce que tu trouves que les journalistes n’avaient prévenu personne, ou que certains pensent encore qu’ils bossent pour la gloire, et qu’il est impensable qu’ils vivent d’amour (peut-être même sans ?) et d’eau fraîche ? Quand on les aperçoit dans la rue, toujours fiers, propres sur eux, les « journaleux » qui tiennent à leur image pour conserver ta dignité, bon peuple… Et puis, tout est gratuit sur le web… Alors, te vois-tu, bon peuple, travailler plus, pour rien – gratuitement, en somme – faire leur job en plus du tien à leur place, avec ton petit smartphone à la main ? Attention, le journalisme, citoyen, est chronophage parce que c’est un vrai métier à temps plein.

Et toi, tu fais grossir chaque jour un peu plus ton ordi-téléphone portable de séquences, sons, photos sans craindre qu’il explose ? Quitte à ressentir parfois la nausée de perdre ton temps dans cette course numérique à l’information pour les « pauvres qui ne savent rien » de ce que tu sais déjà toi, d’empiéter sérieusement sur les plates-bandes de ces journalistes peut-être mal payés (à cause de toi, citoyen, citoyenne ?) qui du coup informent mal… En même temps, tu n’as jamais osé poser la question du salaire : combien doit gagner chaque mois un homme ou une femme qui informe des milliers ou des millions de gens par le biais de la presse locale, régionale, nationale, de la radio ou de la télévision ? Ah tu commences à penser que l’audience, ça compte, anonyme que tu es, la célébrité aussi, les « people »… Plus on est célèbre, plus on peut informer ? Ou, plus on est riche, plus on peut se payer un média ou une chaîne de télévision, pour informer ? A méditer ?

Si ton smartphone explose, de toutes ses données d’informations que tu lui auras fait avaler, adieu même celle de ta vie privée, tes textos, tes vidéos, tes photos, tes selfies… Tu aurais pu y penser, quand tu passais ton existence derrière cet écran transparent, cette vitre blindée devant tes yeux comme une armure invisible pour te protéger d’un monde moderne que tu trouves très violent, à bien y réfléchir ? Qui nous en sauvera d’ailleurs ? Avais-tu besoin, toi, de te prendre pour un « faux journaliste précaire », c’est-à-dire quelqu’un de non rémunéré qui prend sur son temps libre, en dehors de ses heures de travail, pour faire comme les pros, remplacer avec ton smartphone ces milliers de gens expérimentés qui bossaient jadis avec du matériel assez lourd, coûteux mais efficace ! Il fallait au moins ça pour assurer la démocratie !

De quoi as-tu peur, bon peuple, armé de ton smartphone à chaque coin de rue ? Tu n’es pas en prison dans ton pays, surveillé ou sur écoute avec ton espion informatique dans la poche, quand tu essayes de parler à un passant ou une passante, juste parce que tu te dis « on a envie de se causer, c’est clair ! ». Tu es libre, bon peuple… Mais peut-être en colère, parce que tu trouves que les journalistes ne font plus leur métier ? Tu leur en as parlé ? Tu t’es remis à acheter la presse, à regarder la télévision, à écouter la radio ? Oui, un peu ? Mais tu regrettes le temps de leurs beaux appareils photo de pro, que l’on ne voit plus hélas qu’au pied des marches du festival de Cannes lorsque les « people » bien habillés arrivent sur le tapis rouge pour faire du cinéma !

Et dis-toi bien que le cinéma est essentiel car s’il n’y a plus de cinéma, il n’y a plus de journalisme, plus de démocratie parce qu’on ne sait plus où se situe la réalité, où se situe la fiction : le peuple se perd dans le flou… Ah, tu vois que ça compte, les « people », leur vie, la tienne, les journalistes, les photographes (professionnels !), tu vois, bon peuple, que tu regrettes déjà d’avoir voulu être calife à la place du calife, que tu regrettes déjà les Tintin reporters (et les « Tintine » !), stylo et carnet de notes dans leur sac à main ou à dos, leur tenue d’hommes et de femmes fiers malgré les circonstances difficiles pour te ramener la vérité sur les coulisses du pouvoir ! Lâche ton smartphone, bon peuple, parle, lis, écoute et regarde…

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