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Ivresse des profondeurs avec Laurent Ballesta et Pierre Descamp

Entreprendre, c’est possible lorsqu’on y croit, même en biologie marine ! Au début des années 2000, dans les méandres d’un vieux bâtiment universitaire, je rencontrais Laurent Ballesta et Pierre Descamps… 

A l’époque, ils « bichonnaient » L’Oeil d’Andromède qu’ils venaient de monter ensemble. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et force est de constater que leur audace a payé. Leur « bébé » a bien grandi… En chemin, les deux plongeurs ont entre autres croisé Nicolas Hulot, et surtout quelques bestioles exceptionnelles ou rarement observées dont l’illustre coelacanthe ! Je vous livre ici l’article que j’avais tiré de ce passionnant entretien et fait paraître sur Futura-Sciences en 2004.

La bio’ marine, un métier !

Biologiste marin, le rêve de toute une génération bercée dans son enfance par le film de Luc Besson, Le Grand Bleu. Impossible, pensez-vous ? Non, les plus accrocheurs y parviennent à coup de volonté et de passion. Rencontre à Montpellier avec le duo Ballesta-Descamp, unis par les palmes et l’amour de la mer. Et quand la photo s’en mêle, il n’y a plus qu’à plonger !

Pierre Descamp et Laurent Ballesta se sont rencontrés à la faculté en Corse. A l’époque, chacun ayant suivi un cursus universitaire scientifique centré sur la biologie, ils terminaient leurs études par un Bac+5 : le DESS Gestion des écosystèmes marins de l’Université de Corté. En janvier 2001, ils créaient leur association L’Oeil d’Andromède visant l’éco-valorisation du milieu marin.

Aujourd’hui, basés à Montpellier dans l’Hérault, la trentaine, ces deux amis, plongeurs de surcroît, mettent leurs connaissances et leur savoir-faire au service de la Méditerranée et des océans. Ils se partagent le travail concentré le plus souvent sur des expertises de sites. Pierre s’occupe plutôt des études et rapports alors que Laurent, véritable professionnel de la photographie assure les aspects communication.

Ses talents de photographe ont été plusieurs fois récompensés au FMISM (Festival Mondial de l’Image Sous-Marine) : palme d’or en 2004, pour la 3e fois (il avait déjà remporté le titre, Plongeur d’or, en 2000 et en 2002…), pour son portfolio de diapositives. Sous l’œil fasciné du biologiste, tout semble prendre une autre dimension. Et le monde marin qui peut parfois sembler si effrayant prend soudain des allures de royaume enchanteur : même le serpent marin, accueillant seigneur et maître des lieux, nous paraît sympathique… Jugez-en par vous-même !


© Laurent Ballesta

Laurent Ballesta s’est également retrouvé conseiller scientifique pour l’émission Ushuaïa Nature, tournant régulièrement aux côtés de Nicolas Hulot dans les séquences… « Emotions » … sous-marines bien sûr. Enfin, le photographe publiait son premier livre intitulé De la source à la mer, recueil d’images saisies sur le vif dans les plus beaux recoins aquatiques de sa région natale, le Languedoc-Roussillon puis, avec Pierre Descamps, le très bel ouvrage Planète Mer.

Interview Laurent Ballesta et Pierre Descamps

- Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous investir autant pour le milieu marin ?

Laurent : Nous étions tous les deux fascinés par la mer. Sous l’eau, j’avais, avant tout, été marqué par l’abondance de la vie marine…A partir de là,l’étude de cette vie me paraissait la seule issue. J’aurais pu m’intéresser aussi à l’archéologie, ou à tout autre chose, mais la biologie marine semblait vraiment être le domaine le plus passionnant !

- Quel est le rôle de la plongée dans votre métier ?

Pierre : J’ai démarré la plongée en même temps que mes études de biologie à la faculté. Plongée… biologie marine… les deux forment un tout ! Moi, je ne pouvais pas concevoir l’une sans l’autre.

Par exemple, certaines personnes plongent pour le côté technique de l’activité : ils sont passionnés par le matériel. D’autres, en revanche, seront attirés par l’image ou même la sensation d’évoluer dans un univers aquatique… Moi, je suis plutôt de ceux qui sont focalisés sur la biologie : ce que l’on peut observer, découvrir sur le fonctionnement des organismes marins, leurs similitudes, leurs différences, etc. Même, si, comme les autres, je prends déjà énormément de plaisir à être sous l’eau ! Néanmoins, je le répète, je ne peux pas dissocier la biologie marine de la plongée…


© Laurent Ballesta

Laurent : Pour ma part, je peux le faire ! Ma première passion, c’est l’exploration sous-marine, la découverte. Aujourd’hui, il est vrai que c’est dans le milieu marin qu’il reste le plus d’espace à découvrir. Mais, s’il m’avait été possible d’être cosmonaute, si j’en avais eu les capacités, je l’aurais fait… Et s’il y avait encore des terra incognita sur les cartes, j’aurais aussi bien pu être explorateur terrestre !

- En 2001, vous montiez votre association. Dans quel but avez-vous créé L’Oeil d’Andromède ?

Laurent : Le but ? Allier les études à notre passion et faire de la biologie tout en étant sur le terrain, en continuant à faire de l’image. Il y avait peu de solution en tant qu’employés dans une quelconque structure, ou à l’Université. Soit on lâchait la recherche, et on devenait reporter, mais c’est aussi un métier… il ne suffit pas de savoir faire des images pour l’exercer ! Soit, nous restions biologistes en bureau d’études ou à l’université, et la photo devenait une activité du dimanche.

Pour tout faire, il nous fallait créer notre propre secteur d’activité. Nous avons alors monté l’association pour essayer de structurer cette idée et obtenir certains crédits, bénéficier de subventions, pour pouvoir commencer vraiment !

- Maintenant que vous y êtes parvenus, en quoi consiste votre travail ?

Pierre : Nous travaillons sur deux grands secteurs intimement liés… Les expertises en environnement marin -un véritable travail de biologistes- : aller sur un site, réaliser l’étude d’impact d’un aménagement récent, ou au contraire essayer de minimiser les impacts d’un ouvrage à venir, faire un plan de gestion pour une zone marine, etc.
L’autre aspect concerne la communication et la valorisation des milieux marins : prendre des photos, monter des films en collaboration avec d’autres sociétés, réaliser des posters,… bref, utiliser tous les outils de communication et de réflexion qui gravitent autour de la protection d’une aire marine. Le travail ne se limite pas à faire des images. C’est toute une réflexion !

Laurent : En effet, les gens qui gèrent un site ou une réserve naturelle n’ont pas forcément l’objectivité suffisante pour mettre en avant leurs atouts. Un regard extérieur peut être plus à même de comparer ce site avec d’autres espaces marins, et ainsi mieux le valoriser.


© Laurent Ballesta

Pierre : En dehors de cela, on fait parfois appel à nos services pour des suivis scientifiques de récifs artificiels, notamment dans le Golfe d’Aigues-Morte. On y travaille depuis 4 ans. Là, nous repartons sur une étude pour 5 ans.

Et la place de la photographie dans votre métier ?

Pierre : C’est quasiment la base de notre association. S’il n’y avait pas la photo, l’Oeil d’Andromède n’existerait pas. Puisque même lorsqu’on fait de l’expertise scientifique pure et dure, il faut la mettre en image, afin que les rapports d’étude soient richement illustrés et le plus agréable possible pour les clients. Quelque soit le travail qui nous est confié, le côté visuel est toujours présent !

Laurent : Oui. Exceptée une fois à Banyuls… Pierre avait mis au point une nouvelle technique pour réaliser une cartographie de limite inférieure d’herbier. Même si ce n’était qu’une petite étude incapable à elle seule de faire l’Oeil d’Andromède, pour cette fois-là, ça n’a pas été l’image mais bien une approche scientifique innovante qui a fait la différence avec les autres.

- Les autres ? Vous êtes donc en compétition avec d’autres entreprises ?

Laurent : Il y a toujours de la compétition dans ces domaines ! Il existe de petites entreprises privées, toujours les mêmes dans ce milieu, et donc, il y a forcément de la compétition. Heureusement, ça fait avancer les choses…

- Et pour les photos, Laurent, quels sont vos secrets ?

Laurent : A chaque sujet sa technique d’approche ! On utilise des recycleurs en circuit fermé à gestion électronique. Je pense que dans le milieu de la biologie et de l’image, nous sommes probablement les seuls à travailler avec cet outil-là ! Maintenant, s’il s’agit d’approcher les dauphins ou les baleines, l’apnée est préférable.

Alors, le secret ?… C’est qu’il n’y en a pas ! Si on veut faire de bonnes images, il faut passer énormément de temps, et investir dans du bon matériel. Un appareil ne suffit pas. Il faut avoir tout un panel de boîtiers et d’objectifs. C’est de l’investissement et beaucoup de temps et de travail !

Côté adrénaline : votre meilleur souvenir ?

Pierre : La première fois que j’ai pris un appareil photo… A la fin de la pellicule, je ne me suis pas aperçu que je n’avais absolument plus d’air dans ma bouteille, alors qu’il restait des palliers de décompression à faire… C’était un peu dommage ! Sinon ? La rencontre avec de grands animaux tels que les requins albimarginatus de Rangiroa. Plonger dans le bleu avec les Pointes Blanches, c’est vraiment sympa…

Laurent : Pour moi, le souvenir remonte beaucoup plus loin dans le temps.J’avais 18 ans quand j’ai rencontré, par le plus grand des hasards, au large de Sète un troupeau de requins pélerins dont le plus petit devait mesurer 7 mètres ! On a passé des heures avec eux, à ne pas oser vraiment les approcher au début, puis on a fini la journée accrochés sur leur dos.

Ça a vraiment été ma plus grande émotion sous-marine, à en avoir de la fièvre dans la nuit qui a suivi : quelque chose d’incroyable ! Ensuite, j’ai commandé mon premier appareil photo, très modeste, un Formaplex, des petits appareils en plastique de l’époque. Cette magnifique expérience, je ne l’ai malheureusement toujours pas renouvelée, et donc, je n’ai pas une seule photo de pèlerin. Mais ça reste mon meilleur souvenir…

Un dernier mot sur l’importance de l’écologie aujourd’hui ?

Pierre : On se trouve dans une période de grands changements, où l’environnement à l’échelle planétaire est en train de se modifier de façon très brutale. Que ce soit en milieu corallien, en milieu tempéré en Méditerranée ou dans les régions froides, il y a des modifications écologiques sérieuses et on ne sait pas trop où l’on va. C’est à la fois excitant, puisqu’on se trouve dans une période charnière dont nous sommes les témoins. Mais c’est surtout inquiétant…

Plus d’infos ? Visitez le site de L’Oeil d’Andromède

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