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Green, déforestation et huile de palme 

Relais sur Facebook d’un article au sujet de l’huile de palme, suggestion de Marielle J. : il faut voir Green. Oui, il faut se noyer dans le regard de cet orang-outan qui se meurt, comme sa jungle dont on arrache les tripes !


Vendredi soir, malaise en Malaisie… Emission de télé-réalité ou réalité filmée pour une mission, celle d’alerter ? Loi de la jungle parmi les candidats de Koh Lanta – lequel survivra aux coups bas de ses équipiers et se tiendra jusqu’au dernier instant sur un poteau - ou dans la même région du globe, derniers instants de la jungle, verte, épaisse et bruyante demeure de bêtes exotiques obligées de se battre pour leur survie, dilemme ? Aucun. Entre parenthèses : Internet contre Télévision 1-0, la suprématie du petit écran en perte de vitesse ?

Si l’on supprime les bons programmes culturels au lieu de les moderniser avec plus de moyens, et d’en diffuser davantage, il est certain que la tendance va s’accentuer. Comme le dit si bien Pierre Barthélémy, journaliste scientifique au Monde : « On pourrait faire de grandes tirades sur l’imbécillité des grandes chaînes de télévision, qui se repaissent de séries américaines et de télé-réalité sotte en abandonnant la production de programmes intelligents. On pourrait dire à quel point le petit écran est devenu un désert scientifique. Mais à quoi bon ? » Lisez son coup de gueule à l’annonce de la fin de l’émission C’est pas sorcier.

 

Indonésie : 160 millions d’Ha de forêts en 1950, 48 millions en 2010…

Bref. Tout ça pour dire que ce que Koh Lanta ne montre pas, Green – film aux 22 récompenses de Patrick Rouxel – le fait très bien ! L’histoire se déroule comme Koh Lanta du côté de Bornéo, île du sud-est de l’Asie que se partagent donc la Malaisie, l’Indonésie et le sultanat de Brunei. Là-bas, on rase à tour de bras, pour nous d’une certaine manière… L’Indonésie en particulier détient le triste record du taux de déforestation le plus élevé au monde. Elle perd environ 2 millions d’hectares de forêt par an. Et en lieu et place de cette jungle dense, sauvage et vivante dans laquelle raisonnaient les hurlements des gibbons, après les braillements des tronçonneuses, c’est une parfaite géométrie végétale et un silence désolant qui s’installent sur des hectares de terre.

Pour quelle raison ? Essentiellement l’huile de palme (dont la production mondiale est assurée à hauteur de 85% par la Malaisie et l’Indonésie). Elle est extraite des fruits du palmier à huile, champion du rendement puisque donnant 12 mois sur 12 des fruits à 50% constitués d’huile ! L’affaire est si « juteuse » que l’industrie agro-alimentaire en cache partout dans notre alimentation : de la pâte à tartiner aux gâteaux en passant par les chips, sauces, purées, soupes etc. L’huile de palme a d’ailleurs bien mauvaise presse (et plus encore depuis cette histoire « d’amendement Nutella »). Riche en acides gras saturés et d’autres choses encore, on l’accuse surtout de favoriser une hausse du taux de ce vilain cholestérol, l’ennemi de nos artères. Procès peut-être injuste à ce niveau précis ? Comme en tout, ce qui est mauvais, c’est l’excès. D’une part, on oublie toujours, concernant le cholestérol, d’expliquer qu’il n’est pas la réincarnation du diable moléculaire et qu’il en faut pour l’organisme. Si : sans lui, vos cellules en perdraient leurs membranes, et vous auriez l’air de quoi, hein ?

Pâte à… tra !

D’autre part, il y a bien du cholestérol dans le jaune d’œuf. Et on ne va pas pour autant conspuer toutes les poules de la planète sous prétexte qu’elles lâchent au grand air des ovules bourrés de matières grasses ! C’est la nature ! Conclusion ? Ne pas plus en vouloir aux poules à œufs qu’aux palmiers à huile, bien lire les étiquettes des produits achetés en supermarchés et s’informer sur les alternatives, le bio, etc. Exemple : tartiner son pain grillé de chocolat aux noisettes sans huile de palme, c’est possible. Des marques commercialisent des pâtes à tartiner dans lesquelles elles l’ont remplacée par de l’huile de tournesol, de l’huile de colza, etc. Preuve que l’industrie agro-alimentaire n’est pas obligée d’en fourrer dans tous ses produits, au consommateur de faire ses choix…

Mais plus grave peut-être, à Bornéo, dans ces nouvelles allées cernées de palmiers à huile parfaitement ordonnés, la faune délogée de sa jungle ne trouve plus de quoi manger elle, se cacher, vivre tout simplement. De fait, la biodiversité est menacée. Les espèces doivent fuir, à condition de pouvoir… Sinon quoi ? Elles risquent de connaître le même sort que Green, l’un des 50 000 orangs-outans vivants initialement à l’état sauvage, privé de sa liberté que nous nous sommes illégitimement appropriée en détruisant son univers. De ce film que voici, on ne ressort pas la tête haute mais peut-être un peu plus lucide ? Green, de l’émotion à l’état brut dans les yeux de cet être si proche, l’orang-outan – « l’homme de la forêt » en indonésien -, des yeux à transpercer le cœur du spectateur qui a la chance d’en avoir un tout chaud…

L’histoire de Green, orang-outan femelle chassée de sa jungle à Bornéo

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2 comments

  1. Erwann

    Ce documentaire est très (trop) partial à mon sens. Là on casse du sucre sur le dos des producteurs d’huile de palme alors que n’importe quelle mono-culture ferait des ravages. Au moins l’huile de palme permet de contenir la progression des exploitations, puisque la palme est 8 ou 10 fois plus productive que le colza ou le tournesol (que vous évoquez dans l’article comme solutions pour la pâte à tartiner). http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/d-forestation-indon-sie-d-bat-s-nat-337066

    1. Caroline Lepage

      Bonjour Erwann,

      Nous sommes d’accord sur le côté partial de ce documentaire, assumé par l’auteur. La façon dont les images sont tournées mettent surtout l’accent sur le sort tragique de ces grands singes menacés de disparition en raison de la déforestation. Nourrir l’humanité, oui, le faire sans se préoccuper de la biodiversité, non : je crois que le message est là. Il y a un juste milieu à trouver entre les deux, il doit exister…

      Peut-être êtes-vous ce monsieur si proche de Dame Nature auquel je pense ? Je me souviens avoir découvert votre art de vivre en harmonie avec elle dans une excellente émission de France 2. Etonnant mais très intéressant !

      Merci pour votre commentaire.

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