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Fourmis : une société lilliputienne

Ordre, rigueur et discipline. Chacun doit connaître son rôle et s’en contenter. Sommes-nous ici dans une entreprise aux règles très strictes et à la hiérarchie indéboulonnable ? Presque… Nous sommes chez les fourmis !

Les 9000 espèces de fourmis répertoriées ont colonisé la majeure partie de la planète. La clé de cette réussite ? Rien qui ne soit laissé au hasard… et une organisation en castes : les mâles ailés, les ouvrières stériles aptères -sans ailes – et les reines. Deux types de femelles aux morphologies et existences si différentes ? L’évolution l’a voulu ainsi, renforçant la cohésion sociale entre ces lilliputiennes.

Et les 35 heures ? 

Personne pour chanter, se prélasser ? Non, elles sont loin d’être cigales. Et si travailler, c’est la santé, ça entretient aussi l’énorme fourmilière creusée de galeries, de chambres destinées aux reines et aux larves qu’il faut évidemment maintenir en bon état : réparation du toit, nettoyage de printemps, réglage de la climatisation (ni trop chaud ni trop froid, d’où l’indispensable gestion des bouches d’aération), surveillance de la propriété, baby-sitting pour les nounous qui veillent à la progéniture de la reine, etc.

Pouvant porter l’équivalent de 60 fois son poids, la fourmi n’hésite pas à s’attaquer à plus gros qu’elle… Toutes proportions gardées, imaginez-vous transportant un hippopotame !

Fourmi (Crédits Steve Jurvetson:Wikipedia)

Chaque ouvrière a intérêt à mettre la patte à la pâte, ce qui lui permet de conserver un corps d’athlète : tête à antennes tactiles – très pratique pour communiquer et repérer les lieux – long thorax, 3 paires de pattes endurantes et volumineux abdomen abritant le jabot.

Ce dernier fait office de garde-manger, d’estomac social comme on l’appelle aussi. Il permet à la collègue qui a un petit creux de trouver quelques miettes à se mettre sous la mandibule… pour peu qu’elle sache le demander avec courtoisie, c’est-à-dire en chatouillant le dos de la généreuse donatrice.

Mais, des filles toujours des filles ? Que font les garçons dans cette histoire ? Relégués au second plan, celui de simples reproducteurs ! Ce qui ne leur laisse guère le temps de profiter de la vie.

Chez la plupart des espèces, les mâles meurent quelques jours après l’accouplement alors que son altesse, la reine, choyée par sa Cour, pond à longueur de journée et peut vivre des années. Quelle injustice vraiment…

S’adapter 

Revers de la médaille, ce sont aux filles de remplir le frigo ! Voilà pourquoi on les rencontre parfois à la queue leu leu, dans des embouteillages monstres sur une voie de circulation à double sens. Les unes allant bredouilles dans un sens, les autres, à l’opposé, chargées comme des bourriques de trésors (végétaux, cadavres, miellat, etc.) qui diffèrent selon le genre auquel elles appartiennent.

Les légionnaires et les voleuses, par exemple, sont plutôt carnivores et chassent en bandes. Les champignonnistes, elles, cultivent… les champignons ! Celles qui ont la patte verte -moissonneuses et tisserandes- se passionnent pour le jardinage. Les fourmis parasols du genre Atta, coupeuses de feuilles, ont l’art de tailler le végétal avec une précision chirurgicale…

Fourmi qui récupère le miellat de puceron (Crédits Wikipedia Dawidi, Johannesburg, South Africa)

Quant aux éleveuses, elles mettent d’autres insectes (voire d’autres espèces de fourmis pour les terribles esclavagistes !) à leur service… Pourquoi cette amitié bienveillante envers les cochenilles, pucerons, etc. qu’elles pourraient dévorer en un clin d’œil ?

Simplement parce qu’ils possèdent un stylet buccal, outil indispensable à l’aspiration de la sève des arbres et dont ne disposent pas les fourmis.

Les fourmis rousses pour ne citer qu’elles viennent donc récolter le miellat – surplus de sucre après digestion de la sève – à la sortie de l’anus de leurs ‘aspirateurs vivants’. Et puisque ces gourmandes en veulent toujours plus, les gentilles bêtes à traire accélèrent le mouvement. Efficace comme élevage ! Mais il y a plus incroyable encore…

Mystère 

« Les Jardins du Diable sont de vastes zones d’arbres dans la forêt amazonienne qui comportent presque exclusivement une seule espèce – Duroia hirsuta – et qui, selon la légende locale, sont cultivés par un esprit malin de la forêt » raconte Megan Frederickson, myrmécologue (spécialiste des fourmis) américaine de l’Université de Stanford qui vient avec Deborah Gordon de découvrir l’identité de ce Lucifer des bois, la fourmi Myrmelachista schumanni

Fourmis Atta coupeuses de feuilles en Guyane (Crédits Caroline Lepage)

Madame use abondamment de son puissant herbicide, l’acide formique, pour chouchouter l’arbre D. hirsuta au sein duquel elle niche à durée indéterminée. Hors de question qu’il soit envahi de mauvaises herbes ou d’intrus ! « L’idée, c’est qu’en tuant les autres plantes, les insectes créent un espace pour la pousse de nouveaux D. hirsuta, permettant ainsi à la colonie de fourmis de s’étendre et d’occuper de nouveaux sites de nidification dans ces jeunes arbres » explique la biologiste.

Colonisatrice, ingénieuse, éleveuse, chasseuse, opportuniste et jardinière : décidément la fourmi a plus d’un tour dans son jabot. « Ce travail est un exemple remarquable de la façon dont les fourmis sont capables de manipuler leur environnement pour servir leur propre cause et assurer leur survie » s’émerveille la scientifique. Petite mais futée la fourmi…

L’acide formique : l’arme chimique des fourmis

Article publié dans le magazine Questions Réponses (mars 2006)

En binôme !

On savait déjà qu’elles laissaient des phéromones aux endroits stratégiques pour indiquer les pistes à suivre… Dernière nouvelle publiée dans Nature en janvier par Nigel Franks et Tom Richardson (Université de Bristol) : les fourmis utilisent aussi l’apprentissage pour retrouver leur chemin ! N’est-ce pas un comble que de si petites créatures usent de pratiques évoluées et propres à l’homme ? Bref. Etudiant l’espèce Temnothorax albipennis, les chercheurs ont assisté aux sorties éducatives de fourmis en binôme. Objectif : aller du nid à la source de nourriture le plus rapidement possible… par un raccourci. Comme chez nous, l’enseignant, celui qui détient la connaissance et la technique, s’adapte à son élève pour les lui transmettre. Ainsi, la ‘prof’, ralentissant pour adapter sa vitesse de marche à celle de son attentive protégée (repérage oblige) lui indique cette fameuse route. Gain de temps pour le duo ? Nul. Mais par la suite, la petite connaît le parcours sur le bout des pattes. Seule, sans GPS ni risque de se perdre, elle saura même transmettre ce savoir aux copines !

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