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Exploration sous-marine : des Pieds Lourds au SeaOrbiter ?

Les hommes ont toujours été fascinés par l’océan. Leurs rêves d’exploration de cet univers inconnu ont été si forts qu’ils sont parvenus à relever d’incroyables défis technologiques, une aventure qui a permis l’essor de l’océanographie. Que de chemin parcouru entre les premières expéditions maritimes et le projet futuriste de l’architecte Jacques Rougerie…

Colympha d’Alexandre Le Grand (Crédits NOAA)

Planète Bleue : 70% de sa surface est composée d’océans. Mais comment partir à leur conquête si l’on ne peut y respirer ? Dés l’Antiquité, les hommes sont confrontés au problème. En -322 avant JC, Alexandre Le Grand plonge dans un tonneau étanche (colympha).

Au XVIIe siècle, le physicien Borelli imagine des chaussons palmés et un sac de cuir rempli d’air relié à la bouche du plongeur, l’astronome Edmond Halley, lui, invente une cloche pour aller au fond de l’eau.1772, Fréminet conçoit l’ancêtre du scaphandre, une combinaison en cuir munie d’un casque en cuivre à trois hublots. Les accidents de plongée apparaissent.

Paul Bert en 1878 sera le premier à expliquer les étranges accidents de plongée. La solution ? Les tables de plongée inventées par John Scott Haldane (les paliers de décompression).

Mal étrange lié à l’oxygène sous pression (et plus en profondeur, à la toxicité de l’azote) qui frappe les Pieds Lourds, ces travailleurs reliés à une pompe à air en surface et lestés de semelle de plomb… L’invention du scaphandre autonome en 1933 par Le Prieur marquera le début de la plongée telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui.

La plongée moderne est l’oeuvre de la rencontre entre Jacques-Yves Cousteau et Emile Gagnan. Ils mettent au point le détendeur relié à une bouteille d’air, invention commercialisée dés 1946. Ci-dessous les premiers tests du scaphandre autonome :

Sur les mers

On n’arrête plus le progrès : le roman de Jules Verne à lire au format numérique !

L’âge d’or des expéditions maritimes démarre à la fin du XVIIIe siècle avec Bougainville, Byron, le Capitaine Cook, et La Pérouse qui embarque sur son trois-mâts des naturalistes, astronomes, géographes et dessinateurs. Les missions s’enchaîneront alors à un rythme effréné. En 1850, l’anglais Forbes soutient que toute vie est impossible au-delà de 550 m, théorie qui s’effondre 10 ans plus tard avec la découverte d’invertébrés sur des câbles télégraphiques immergés à -1800 m entre l’Algérie et la Sardaigne.

A terre, les centres spécialisés fleurissent un peu partout. Concarneau en 1858 est le premier laboratoire de biologie marine au monde, bientôt suivi par Arcachon, Naples, Roscoff, Banyuls, etc. 1870 est l’année du roman Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne !

A la fin du XIXe, l’expédition britannique du Challenger en circumnavigation lance l’ère de l’océanographie moderne : les techniques se modernisent et cette science se segmente en plusieurs disciplines… L’Albatross, vapeur américain, est le premier vrai navire océanographique. Le Prince Albert Ier de Monaco, pionnier en la matière, dirige 28 campagnes entre 1885 et 1915, et créé le Musée Océanographique de la Principauté en 1910.

Les abysses

Dés 1925, l‘expédition allemande du Méteor, équipé d’un sondeur, permet de comprendre la circulation des eaux d’Atlantique Sud. Cinq ans plus tard, William Beebe plonge à 908 m dans sa bathysphère suspendue à un câble d’acier. En 1947, la nouvelle technique de chalutage des suédois permet de remonter à bord de l’Albatros des invertébrés vivant à -7800 mètres.

De son côté, le Galathea des danois sonde la fosse des Mariannes dans le Pacifique par -10200 mètres. Successivement, le Jean Charcot (1965), le Marion-Dufresne I et II sillonnent les mers pour le compte de la France. Les petits sous-marins débarquent en 1953, sous l’impulsion d’Auguste Piccard, concepteur des FNRS 2 et 3, et du Trieste (bathyscaphe racheté par les américains qui atteint la profondeur record de -10916 m).

26 mars 2012 : plongée du cinéaste James Cameron à bord du DeepSea Challenger jusqu’au fond de la fosse des Mariannes 

Jacques-Yves Cousteau lance la soucoupe SP 350 baptisée ensuite Cyana et utilisée à bord de la Calypso. Elle devra rivaliser avec l’Alvin, submersible américain, puis le Nautile de l’Ifremer, le Mir russe et les Shinkai, japonais. L’arrivée de l’homme dans les abysses permettra la découverte d’oasis de vie autour de sources hydrothermales jaillissant d’étranges cheminées…

Faut-il désormais voir l’avenir de l’exploration sous-marine comme une course des profondeurs ?A en contempler le SeaOrbiter né de l’imagination de Jacques Rougerie : certainement pas ! Le projet a été présenté le 24 mai au Musée de la Marine à Paris qui célébrait le centenaire de la mort de Jules Verne. Cet écrivain a largement inspiré l’esprit créatif de l’architecte.

Cette fois, il s’est aussi entouré de pointures : Henri-Germain Delauze, PDG de la Comex, Jacques Picard, concepteur de bathyscaphes, etc. et même de spationautes : Jean-Loup Chrétien, Scott Carpenter et Bill Todd impliqués dans un programme d’entraînements en habitat sous-marin de la Nasa (Aquarius).

Sentinelle du futur ?

SeaOrbiter – Crédits Jacques Rougerie Architecte

« Nous travaillons sur ce projet depuis 5 ans » raconte-t-il. Et il en faut du monde : « des ingénieurs structures, ingénieurs électriques, etc. Il faut aussi réfléchir à la pressurisation. Bref, l’ensemble fait intervenir un grand nombre de corps de métiers !».Le résultat ? Ni un bateau, ni un sous-marin… mais un vaisseau semi-submersible, sorte de totem en aluminium réconciliant harmonieusement le ciel et la mer. Bien que doté de propulseurs électriques, il dérivera au gré des courants, de quoi faciliter sa première mission, l’étude du Gulf Stream.

Le vaisseau s’élève à 20 mètres au-dessus de l’eau, présente un pont aérien pour l’observation d’espèces (mammifères marins, oiseaux, etc.). « Au total, il fait 51 mètres de haut, répartis en 9 ponts » explique Jacques Rougerie. Le SeaOrbiter pourra ainsi accueillir 18 personnes pour des campagnes allant de 3 à 6 mois. Parmi elles, 10 vivront en pression atmosphérique, et 8 ‘aquanautes’ en zone pressurisée confinée à la manière d’un simulateur spatial (ils pourront aller et venir vers l’extérieur sans passer par des paliers de décompression).

Etudier les courants marins, variations de température, échanges gazeux entre atmosphère et océan, migrations animales, profondeurs (grâce à un module suspendu à un câble), niveaux de pollution, ou produire des films à destination du grand public : tels seront les objectifs de cette étrange sentinelle des mers…

Présentation sur la Chaîne de Marseille, ville qui accueille du 1 au 4 novembre 2012 le Festival Mondial de l’Image Sous-Marine où sera présente toute l’équipe du projet SeaOrbiter !

Article publié dans le magazine Questions Réponses (août 2005)

Qui est Jacques Rougerie ?

D’aussi loin qu’il se souvienne, Jacques Rougerie a toujours aimé la mer. Son enfance passée en Côte d’Ivoire et le film de Cousteau Le Monde du Silence (1955) n’y sont pas étrangers… Mais c’est un concours de circonstances s’il a pu concilier travail et passion : « au début, je voulais être musicien. Et finalement, l’architecture me plaisait, la mer aussi. Je n’ai fait que les relier ! ». Il les étudiera toutes les deux, la première aux Beaux Arts et à l’Université de Vincennes, la seconde à l’Institut Océanographique de Paris. Il fait ses premières plongées à Cavalaire, un émerveillement de plus… Au cours de sa carrière, il côtoye de grands noms à commencer par Cousteau, Jacques Mayol, Philippe Tailliez, Jean-Louis Etienne, etc. autant de rencontres qui l’inspireront pour monter des projets de vaisseaux et habitats sous-marins plus incroyables les uns que les autres.

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1 comment

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  1. zhe patick

    je pense que des innovations peuvent etre faites dans le domaine de l’exploration sous marine

  1. Mission Océan | Pearltrees

    […] Exploration sous-marine : des Pieds Lourds au SeaOrbiter ? […]

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