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Eiffel et sa dame de fer

Tour Eiffel (Crédits Tristan Nitot Wikipedia)

Novateur, ambitieux, entêté, Gustave Eiffel, roi des ponts de chemins de fer, a laissé une empreinte grandiose et indélébile sur la capitale, pour le plus grand bonheur des Parisiens et des touristes du monde entier ! Quand la métallurgie devient un art…

Alexandre Gustave Eiffel vient au monde le 15 décembre 1832 à Dijon. Père officier, mère douée en affaires – elle a monté son commerce dans la houille – c’est dans cet environnement favorisé que s’épanouit le brillant garçon. Et ce n’est pas son échec au concours d’entrée de Polytechnique qui va lui faire baisser les bras !

En 1855, à l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures de Paris, il décroche son diplôme d’ingénieur en chimie. Il travaille quelques mois dans l’usine de son oncle, le chimiste Jean-Baptiste Mollerat, avec l’ambition de prendre les rennes mais une querelle de famille en décidera autrement…

Les chemins de fer

A cette époque où les métaux, matériaux plutôt bon marché et costauds, commencent à avoir la cote, sa rencontre avec Charles Nepveu, influent industriel de la métallurgie, tombe à point nommé. Celui-ci l’engage en 1856 mais son entreprise est au plus mal. Il le fait entrer à la Compagnie des Chemins de fer de l’Ouest tout en maintenant leur collaboration.

Gustave Eiffel (Crédits Nadar/Wikipedia)

Eiffel fait bientôt ses premières armes sur le projet de construction du pont ferroviaire de Bordeaux. Du haut de ses 26 ans, il en dirige le chantier d’une main de fer dans un gant de velours. De quoi susciter l’admiration et le respect de ses pairs dont fait partie Jean-Baptiste Krantz

Sa réputation est faite ! Grâce aux talents d’entremetteuse de sa mère, il épouse Marie Gaudelet en 1862. 2 ans plus tard, il créé sa propre entreprise. Les débuts ne sont pas faciles mais Jean-Baptiste Krantz, alors responsable des travaux pour la seconde Exposition Universelle de Paris lui donne sa chance.

Sa mission ? Concevoir la Galerie des Machines pour l’évènement prévu en 1867. Eiffel installe ses ateliers à Levallois-Perret et s’associe dans la foulée à Théophile Seyrig, talentueux ingénieur.

Ensuite, en bourreau de travail, il vogue d’un succès à l’autre : gare de Pest (Hongrie), pont Maria Pia (Portugal), pont de Cubzac (Gironde), viaduc de Garabit (Cantal), ossature de la statue de la Liberté du français Bartholdi (Etats-Unis), observatoire de Nice, etc.

Sa Tour

Il a pour lui l’ingéniosité des Grands et multiplie les nouveautés dans le domaine des Ponts et Chaussées : fondation à l’air comprimé (piles tubulaires), ponts ‘portatifs’, etc. Pour se faire connaître, il écrit, s’improvise chargé de communication… Et ça marche ! Seules ombres au tableau, la mort de sa femme en 1877 et sa séparation avec le ‘trop’ brillant Seyrig en 1880. Mais il sait reconnaître les esprits vifs et s’en entourer.

Et non ! Eiffel n’est pas l’inventeur du porte-jarretelles. La rumeur est partie d’un canular du farceur Gotlib en 1983 dans le magazine L’Echo des Savanes.

Emile Nouguier et Maurice Koechlin en sont. Dans la course aux sommets que se livrent les architectes du monde entier, ces deux-là ont une surprenante idée : une tour métallique de plus de 300 mètres de haut qui serait du plus bel effet pour la prochaine Exposition Universelle de Paris en 1889… Stephen Sauvestre lui donne une certaine classe qui finit par charmer Eiffel, pas très emballé au départ. Il rachète le brevet à ses collaborateurs.

Le projet est dévoilé en 1885. Mais les railleries fusent ! Personne ne veut de « l’inutile et monstrueuse tour Eiffel ». Un an plus tard, Eiffel avec son habile maîtrise des mots et les appuis qu’il faut – dont celui du ministre du Commerce et de l’Industrie Edouard Lockroy – parvient, malgré l’estimation du coût pharaonique du monument, à convaincre la ville de Paris et le Gouvernement.

Construction de la Tour Eiffel

A peine les travaux débutent-ils en janvier 1887 que les artistes (Alexandre Dumas fils, Guy de Maupassant, Charles Garnier, etc.) s’en prennent à nouveau à sa protégée. « La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ?

Car la tour Eiffel, dont la commerciale Amérique ne voudrait pas, c’est, n’en doutez pas, le déshonneur de Paris !» écrivent-ils dans leur ‘Protestation contre la Tour de Mr Eiffel’ publiée le 14 février 1887 dans le journal Le Temps. Ce à quoi il répond immédiatement dans les mêmes colonnes : « je crois, pour ma part, que la Tour aura sa beauté propre. Parce que nous sommes des ingénieurs, croit-on donc que la beauté ne nous préoccupe pas dans nos constructions et qu’en même temps que nous faisons solide et durable, nous ne nous efforçons pas de faire élégant ? ».

De l’apogée à l’enfer ?

La Dame de Fer s’élève à la vitesse folle de 12 mètres par mois ! Le seul frein à cet élan aura été la grève des ouvriers qui réclame des salaires supérieurs. Ce qu’Eiffel accepte. Mars 1889, la voici terminée… et ouverte au public un mois-et-demi plus tard. Succès immédiat qui fait taire à jamais les mauvaises langues. Eiffel, lui, en détient seul les droits d’exploitation jusqu’en 1910.

Pas de répit pour l’ingénieur, il se lance dans un chantier colossal, celui des écluses du canal de Panama. En signant le contrat avec le président de la Compagnie du Canal de Panama, Ferdinand de Lesseps, il ne voit pas venir les ennuis. Pourtant, le dépôt de bilan de la Compagnie se profile à l’horizon alors qu’on parle de corruption des parlementaires français pour un énorme emprunt.

Déjà 17 fois repeinte, avec ses 2,5 millions de rivets, ses 18038 pièces… et ses 1665 marches, la Tour Eiffel, emblème de Paris, a reçu plus de 200 millions de visiteurs depuis 1889 !

L’affaire éclate au grand jour et éclabousse salement la réputation d’Eiffel, jugé trop ‘gourmand’, lui qui avait avancé de l’argent pour ne pas interrompre le projet. Condamné à une forte amende et à 2 ans de prison, la cour de cassation casse finalement cette décision. Il échappe in extremis à sa peine, mais est contraint de démissionner de son poste en 1893. Son entreprise est rebaptisée Société de Construction de Levallois-Perret.

Eiffel, vaincu, torpillé dans sa fierté, en termine avec le business mais pas avec la recherche. Il se raccroche à sa Tour. Son obsession ? La sauver à tous prix ! Il s’obstine à vouloir démontrer qu’elle a un intérêt scientifique. Il la transforme en laboratoire d’aérodynamisme, de météorologie et de radiotélégraphie et se consacre à ses travaux jusqu’à sa mort le 27 décembre 1923…

Les coulisses de la Tour Eiffel – 324 m de hauteur (avec ses antennes) – au XXIe siècle

Article publié dans le magazine Questions Réponses (janvier 2006)

Elle a eu chaud !

1910 devait signer son arrêt de mort. Mais grâce à l’obstination de son concepteur, la Tour a montré qu’elle avait… plus d’un tour dans son sac. Eugène Ducretet (le savant pionnier de la radio !) avait mené de concluantes expériences de télégraphie sans fil (TSF) entre elle et le Panthéon quelques années auparavant. En 1903, le Général Gustave Ferrié devenu l’ami de Gustave Eiffel y installe une station radio-militaire. Il transforme la Dame de Fer en un élément stratégique de la Défense Nationale et du même coup lui accorde son salut. Sérieux atout de communication qui fait notamment ses preuves durant la Première Guerre Mondiale… Depuis ? Radios et télévisions ne peuvent plus se passer des services de la Tour Eiffel !

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