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Ecologie : le trésor en espèces des cybercriminels verts

Ecolocybercriminals:©LGDe nombreuses espèces animales et végétales sont menacées d’extinction. Le marché noir n’arrange rien, et l’essor d’Internet non plus selon un récent rapport de l’IFAW. Petit tour d’horizon des animaux qui, pris dans la toile, disparaissent à la vitesse d’un clic…

 

5527 produits à base d’éléphants, 2630 à base de reptiles, 239 à base de félins, 526 tortues et carapaces, 146 primates vivants. Beau butin en une seule semaine de chasse, « prouesse » réalisée sans mettre un pied dans la jungle à l’occasion d’une web-enquête de l’antenne IFAW (Fonds international pour la protection des animaux) du Royaume-Uni.

Souris

« Le commerce, légal et illégal, d’animaux vivants ou morts – y compris celui de parties de leur corps – se développe et Internet commence à y jouer un rôle central ! » assure le rapport intitulé « Pris dans la toile ». Conclusion peu rassurante, Internet serait en train de révolutionner le marché noir des animaux comme il l’a fait pour le terrorisme ou la pédophilie…

 

La fin des grands primates ?

400 000 aujourd’hui, répartis entre l’Afrique (bonobos, chimpanzés, gorilles) et l’Asie (orangs-outans), ils se comptaient par millions au XIXe siècle. La population de gorilles de République Démocratique du Congo (RDC) a par exemple chuté de 70% en 10 ans ! Guerres civiles dans des pays pauvres peu soutenus par les plus aisés, destruction des forêts, virus meurtriers (Ebola), braconnage…

Autant de causes auxquelles il faut mettre un terme grâce à des mesures concrètes : favoriser l’aide aux populations locales, le développement de l’écotourisme, de zones protégées, une gestion durable des forêts ; faire la chasse aux braconniers, veiller au respect des lois d’interdiction de vente de viandes de primates sur les marchés africains, encourager la recherche médicale pour lutter efficacement contre Ebola… 

C’est ce que propose le GRASP (Projet pour la Survie des Grands Singes), noyau dur de la conférence du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) organisée avec l’appui de l’UNESCO à Kinshasa en RDC en 2005. A son terme, les 150 participants, dont les représentants des 23 états de l’aire de répartition des grands primates, ont signé une déclaration onusienne. Objectif : agir. Un impératif selon le PNUE : « toutes les espèces de grands singes sont exposées à un risque élevé d’extinction dans l’avenir immédiat ou au mieux, dans les 50 prochaines années ». En l’espace d’un demi-siècle, nos plus proches parents pourraient n’être plus qu’un souvenir dans nos mémoires !

Vers une consommation « intelligente » ?

TropiquesSur trois mois, les enquêteurs de l’IFAW ont ciblé la vente en ligne de cinq catégories d’articles : objets en ivoire, issus de tortues, sacs et accessoires de mode en peau de reptiles ou grands félins menacés d’extinction, et primates vivants. Hélas, leurs trouvailles ont dépassé ce cadre. Châles en shahtoosh (laine d’antilopes tibétaines), ours polaires et lions empaillés, pied d’éléphant, remèdes de médecine asiatique traditionnelle à base de rhinocéros ou de tigres…

Autant de produits tirés d’espèces dont les jours sont comptés. Les cyber-consommateurs vont-ils leur donner le coup de grâce ? A coup sûr si les pouvoirs publics de chaque pays n’appliquent pas de façon soutenue la législation internationale en vigueur, web ou pas !

ConnexionsComment en sommes-nous arrivés là ? La réponse se situe au cœur de la prise de conscience tardive de la générosité de la Terre, et de sa fragilité surtout… Heureusement, le mode de vie à l’occidentale est en mutation. Consommer à outrance sans penser au lendemain est un phénomène en régression par la force des choses. Le prix du carburant atteint des sommets, l’eau potable se raréfie. Bref, l’économie des ressources est désormais une nécessité !

A côté de cela, on oublierait presque que la nature regorge d’un autre type de ressources naturelles : seules 1,75 million d’espèces animales et végétales ont été décrites par la science. Or, elles seraient 10 à 30 millions, une richesse génétique à préserver à tout prix !

La CITES au secours des espèces

On voit évoluer dans les documentaires de fabuleuses créatures, impalpables, improbables… On les admire sur papier glacé comme si elles ne faisaient pas partie de notre monde puisqu’on ne les a jamais vues « en vrai » si ce n’est au zoo, derrière un grillage, un enclos ou les vitres d’un bassin.

Pourtant, quelque part, elles gambadent, nagent, volent ou rampent en toute liberté. Difficile de mesurer l’ampleur du drame les fois où l’on entend parler au Journal Télévisé de situation alarmante, excepté si on a eu le privilège de croiser ces espèces à l’état sauvage au hasard d’un voyage.

Tout au plus, on se console dans les boutiques de certains pays et désormais sur le web, non sans une certaine ignorance des risques pénaux encourus, persuadés que posséder une carapace de tortue, une peau de tigre ou un hippocampe séché, permettra au moins de garder une trace, quitte à y mettre le prix…

Puis finalement, la carapace encombrante finit au grenier, la peau de tigre fait démodée dans le salon et l’hippocampe impossible à exposer dans son état. Tout ça pourquoi au final ? Apporter sa contribution à la disparition de ces espèces et ne pas avoir respecté la législation de la Convention de Washington ou CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Adopté en 1973, cet accord international liant 169 états veille au grain. Il fixe les règles du commerce international des espèces les plus fragiles en les classant dans l’une de ses trois Annexes.

Amendes et prison

HippocampeLa première concerne 898 animaux et plantes menacés d’extinction dont le commerce est strictement interdit (sauf à titre exceptionnel) : albatros, kangourous, lémuriens, gorilles, orang-outans, chinchillas, dauphins d’eau douce, cachalots, baleines à bosse, lynx, éléphants, pandas, ours polaires, dugongs, lamantins, zèbres, hippopotames, cacatoès, tortues marines, etc.

Corail de feuDans la seconde, 32614 espèces dont le commerce est réglementé par des permis et certificats : bisons, corail de feu, colibris, perroquets, faucons, bénitiers, requins pèlerins, grands blancs, requins baleines, pécaris, cobras, boas, pythons, varans, etc.

L’annexe III enfin comprend 305 espèces particulières à la demande d’états auprès d’autres membres de CITES. A retenir : tous les cétacés, éléphants, grands félins, primates, ours et rhinocéros figurent à l’Annexe I ou II. Attention, si la vente d’une espèce peut être légale à l’intérieur d’un pays, elle peut être illégale à l’exportation…

Objectif photos

Ainsi, une saisie en douane sans les papiers en règle peut coûter très cher (amende, voire lourde peine de prison). Le mieux est encore de ramener les animaux en photo, n’est-ce pas ? Côté trafiquants, s’ils passent entre les mailles du filet des autorités, Internet leur tend les bras. Il n’a jamais été aussi facile d’écouler la marchandise en tout anonymat, caché derrière un pseudonyme ou un e-mail… une aubaine pour élargir sa clientèle !

NAC à prix d’or

Turtle's paceA vendre, 15000 $ la girafe, 70000 un tigre de Sibérie, 60000 le bébé chimpanzé. « Gorille de 7 ans recherche nouveau foyer pour cause déménagement de son propriétaire, 6587 $ pièce », une autre affaire ?

Voilà le type d’annonces qu’ont pu découvrir les cyber-inspecteurs de l’IFAW sur le web. Tant qu’il y aura des clients prêts à investir des fortunes pour les nouveaux animaux de compagnie (NAC), comme on les appelle, il y aura des braconniers et des victimes… Car combien périssent pour qu’un seul arrive vivant à destination ? Et une fois dans son nouveau foyer, le NAC n’est pas sûr d’y rester longtemps !

Saviez-vous que la majorité des reptiles meurent au cours de leur première année de captivité, faute de connaissances suffisantes de la part de leurs propriétaires ? Python, chinchilla, iguane, varan, mygale, furet viennent remplacer le meilleur ami de l’homme, jusqu’à ce que l’envie passagère d’exotisme de leurs maîtres s’éteigne, et qu’ils réalisent qu’une maison ou un appartement n’est pas l’idéal pour ces bêtes. Qu’en faire ensuite ? Leur avenir se joue en un clic, ou un « couac »…

Silence

Feu sur la cyber-criminalité

Aujourd’hui, des millions de particuliers dans le monde ont accès à l’informatique, à la communication en ligne, au commerce électronique (sites d’enchères) et à ses systèmes de paiements sécurisés. Tranquillement installés derrière leur écran, ils sont prêts à dégainer la souris !

Cyber_communication

Dans cet univers virtuel, le marché noir n’a plus de limites, à moins que ne se développe comme le suggère l’IFAW, une étroite collaboration entre les gouvernements, un réseau de « cyber-autorités » vigilantes, et une information plus claire concernant le commerce des animaux sur les sites de vente en ligne.

« Chacun de nous a également la responsabilité d’arrêter d’acheter et de vendre des animaux sauvages et des produits issus de la faune sauvage » signale Phyllis Campbell-McRae, directrice du bureau britannique de l’IFAW ajoutant qu’« acheter des animaux sauvages en ligne est un acte aussi détestable que de les tuer soi-même »…

Article publié dans le magazine Questions Réponses (octobre 2005)

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