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Du bénévolat pour sauver le kelp de Californie

La Californie est l’une des régions de la planète où l’on peut plonger dans l’atmosphère mystérieuse des forêts de kelp, algues géantes qui forment un écosystème unique… et en danger ! Scientifiques et plongeurs bénévoles se mobilisent avant qu’il ne soit trop tard.

Ici, le long des côtes de Californie, d’immenses algues (Macrocystis pyrifera) s’élèvent depuis le fond pour constituer d’extraordinaires forêts marines qui abritent plus de 800 espèces d’invertébrés et de poissons. Seul problème, aujourd’hui, cette oasis est menacée. 80% du kelp aurait disparu au sud de l’Etat depuis 1967 ! En cause ? Le changement climatique, la pression urbaine littorale… et les oursins qui, faute de prédateurs, se multiplient à ses dépens.

 

D’une part, les modifications de température des eaux affectent la croissance des algues (habituellement de quelques mètres par mois). D’autre part, elles souffrent de la pollution en provenance du continent : une évidence qui a sauté aux yeux des experts lorsqu’ils ont comparé le kelp côtier à celui, plus au large, des Channel Islands, sanctuaire marin épargné par les activités humaines. Là bas, les algues étaient parvenues à se refaire une santé après le passage dévastateur d’El Nino dans les années 1990.

Ce qui est loin d’être le cas des forêts de macrocystis continentales. Quant à la présence nuisible des oursins rouges, blancs, et violets, elle est directement liée à la disparition des loutres dans la région, ainsi qu’à la pêche intensive des gros spécimens de labres et de homards, seuls prédateurs capables de s’attaquer aux épineux échinodermes. Conséquence immédiate : la population d’oursins a explosé… leur appétit également ! Certes, la pêche commerciale des oursins rouges destinée à l’exportation vers le Japon contribue à limiter le phénomène, mais cela ne suffit pas…

La gestion des forêts de kelp est donc au centre des préoccupations des californiens, notamment depuis 2001, époque à laquelle la California Coastkeeper Alliance a lancé son projet de restauration. Cet organisme est un réseau efficace car présent dans de nombreuses villes. Il n’hésite pas à faire participer le public à ses missions scientifiques qui toutes convergent vers le même objectif : préserver le milieu marin. Ainsi, le projet concernant le kelp s’étend de Santa Barbara à San Diego selon plusieurs axes : le retrait des oursins dans les zones sensibles, la fertilisation en laboratoire pour un replantage en mer, une intervention de professionnels dans les écoles pour sensibiliser les jeunes, un suivi de la qualité des eaux, etc.

Plongeurs et passionnés sont vivement encouragés à mettre la main à la pâte, que ce soit pour du travail de terrain en mer, en laboratoire ou même auprès de la population. Les volontaires sont le pilier de cette initiative qui remporte un franc succès : dans le Comté de Los Angelès, par exemple, où le projet a démarré en 2003, ils ont déjà retiré 17000 oursins des zones menacées ! D’autant que de récents financements de la part de la célèbre National Oceanic and Atmospheric Administration et de la Californie Coastal Conservancy, à hauteur de 1,2 millions de dollars, permettent de relancer les actions pour 3 ans. Preuve que science et grand public peuvent faire bon ménage et qu’on peut aussi plonger utile !

Caroline Lepage (article publié en 2005 dans Plongée Magazine)

 

Focus  Le kelp au laboratoire

L’une des solutions qui a été imaginée se tient au laboratoire de la California Coastkeeper Alliance. Les biologistes collectent en milieu naturel les parties reproductrices (sporophylles) logées à la base du stipe, au pied du kelp. Ensuite, usant de paramètres favorables tels que la température et la lumière, ils parviennent à faire libérer les spores des sporophylles, qui sont en quelque sorte des graines microscopiques. Il n’y a plus qu’à les faire pousser tranquillement pendant deux mois sous surveillance dans des aquariums contenant de petites tuiles en céramique. Celles-ci permettent aux algues de s’accrocher comme elles l’auraient fait sur le récif. Ainsi, on obtient de nombreux plants de kelp sains et prêts à être réintroduits dans le milieu marin. C’est là que les plongeurs volontaires prennent le relais. Encadrés par les scientifiques, ils se transforment en jardiniers marins puis en gardes-forestiers car ils devront aussi surveiller la croissance de leurs petites protégées. Un travail hebdomadaire indispensable qui contribue à préserver ce petit coin de paradis…

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