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Le(s) démon(s) et mademoiselle Prym

devilsLes habitants d’un village, les lingots d’or d’un homme de passage : devenir riches en vendant leur âme au diable ou rester humains dignes de ce nom en refusant l’offre alléchante ? Choix kafkaïen soufflé par Paulo Coelho…

Aleph, 11 minutes, le manuscrit retrouvé : Coelho, stop ou encore ? L’auteur aux 100 millions d’exemplaires, traduit en 66 langues, nommé Messager de la Paix pour les Nations Unies en 2007, a encore frappé… juste ! Résultat, le démon et mademoiselle Prym placent les lecteurs face à un dilemme en apparence improbable, mais qui en réalité parle à tous : argent facile ou honnêtement gagné ?

Le choix est proposé sous forme de lingots d’or aux femmes et aux hommes d’un village si isolé qu’ils semblent vivre hors du temps. Ainsi, l’étranger « tombé du ciel » fait de l’infortunée mademoiselle Prym sa jeune messagère. Infortunée car torturée par ce message qu’elle a pour tâche de transmettre tant il est violent : le sacrifice de l’un des villageois enrichira les autres sans efforts sur plusieurs générations !

Daemon

Deal, Mal ou Bien ? Vendront-ils ensemble leur âme au diable pour remplir leurs poches de billets verts ? Dans ce cas, quel homme envoyer dans l’au-delà ? Tous les gens impliqués pourront-ils garder éternellement le secret sur l’origine de cet argent sale ? Après le sacrifice, quelle valeur donneront-ils à leur travail ? Pourront-ils continuer à vivre, l’air de rien ? Seront-ils rongés de culpabilité par leur conscience ?

Naît-on bon ou mauvais ? Peut-on changer face à la tentation de l’argent facile ? Comment l’effet de groupe influence-t-il nos choix ? Comment résister ou céder aux pressions qu’il exerce sur l’individu ? L’auteur tente de répondre à toutes ces interrogations en explorant les profondeurs de l’âme de chacun des habitants du village. Et toujours avec cet optimisme en l’être humain aussi fou que son récit…

Extrait

C. eut soudain envie de raconter l’histoire du lingot, car elle pressentait que la vieille savait quelque chose à ce sujet, mais elle garda le silence.

B. enchaîna :

  • Je pense à Ahab, notre grand réformateur, notre héros, l’homme qui a été béni par saint Savin.reform water

  • Pourquoi Ahab ?

  • Parce qu’il était capable de comprendre qu’un petit détail, même anodin, peut tout détruire. On raconte qu’après avoir pacifié la bourgade, chassé les brigands intraitables et modernisé l’agriculture et le commerce de Bescos, un soir, il réunit ses amis pour dîner et prépara pour eux un rôti de premier choix. Tout à coup, il s’aperçut qu’il n’avait plus de sel.

    « Alors Ahab dit à son fils :

  • Va chez l’épicier et achète du sel. Mais paie le prix fixé, ni plus, ni moins. SaltLe fils un peu surpris rétorqua :

  • Père, je comprends que je ne dois pas le payer plus cher. Mais si je peux marchander un peu, pourquoi ne pas faire une petite économie ?

  • Je te le conseillerais dans une grande ville. Mais dans un village comme le nôtre, agir ainsi pourrait conduire à une catastrophe.

    « Une fois le fils parti faire l’emplette, les invités qui avaient assisté à la conversation, voulurent savoir pourquoi on ne devait pas marchander du sel et Ahab répondit :

  • Celui qui accepte de baisser le prix du produit qu’il vend a sûrement un besoin désespéré d’argent. Celui qui profite de cette situation affiche un mépris profond pour la sueur et les efforts d’un homme qui a travaillé pour produire quelque chose.

    « Mais en l’occurrence, c’est un motif trop insignifiant pour qu’un village soit anéanti.

    « De même, au début du monde, l’injustice était minime. Mais chaque génération a fini par y ajouter sa part, trouvant toujours que cela n’avait guère d’importance, et voyez où nous en sommes aujourd’hui.Menger noir et blanc

  • Comme L’Etranger, n’est-ce pas ? dit C., dans l’espoir que B. avoue avoir causé avec lui.

    Mais la vieille garda le silence. C. insista :

  • J’aimerais bien savoir pourquoi Ahab voulait à tout prix sauver Bescos. C’était un repaire de criminels, et maintenant c’est un village de lâches.

    La vieille certainement savait quelque chose. Restait à découvrir si elle le tenait de l’étranger.

  • C’est vrai. Mais je ne sais pas si on peut vraiment parler de lâcheté. Je pense que tout le monde a peur des changements. Les habitants de Bescos veulent tous que leur village soit comme il a toujours été : un endroit où l’on cultive la terre et élève du bétail, qui réserve un accueil chaleureux aux touristes et aux chasseurs, mais où chacun sait exactement ce qui va se passer le lendemain et où les tourmentes de la nature sont les seules choses imprévisibles. C’est peut-être une façon de trouver la paix, encore que je sois d’accord avec toi sur un point : tous sont d’avis qu’ils contrôlent tout, mais ils ne contrôlent rien.Searchlight empire

Il n’a essayé de convaincre qui que ce soit, vu qu’il connaissait la nature des hommes : ils allaient confondre honnêteté et faiblesse et, partant, son pouvoir serait remis en question.

workforus

« Il a fait venir des charpentiers d’un village voisin, leur a donné une épure de ce qu’ils voulaient qu’ils construisent à l’endroit où se dresse aujourd’hui le calvaire. Jour et nuit, pendant dix jours, les habitants du village ont entendu scier, marteler, perforer, ils ont vu les artisans façonner des pièces de bois, chantourner des tenons et des mortaises. Au bout de dix jours, toutes les pièces ont été ajustées pour former un énorme assemblage monté au milieu de la place, dissimulé sous une bâche. Ahab a invité tous les habitants de Bescos à assister à l’inauguration de l’ouvrage.

« D’un geste solennel, sans aucun discours, il a dévoilé le « monument » : c’était une potence, prête à fonctionner, avec une corde et une trappe. Enduite de cire pour qu’elle résiste longtemps aux intempéries. Profitant de la présence de toute la population, Ahab a lu les textes de lois qui protégeaient les agriculteurs, encourageaient l’élevage de bovins, récompensaient ceux qui ouvriraient de nouveaux commerces à Bescos, et il a ajouté que, dorénavant, chacun devrait trouver un travail honnête ou quitter le village. Il s’est contenté de cette déclaration, il n’a pas dit un mot au sujet du « monument » qu’il venait d’inaugurer. Ahab était un homme qui ne croyait pas au pouvoir des menaces.

« La cérémonie terminée, des gens se sont attardés sur la place pour discuter : la plupart était d’avis qu’Ahab avait été leurré par le saint, qu’il n’avait plus la vaillance de naguère. Mais tous étaient obligés de contempler la potence au milieu de la place et ils se demandaient : « Qu’est-ce qu’elle fait là ? A-t-elle été montée pour exécuter ceux qui n’acceptent pas les nouvelles lois ? Qui est ou n’est pas du côté d’Ahab ? Y a-t-il des espions parmi nous ? »

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« La potence regardait les hommes et les hommes regardaient la potence. Peu à peu, la bravoure initiale des rebelles a fait place à la peur. Tous connaissaient la renommée Dahab, ils savaient qu’il était implacable quand il s’agissait d’imposer ses décisions. Certains ont quitté le village, d’autres ont décidé d’expérimenter les nouvelles tâches qui leur avaient été suggérées, simplement parce qu’ils ne savaient pas où aller ou bien à cause de cet instrument de mort dressé sur place. Au fil des ans, la paix s’est installé durablement à Bescos, la bourgade est devenue un grand centre commercial de la frontière, elle a commencé à exporter une laine de premier choix…

Or Argent

Livre D.

Illustrations images 3D et fractales

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