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CLEMENCEAU, CHARLES DE GAULLE : TOUCHE-COULE ?

Charles de Gaulle Titanic ClemenceauAprès le tollé provoqué par le rapatriement du Clémenceau – au moment même où, outre Atlantique, les Américains regardaient joyeusement sombrer l’Oriskany en Floride – on est en droit de se demander si la France n’a pas un train de retard en matière de récifs artificiels… Enquête sur le passage de vie à trépas sous-marin des vieux navires.

Dossier Clémenceau

Dossier sur les navires et les épaves publié en 2006 dans le magazine A bloc 

Révélations sur le Titanic – 269 m – et ses 1324 passagers + 889 membres d’équipage disparus en 1912 lors de son voyage inaugural en direction de New-York (Etats-Unis)

Trajectoire : le 10 avril 1912 à 12h15 de Southampton (Angleterre), le 10 avril à 18h35 à Cherbourg (France),  le 11 avril à 11h30 à Queenstown (Irlande), naufrage le 15 avril 1912 à 2h20 au large de Terre-Neuve

Débuts laborieux en France

Dans l’hexagone, les débuts des récifs artificiels ne sont pas vraiment glorieux. Tout commence en 1968 avec l’immersion de vieilles carcasses automobiles à Palavas-les-Flots dans l’Héraut mais l’eau de mer, corrosive, n’en fait qu’une bouchée en très peu de temps. C’est un premier échec. Toujours dans le récif artificiel « bon marché », signalons les pneus ? Eux se montrent effectivement plus costauds par contre, des études révèlent que même avec le temps, les organismes sont peu enclins à s’y fixés. Ils font la fine bouche !
L’essai est réalisé dans les Alpes-Maritimes dans la zone de Vallauris-Golfe-Juan devenue un véritable laboratoire vivant en la matière. Car en effet, on y teste ensuite tuiles, briques et parpaings sans grand éclat là encore. 1985, les choses sérieuses commencent enfin, avec la mise en place d’un programme d’aménagement littoral.
On immerge cette fois des structures en béton armé – très coûteuses mais non polluantes et durables – et même… trois épaves de bateaux en 1993 (L’Espadon, un remorqueur de 250 m3), 1996 (le Moana, un chalutier de 140 m3) et 1999 (le Valérie, un voilier de 100 m3) ! Aujourd’hui, ce sont au total 44 000 m3 de récifs artificiels qui sont principalement immergés en région PACA et Languedoc-Roussillon, grâce aux efforts des collectivités locales, d’associations et de centres d’études scientifiques. Pas mal mais ce n’est qu’un début…
Le cas atypique du Belle Epoque
Cocorico ! Ça se passe chez nous… Le CERES – Centre Européen de Recherches et d’Etudes Sous-Marines – nom à retenir pour tous les passionnés d’épaves, est basé à Montfarville dans le département de la Manche. Dirigée par Bertrand Sciboz (par ailleurs auteur du livre ‘Epaves des côtes de France’ aux éditions Ouest-France qui ne devrait pas manquer de tenir en haleine les plongeurs passionnés), cette société renommée a référencé plus de 15000 épaves !
Plus généralement, elle est spécialisée dans la recherche, la cartographie, l’expertise et les travaux sous-marins. C’est elle qui s’est occupée du cas du Belle Epoque. Un soir d’octobre 2004, le chalutier Belle Epoque – 15,5 m, 60 tonnes – se trouve en difficulté. L’équipage s’en tire, pas le navire qui, selon l’expertise du CERES appelé en renfort pour le localiser, est en piteux état… Dommage pour l’assureur obligé malgré tout de le renflouer si l’opération est effectivement possible. Les lois européennes l’imposent et l’épave peut par ailleurs représenter un danger pour les bateaux passant au-dessus.
C’est là que Bertrand Sciboz propose une solution originale : puisque le Belle Epoque est à deux pas de deux autres épaves, il serait possible de l’amener à son tour sur le site pour, plutôt que de le renflouer, profiter de l’occasion de le reconvertir en récif artificiel. Dans le mille. La Préfecture Maritime de la Manche et de la Mer du Nord se laisse séduire par l’idée et trouve un compromis : une première en Europe ! « Nous avons dépollué l’épave avant de la déplacer, c’était par ailleurs une condition sine qua non de la préfecture maritime pour accepter cette nouveauté » explique Bertrand Sciboz. Aujourd’hui, grâce aux efforts du CERES, aidé par le TRASOM, le Belle Epoque repose par -40 mètres de fond accolé à une épave de la seconde guerre mondiale. Rêver à des suites de ce genre, pourquoi pas ? Hélas, la Préfecture Maritime de la Manche et de la Mer du Nord a bien insisté sur le fait que ce cas ne pourrait pas faire jurisprudence…

Que celui qui n’a pas rêvé d’aller plonger sur le vieux Clém’ lève la palme ! Comment ? Tous, vous auriez eu envie de découvrir un gigantesque porte-avions récemment installé dans le monde du silence ? Hé oui, il fallait s’en douter : la communauté des plongeurs était prête à vivre une telle émotion.

Hélas pour elle, ses désirs sont en total décalage avec la mentalité en France. Le pays n’est pas préparé à ce genre d’élucubrations marines. Question de législation, certes, mais pas seulement. Il y a tant de monde qui campe sur l’idée que l’immersion d’une vieille coque est forcément une action polluante pour l’environnement marin que le débat est au point mort… et complètement étouffé.

Un projet resté à l’état embryonnaire

C’est bien simple, on n’en parle même pas, ici, de cette idée d’utiliser des navires en fin de vie pour en faire de nouveaux refuges à poissons ! On en viendrait presque à se dire que trop d’écologie tue l’écologie… Car qui s’est demandé si la création de ce genre de récifs artificiels ne pouvait pas engendrer plus de bénéfices que de risques pour la faune marine ? Evidemment dirons les uns « on manque de recul sur le sujet et la mer n’est pas une décharge » à raison d’ailleurs, mais les autres pourront rétorquer « et si l’on prenait la peine d’utiliser nos connaissances et de retirer de la carcasse tout ce qui est nuisible pour le milieu marin, on ferait au moins quelques expériences qui, justement, nous permettraient d’avoir ce recul indispensable ». Le dicton ne dit-il pas : « c’est en forgeant que l’on devient forgeron » ?

Nos amis anglais, eux, ont osé le 29 mars 2004 !

(article publié dans Plongée magazine en 2004)

Depuis le 29 mars, des centaines de curieux se bousculent aux portillons autour du premier récif artificiel d’Europe uniquement dédié à la plongée. C’est au Sud-Ouest de la Grande-Bretagne que cette nouvelle attraction, en réalité une épave, a élu domicile par 25 mètres de fond. Une renaissance pour le Scylla…
Pas de doute, les explosifs sont efficaces ! Quatre boules de feu s’élèvent dans le ciel dans un épais nuage de fumée… Ce 27 mars, à Whitsand Bay près de Plymouth en Angleterre, des centaines de badauds, assistant au spectacle, retiennent leur souffle. Sous leurs yeux éblouis et le regard ému de son dernier commandant de bord, le capitaine Booth, le Scylla glisse lentement sous la surface de l’eau, entamant sa métamorphose.
Construite en 1968 sur le chantier naval de Devonport, cette frégate de la Royal Navy mise en service deux ans plus tard avait, entre autres, participé à la ‘Guerre de la Morue’, un différend opposant la Grande-Bretagne à l’Islande dans les années 60-70, puis elle avait été envoyée dans le Golfe Persique en 1987 lors de la guerre irano-irakienne.
L’idée de créer un récif artificiel de ce type est née, il y a 5 ans, de l’association en consortium de deux plongeurs ambitieux : John Busby et Nick Murns. Le projet a été mené à terme par le National Marine Aquarium de Plymouth qui a acheté le navire (désarmé depuis 1993) l’an dernier pour 280 000 €, une somme financée par le gouvernement, puis l’a débarrassé de tous ses matériaux nuisibles pour l’environnement.
Aujourd’hui, à 800 mètres du vieil habitué des plongeurs, le James Egan Layne, monstre d’acier torpillé en 1944, le Scylla s’apprête à devenir un sanctuaire consacré à la plongée : une première en Europe ! Avant de démarrer sa nouvelle vie sous-marine, les hommes de la Royal Navy l’inspectent une dernière fois. Ils ne donneront le feu vert d’accès à l’épave que deux jours plus tard : une période d’acclimatation nécessaire afin que le Scylla se stabilise parfaitement sur le fond et que les quelques poches d’air encore piégées à l’intérieur s’échappent.

Le 29 mars, les premiers plongeurs se ruent enfin à l’eau pour découvrir et explorer les moindres recoins de ce bateau de 113 m de long. Depuis ce jour, jusqu’à 300 curieux viendraient lâcher des bulles autour du Scylla : de quoi redynamiser la région ! Plongeurs, touristes, mais aussi biologistes marins et scientifiques sont attendus. En effet, l’homme a encore tout à apprendre sur la façon dont les animaux marins viennent coloniser les épaves : congres, blennies, mérous, balistes, anémones, gorgones, etc. devraient très vite occuper les lieux pour les transformer en oasis de vie.
Des webcams seront rapidement installées sur le pourtour de la coque afin que les internautes du monde entier bénéficient, eux aussi, de ce fabuleux spectacle. Une belle initiative du National Marine Aquarium de Plymouth comme l’explique le directeur Michael Leece : « L’Aquarium participe à l’éducation, la conservation et la recherche. Notre but est d’inciter les gens à s’engager pour l’environnement marin. De ce fait, le récif du Scylla (et la technologie qui l’entoure) est une façon unique et passionnante d’y parvenir ! ».
De nouvelles entreprises, surfant sur la vague du Scylla, viennent s’installer dans cette région à la porte des Cornouailles, l’activité des clubs de plongée est florissante, les bateaux de verre font leur apparition… et il a été prévu que la nouvelle star sous-marine rapporte jusqu’à 1,5 million d’euros par an à l’économie locale. Le Scylla n’est pas prêt de prendre sa retraite !

Mais revenons-en à l’histoire qui nous préoccupe, celle du Clémenceau désarmé en 1997. Les fonds au large de Marseille à Planier n’attendaient que lui pour créer l’évènement. Même la mairie en rêvait, presque autant que l’Amicale des Anciens du Clémenceau et du Foch (ADACF) ! La pétition signée par des centaines de plongeurs n’a cependant pas suffit à faire accepter le projet.

L’Etat avait une meilleure solution pour cette ‘poubelle’ comme l’ont surnommée les médias. On a cru s’en débarrasser en l’envoyant en Inde. Apparemment, il était bien plus acceptable de l’envoyer se faire démanteler à l’autre bout de la planète par des ouvriers, qui, on le sait, ne travaillent pas dans des conditions sanitaires idéales, que de conserver la ‘poubelle’ française sur nos propres fonds marins.

L’avantage à l’étranger, il est vrai, c’est que personne n’aurait rien vu de ses déchets, ni même plus entendu parler du Clém’. Et puis, c’était tellement plus ‘clean’, plus discret et moins gênant de faire les choses dans cet environnement là, situé à des milliers de kilomètres, loin des yeux des Français, loin de leur cœur aussi…

Beau gâchis

Résultat des courses, l’Etat a gracieusement offert un aller-retour France-Inde aux 22000 tonnes de ferraille du Clém’ qui nous est revenu, tout fringant évidemment, à Brest le 17 mai dernier. Des péripéties et une croisière qui auront coûté la bagatelle de 12 millions d’euros à la France, soit précisément 5 millions d’euros pour le désamiantage à Toulon, 4 millions pour l’Egypte qui a accepté de laisser passer le porte-avions remorqué via le Canal de Suez vers la mer Rouge, 1,3 million pour son petit séjour d’attente au large des côtes indiennes avant qu’on ne le rapatrie, 1,7 million d’euros enfin pour indemniser la société allemande qui devait finir de le démanteler.

Tout de même, 12 millions… ça laisse rêveur ! Combien de récifs artificiels, issus de vieux navires, ou même classiques, auraient pu être créés avec une telle somme ? Au moins un pour commencer : le Clémenceau lui-même ! Sans compter que notre chère ‘poubelle’ – qui contient encore 75 tonnes d’amiante non friable selon la Marine Nationale (500 à 1000 selon les dires des associations écologistes) – n’est toujours pas vraiment fixée sur son sort.

Justement, pour en revenir à l’amiante, cette substance minérale naturelle comprend les serpentines et les amphiboles. Elle est friable (flocage, calorifugeages, faux-plafond)ou non (amiante ciment toiture, colle, tuyaux d’évacuation, etc.). L’amiante restée à ce jour sur le Clémenceau est non friable, loin de représenter la substance la plus gênante de toutes en terme de pollution marine puisque si on en parle tant, c’est en raison de son caractère cancérigène lorsqu’on en respire des particules présentes en suspension dans l’air.

De l’amiante dans l’eau ?

Néanmoins, l’amiante, étant insoluble dans l’eau, présente peu de danger, encore moins pour la santé des plongeurs qui respirent en bouteilles. Qu’en est-il pour la faune marine ? Il existe quelques études (Batterman et Cook 1981, Woodhead et al. 1983, Belanger et al 1986, Belanger et al. 1990) réalisées avec des concentrations d’amiante élevées dans le milieu, situation critique et plausible avec de l’amiante friable…

Ainsi, il a été montré qu’un taux de 104 à 108 fibres/L affecte la croissance des palourdes, et qu’un taux de 106 à 108 fibres/L peut chez les poissons entraîner des lésions de l’épiderme, des reins, une perturbation du sens de l’orientation, de la nage (dégradation de la ligne latérale) et de la croissance, avec une augmentation de la mortalité des poissons. En revanche, les recherches s’accordent à dire que l’amiante non friable ne représente pas de risque pour les poissons (Garcia et Salzwedel 1995, Montoya et al 1985).D’autres études sur le long terme seraient bien sûr les bienvenues…

En attendant, il y a bien plus toxique et préoccupant : chrome, polychlorobiphényls – ces fameux PCB -, plomb, etc. Voyons comment les Américains s’en tirent sur l’épineux sujet des polluants qui contaminent l’environnement marin, eux qui sont les champions en titre des épaves-récifs artificiels ! Des preuves ? L’Oriskany, premier porte-avions intentionnellement reconverti en abri à poissons et attraction touristique pour plongeurs (et le second à bénéficier d’une telle retraite sous-marine, après l’USS Saratoga envoyé au fond du lagon de l’atoll de Bikini lors d’un essai nucléaire le 26 juillet 1946).

Les rois de l’épave

Autre exemple, l’USS Spiegel Grove, navire de guerre de 155 mètres recyclé en 2002 comme récif artificiel au large des Keys en Floride, qui a fait la Une des médias en juillet 2005 lorsque le cyclone Dennis l’a repositionné dans une situation idéale (au lieu de la verticale qu’il avait pris après son sabordage au grand dam des responsables du projet…). On peut aussi mentionner le Programme de Récifs Artificiels du New Jersey. Depuis 1984, il a créé plus de 1000 récifs artificiels dont une centaine à partir de navires. Y a-t-il toutefois des ratés ? Oui, le Spiegel Grove aurait presque pu en faire partie d’ailleurs s’il n’avait pas reçu le coup de pouce providentiel des forces de la nature…

L’une des défaites les plus cuisantes issue de la frénésie américaine de création de récifs artificiels se situe à Fort Lauderdale (Floride). Le passage répété d’ouragans dans la région a transformé les fonds marins en cimetière à pneus ! Environ 2 millions, fixés au fond dans les années 70 pour former un récif artificiel compact, se sont éparpillés sur 17 hectares abîmant les récifs coralliens et venant s’échouer comme des déchets sur les plages : un désastre écologique pourtant issu d’une bonne intention…

Maintenant, quid des substances dangereuses ? Lesquelles sont à craindre ? En dehors de l’amiante, nous avons vu que PCB et métaux lourds étaient toxiques. Ils sont tristement célèbres pour parvenir à contaminer chaque maillon de la chaîne alimentaire marine. Les PCB se sont particulièrement accumulés en Arctique et s’installent durablement dans les tissus des poissons et des mammifères (phoques, baleines, orques, ours polaires). A haute dose, ils peuvent entraîner – y compris chez l’homme – cancers, baisse des défenses immunitaires, affecter le cerveau, les yeux, le cœur, les reins, le foie, la thyroïde, la reproduction, etc. Quant aux métaux lourds – plomb, cadmium, cuivre, mercure, arsenic, etc. -, ils n’ont rien à envier aux PCB car eux s’attaquent notamment au systèmes nerveux (mais pas uniquement) et peuvent également provoquer des cancers.

Montrer patte blanche

L’Agence de Protection Environnementale (EPA) des Etats-Unis donne ainsi des directives précises concernant la préparation des navires destinés à devenir des récifs artificiels. L’Oriskany, 278 mètres de long, a été racheté par les autorités américaines qui envisagent en 2004 d’en faire un récif artificiel. Il leur a fallut suivre ces fameuses recommandations à la lettre et identifier les matériaux dangereux…

Pétrole, combustibles, et déchets de ce genre ont tous été vidés en 2004. L’amiante a été en partie seulement retiré, comme toutes les peintures parties en lambeaux. Débris et objets non fixés qui auraient pu flotter, éléments polluants (antigel, mercure, liquide de refroidissement, batteries, extincteurs) ont tous été bien entendu supprimés. Le matériel comprenant des liquides à PCB – transformateurs, condensateurs, équipement électronique – a été enlevé. Cependant, certains éléments solides contenant des PCB sont restés à bord (317 kilos d’équipement au total) car il était, selon l’US Navy, impossible de faire autrement sans quoi, il aurait fallu le démanteler complètement… Il s’agit de  câbles, peintures, matériaux isolants, feutrage de joints. La Navy a eu à démontrer à l’EPA que ces éléments ne poseraient pas de problèmes ‘déraisonnables’ pour la santé et l’environnement.

Une étude a donc été réalisée. Des échantillons de différents types de matériaux présentant des PCB solides ont été placés dans de l’eau de mer soumise à des condition similaires à celles rencontrées en profondeur et en eau peu profonde. Cette eau a ensuite fait régulièrement l’objet de tests afin d’analyser la concentration en PCB.

L’épave du Titanic (-3750 m) est-elle éternelle ?

Titanic Ghosts of the Abyss

(Question posée dans le livre publié en mars 2010 Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ?)
Non hélas. Tout comme Millvina Dean, dernière survivante du naufrage qui s’est éteinte à 97 ans le 31 mai 2009, le paquebot mythique est amené à disparaître.
Petit retour en arrière. Le 10 avril 1912, propriété de la White Star Line, le rutilant R.M.S. Titanic, long de 269 mètres, quitte Southampton en Angleterre pour Cherbourg, Queenstown, puis entame son voyage inaugural sur l’Atlantique Nord. Le 14, informé de la présence d’icebergs par d’autres navires, le Commandant Edward Smith décide de naviguer plus au sud. La température avoisine 0°C. La nuit est claire, la mer d’huile.
Mais vers 23h40, un léger brouillard masque le danger : un monstre de glace de 30 mètres ! Trop tard, la coque est fendue sur tribord. A 3h20, séparées, la proue et la poupe ont déjà fait leurs adieux à la surface. 4h10, le Carpathia repêche le premier canot de rescapés, 8h30, le dernier. A peine plus de 700 personnes seront sauvées.

Proue du Titanic

Le 1er septembre 1985 – soit 73 ans plus tard – une équipe franco-américaine dirigée par le géologue américain Robert Ballard localise enfin l’épave. « L’insubmersible Titanic » gît sur le sable dans le noir par 3750 mètres de fond. Selon les estimations des microbiologistes canadiens Dennis Cullimore et Lori Johnston, des bactéries en dévorent chaque jour 300 kilos, tout en fer !
Résultat de cette activité ? 650 tonnes de rusticles (sortes de stalactites couleur rouille issus d’un phénomène d’oxydation) sur plus de 80% de la coque. Les ponts ne pourront le supporter très longtemps. A ce rythme là, les deux parties du Titanic devraient s’effondrer vers 2028. Dans 300 ans, il n’en restera plus rien…

PCB à la loupe

Les résultats des dosages ont été saisis dans un nouveau modèle informatique appelé PRAM (‘Prospective Risk Assessment Model’) basé sur plusieurs données : la quantité et le type de produits PCB restés sur l’Oriskany, le taux de lessivage des PCB, les organismes marins qui vivront probablement sur l’épave. Tout ça dans un seul et unique but, prévoir la quantité de PCB à laquelle seront exposés les gens, les végétaux et les animaux sur le récif artificiel.

Pour les premiers, la Navy l’a estimée en utilisant les concentrations de PCB prévues par le PRAM ainsi que les résultats provenant d’enquêtes sur les expositions liées à la plongée et la pêche avant l’arrivée de l’Oriskany. Elle l’a ensuite comparée aux expositions accompagnées d’effets sur la santé citées dans la littérature scientifique. Conclusion,ni les plongeurs ni la consommation de poissons prélevés dans les parages par les pêcheurs de loisirs ne devraient être menacés par ces quantités de PCB.

A propos de la faune marine, l’intoxication peut se faire de deux façons, par la présence élevée de PCB dans l’eau et les sédiments et par la contamination des plus petits organismes – le plancton – alimentant coquillages, crustacés, petits poissons, etc. qui eux-mêmes sont consommés par les plus gros poissons, les oiseaux marins, les tortues et les dauphins. La boucle est bouclée ! Mais la Navy se veut là aussi rassurante… A l’aide du PRAM, elle a estimé les concentrations de PCB présentes, avec le temps, dans l’eau, les sédiments et la faune marine. Elle les a comparées aux études scientifiques disponibles sur le sujet afin de savoir si de telles concentrations pouvaient affecter la croissance, la reproduction et la survie des espèces. Il a été finalement montré que l’existence de la faune marine ne devrait pas être gravement perturbée dans le futur par la présence de ces PCB.

Tout le monde n’est pas d’accord

Mais certains scientifiques, ainsi que des associations écologistes estimant que l’Oriskany contient encore 890 tonnes de produits toxiques, s’inquiètent : comment réagiront ces substances aux cyclones à répétition connus pour frapper chaque année la Floride ? Ils se demandent aussi à quoi ressemblera l’épave dans 50 ou 100 ans. Pour l’EPA, tout est OK – l’US Navy, qui a dépensé 13,29 millions de dollars pour répondre à ses exigences environnementales, a su se montrer convaincante… – et le feu vert a été donné.

Le 17 mai dernier, l’Oriskany disait adieu à son passé et se tournait vers de nouvelles aventures sous-marines. En 37 minutes, l’opération était faite au grand désespoir de GreenPeace dont les représentants se plaignaient de l’EPA et de l’exception accordée à la Navy concernant la présence de PCB à bord du navire… En 2001, voyant que la Navy avait de plus en plus de coques à éliminer, l’EPA a gonflé le taux maximum de présence de PCB tolérés dans les matériaux solides d’une future épave de 2 parties par million à 50, ce qui a ainsi permis de saborder le Spiegel Grove à Key Largo…

Sur l’Oriskany, au large de Pensacola, les premiers plongeurs découvrent cette épave hors du commun et les clubs ne désemplissent pas. Des experts ont estimé que cette attraction dont la mise en place aura coûté au total 19 millions de dollars devrait rapporter environ 92 millions de dollars par an au Comté d’Escambia (Floride) ! Et l’US Navy ne compte pas en rester là. Le bruit court qu’elle aurait 8 autres projets de ce genre pour des navires en fin de vie, de quoi faire de belles économies compte tenu des sommes à dépenser pour les démanteler. C’est aussi le problème auquel se heurte la France. Ni elle, ni l’Europe ne possèdent les infrastructures qui leur permettraient de désosser les très gros navires, voilà pourquoi ils sont envoyés en Asie (en Inde, au Bangladesh ou au Pakistan).

Continuons à rêver

Côté écologie, nous avons à présent un rapide aperçu des problèmes posés d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique. Aperçu qui conduit à cette interrogation : les Américains, très à l’écoute de la communauté des plongeurs, ne seraient-ils pas un peu trop tolérants à l’égard des matières polluantes et un soupçon trop motivés à l’idée de reconvertir, à tour de bras, tout ce qui traîne en récif artificiel ? A l’inverse, les Français, si attachés au développement durable et à l’environnement, ne seraient-ils pas un peu trop fermés aux idées neuves et pas assez conscients du potentiel économique (voire des valeurs écologiques qu’elle peut véhiculer) de la plongée qui ne demande qu’à s’épanouir dans notre pays ?

L’importance du site

Bien entendu, le choix du site est primordial dans l’implantation d’un récif artificiel. S’il est souvent réalisé sur des fonds meubles où la faune marine n’est pas très abondante, d’autres éléments clés sont à prendre en considération. La structure du récif doit pouvoir être stable, d’autant plus s’il s’agit d’une épave qui fera l’objet de visites fréquentes des plongeurs. Sécurité d’abord !
Les courants marins seront donc étudiés avec attention. Evidemment, un récif artificiel se doit d’être accueillant pour les principaux intéressés, les poissons, et regorgée d’abris à la manière de ceux qui font le relief des récifs naturels. Autre élément important dans le cadre des épaves, la profondeur d’où cette question à se poser : veut-on créer une épave accessible au plus grand nombre des plongeurs, ou aux plus expérimentés uniquement ? Enfin la qualité de l’eau n’est pas négligeable, et en particulier une bonne visibilité, luxe apprécié des plongeurs, mais pas si nécessaire lorsqu’il s’agit de redynamiser un secteur pour la pêche… En conclusion, tout dépend de l’objectif que l’on souhaite atteindre en créant le récif artificiel.

Si nous voulons nous aussi un jour plonger dans nos eaux sur un récif artificiel digne de l’Oriskany – et mieux, de notre fidèle Clémenceau toujours à l’agonie à Brest mais qui mérite bien de servir encore la France d’une si belle façon, ou plus modestement, de la légendaire Calypso – l’idéal serait certainement de trouver un juste milieu entre ses deux positions extrêmes…

Reste la question de la sécurité des plongeurs, sous la responsabilité de l’Etat, si un tel projet voyait le jour chez nous. Justement, l’Etat Français n’est pas prêt à endosser les conséquences de possibles accidents. Voilà encore quelque chose qui lui fait peur et sans doute les autorités ont-elles raison ! Car les plongeurs que nous sommes sont-ils tous suffisamment raisonnables pour ne pas dépasser les limites qui les conduiraient tout droit à la catastrophe sur une épave de cette envergure ?

C’est peut-être aussi à nous de prouver que nous sommes capables d’adopter des modes de plongée responsables, pourquoi pas par l’adoption d’une charte à l’image de celle du plongeur responsable proposée par l’association Longitude 181 ? La route est longue, les problèmes multiples mais pas impossibles à résoudre car, allez franchement, le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

Voler… dans l’eau, grâce à l’ARSBC au Canada

Dans le genre dynamique, les membres de l’ARSBC – Artificial Reef Society of British Columbia – installée à Vancouver en Colombie-Britanique (CB) au Canada, ont de l’énergie à revendre ! Leurs missions, ils les décrivent ainsi : « promouvoir l’activité économique dans les environs des récifs artificiels, promouvoir les technologies et procédures nécessaires à la création de récifs artificiels sécurisés et respectueux de l’environnement, promouvoir l’usage de récifs artificiels pour minimiser l’impact de la plongée de loisirs sur les épaves historiques et les sites à l’écologie fragile, suivre l’évolution de tous nos récifs artificiels en terme d’impacts environnementaux et de sécurité des plongeurs ».
Des arguments en béton pour convaincre les plus septiques de l’utilité de reconvertir de vieux navires en récifs artificiels, non ? En tous cas, depuis 1991, l’ARSBC en a déjà sept à son actif et le dernier, immergé le 17 janvier dernier pourrait bien vous donner l’envie de sauter dans le premier avion, destination Chemainus sur l’île de Vancouver. Allez, voici de quoi vous donner l’eau à la bouche : n’avez-vous jamais rêvé de plonger sur une épave… ‘exotique’ dirons-nous ? Si c’est le cas, l’ARSBC vous a concocté la plus aérienne des plongées : la découverte du Xihwu, Xihwu étant le nom local d’un oursin rouge qui vivait autrefois en abondance sur les lieux et représentait une ressource alimentaire importante pour la population de la région. Original pour un Boeing-737 ! Eh oui, il s’agit d’un vieux coucou construit dans les années 70, qui pèse 15 tonnes pour une longueur de 30 mètres. Après l’inspection finale des experts du Ministère de l’Environnement Canadien, un permis a été délivré à l’ARSBC.
L’avion a donc été préparé par de nombreux plongeurs volontaires puis coulé en début d’année, évènement qui a suscité l’intérêt de la célèbre chaîne Discovery Channel et fera l’objet d’un reportage pour la série ‘Mega Builders’. Autre chose de très positif dans cette aventure, le choix du site. Ça fait bien longtemps que la vie y a presque intégralement disparu, étouffée par des années de rejets polluants, de détritus issus de l’industrie forestière et de surexploitation halieutique. Le Département Canadien des Pêches et des Océans, qui a donné son aval sur ce projet, espère bien voir la zone ‘se ragaillardir’. D’ailleurs, elle tient à suivre de près le programme de surveillance biologique que s’est engagé à mener l’ARSBC.
Sur ce, « le tourisme de plongée se développe rapidement en Colombie-Britannique » se réjouit Howard Robins, président de l’ARSBC qui déplore cependant un soutien financier insuffisant de la part des autorités de la région par le passé. « Bien que le Ministère du Tourisme de CB ait contribué à hauteur de 120 000 $ à la promotion du tourisme de plongée il y a 10 ans, rien n’a été fait depuis » précise-t-il. Ce temps là semble révolu puisqu’une apparition remarquée de l’ARSBC au DEMA Show (présence soutenue par l’office du tourisme de l’île de Vancouver) en octobre dernier, ainsi que la renommée à présent mondiale de cette association à but non lucratif a changé la donne… Un tel succès a fini par convaincre le Ministère du Tourisme de CB qui devrait lui verser 50 000 $ par an dans les 10 prochaines années (l’ARSBC comptant jusque-là sur les subventions du Ministère de la Diversification de l’Economie de l’Ouest Canadien). Preuve que rien n’est impossible lorsqu’on sait se montrer persévérant pour une bonne cause !

 Plongée de simulation de mission sur un astéroïde :  Comex (France)

 

Récifs artificiels : des retombées écologiques et économiques en France

Googlearth

Les récifs artificiels, peu importent leurs formes – épaves, structures en béton, etc. – ne sont pas là pour amuser les plongeurs, enfin dans un premier temps… Et ça, les Japonais l’ont compris dés le XVIIIe siècle ! A cette époque, ils avaient constaté que l’immersion de bambous semblait avoir un côté très attractif sur les poissons. Les pêcheurs nippons étaient ravis bien sûr car ils étaient les premiers bénéficiaires de ce regain de vie marine providentiel. Il ne restait plus qu’une chose à faire : ne pas s’arrêter en si bon chemin.
Et les Nippons, si friands des produits de la mer, ont poursuivi dans la démarche, commençant à couler de vieux navires, peu coûteux et résistants dans le milieu marin. Ils sont à l’origine de nombreux développements de matériaux spécifiques et adaptés aux besoins des récifs artificiels. De plus, ils n’hésitent pas à mettre le prix… Aujourd’hui, ils bénéficient en effet de 20 millions de m3 de récifs artificiels, avec, entre autres, pas loin d’un milliard d’euros investis entre 1994 et 2000 ! Leaders mondiaux en matière de création de récifs artificiels, loin devant les Américains (20000 km² en surface couverte), leur objectif principal vise surtout à accroître la productivité en biomasse pour la pêche commerciale, alors qu’aux Etats-Unis, où la pêche sportive et la plongée sont deux loisirs très prisés, on cherche avant tout… le plaisir à l’état pur. Canada et Australie sont aussi dans le peloton de tête, pour les mêmes raisons que les Américains : le développement du tourisme par le biais de la plongée. Voilà pour la petite histoire.
Mais comment les récifs artificiels peuvent-ils attirer une telle faune ? S’ils sont bien pensés, bien conçus et bien gérés par la suite, c’est simple : chaque cm² de leur surface représente un support de fixation potentiel d’abord pour les microorganismes puis les organismes sessiles -algues, anémones, bivalves, oursins, éponges, ascidies, vers, etc.-, chaque anfractuosité est une cachette idéale, et pas seulement pour les crustacés ou les poulpes… De tels abris dans le récif offre également le logis aux poissons benthiques. Là, ils peuvent s’abriter, se reproduire et même laisser grandir leur progéniture dans ces nurseries d’un nouveau genre. La faune fixée permet de remplir l’estomac de tout ce petit monde qui, à son tour à l’heure des repas, attire les « gros », les pélagiques.
Carte BingAinsi, du plus petit maillon de la chaîne alimentaire marine jusqu’aux prédateurs situés au sommet, tout le monde y trouve son compte… Dans un second temps évidemment, ces hôtels marins présente un intérêt ludique indéniable pour les plongeurs curieux. Ils y trouvent leur lot de sensations fortes et d’émerveillement, ne serait-ce qu’à y découvrir les superbes murènes raffolant des épaves. En somme, en plus d’offrir la possibilité aux invertébrés et aux poissons de coloniser un site autrefois déserté ou dégradé, de redonner un nouveau souffle au secteur de la pêche artisanale locale ravagée par des années de mauvaise gestion, voire de protéger un milieu en aval (zones à posidonies, etc.) de la pêche industrielle au chalut dans la bande des 3 milles, ces écosystèmes artificiels génèrent des revenus en tant qu’attraction touristique ! Un avantage écologique, doublé d’une aubaine économique ? Que demander de plus, franchement ?

 

 

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