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Champollion, le génie des hiéroglyphes

Portrait Jean-Francois_Champollion par L. Cogniet (1831)Génies de la musique, des sciences, des lettres… Jean-François Champollion est de ces derniers, un prodige des langues au caractère bien trempé. Fasciné par la civilisation égyptienne, il usera toute sa vie de cette prédisposition pour résoudre une énigme pharaonique : le déchiffrage des hiéroglyphes. Preuve que patience et longueur de temps font plus que force ni que rage !

Petit dernier d’une famille nombreuse, Jean-François Champollion naît en 1790 dans le Lot à Figeac. L’année de la découverte de la Pierre de Rosette, il n’a que 9 ans, âge auquel il s’initie au latin puis au grec. Supporter de tous les instants, Jacques-Joseph, son frère de 12 ans son aîné, finance ses études. Pourtant, le jeune surdoué au caractère bien trempé a parfois du mal à se soumettre à l’autorité fraternelle… comme aux contraintes scolaires. Seul il se sait capable de soulever des montagnes !

La Pierre de Rosette

Place des ecritures à Figeac1,12 m de haut, 76 cm de large et 28 d’épaisseur : ce bloc de granite noir est remarqué en juillet 1799 par le lieutenant Pierre-François Bouchard durant la campagne de Napoléon en Egypte, dans la ville de Rachïd sur un ancien site de fortification turque. Directement expédiée à l’Institut du Caire, elle reste indéchiffrable !
Seule certitude, ses 3 textes rédigés en 3 écritures différentes (grec, démotique et hiéroglyphes correspondant à la langue égyptienne) signifient certainement la même chose. Grâce au grec qu’ils parviennent facilement à traduire, les experts comprennent qu’il s’agit d’un décret de l’époque de Ptolémée V (196 av J-C).
Une copie des écrits est réalisée en 1800 pour faciliter la multiplication des études par les savants. Les Anglais qui avaient vaincu Bonaparte en 1801 s’en emparent. Elle se trouve donc au British Museum de Londres depuis 1802.

 

A l’époque de Champollion, la brillante civilisation d’Egypte Ancienne, apparue vers -3300 avant notre ère, s’est éteinte depuis 14 siècles ! 

Obélisque de Louxor Place de la Concorde à ParisAmoureux des livres (un père libraire !), il apprend hébreu, arabe, syriaque, araméen. En 1802, Jacques-Joseph, lui-même passionné d’archéologie et d’Egypte est nommé secrétaire particulier de Joseph Fourier, préfet de l’Isère qui a dirigé la partie scientifique de l’expédition d’Egypte de Bonaparte.

Le copte

Dés 1805, Jean-François se lance un nouveau défi, le copte encore parlé en Egypte… En 1807, il présente un essai sur la description géographique de l’Egypte avant la conquête de Cambyse à l’Académie des Sciences et des Arts de Grenoble dont il devient membre. En 1809, il part étudier à l’Ecole des Langues Orientales de Paris. Son flair lui laisse entrevoir un lien entre celles-ci et le copte qu’il suppose être une clé de l’énigme. L’ennui, c’est qu’il manque de bases… Qu’à cela ne tienne !

Il produit 2 précis de grammaire et un dictionnaire. Il écrit à son frère : « je ne rêve que copte, égyptien… je suis si copte que pour m’amuser, je traduis en copte tout ce qui me vient à la tête ! ». D’ailleurs, étudiant de vieilles hypothèses plus ou moins plausibles, notamment celles du jésuite Athanasius Kircher (XVIIe siècle) et de l’abbé Barthélémy (1761), il se fait déjà sa petite idée sur l’écriture égyptienne.

Selon lui, le copte dériverait du langage parlé au temps de l’Egypte Ancienne et les hiéroglyphes auraient certainement un caractère phonétique. Un an plus tard, il est nommé professeur d’histoire ancienne à la faculté des lettres de Grenoble où travaille Jacques-Joseph comme enseignant de littérature grecque.

La fin des hiéroglyphes

Au Caire le sphinx devant la pyramide de Khéphrenhiero_B1 hiero_A22 hiero_G1 hiero_17The Gold Mask of Tutankhamun

Pour les Egyptiens, l’écriture maîtrisée par les très respectés scribes devait servir les Dieux et les Pharaons. Dans un premier temps, ils utilisaient le hiératique pour les affaires administratives, commerciales, religieuses, et les textes à caractère littéraire ou scientifique.

Au VIIe siècle av. JC, le hiératique est remplacé officiellement par le démotique que l’on retrouve souvent sur papyrus. A base de logogrammes (1 signe=1 mot), 24 phonogrammes (1 signe consonne =1 son) et de déterminatifs (signes permettant la classification d’un objet ou d’un concept), le démotique sera utilisé plus de 4 siècles. Le copte, lui, est né au 3e siècle.
Il utilise 24 caractères de l’alphabet grec et 7 du démotique. La christianisation de l’Egypte un siècle plus tard contribue à le développer à des fins religieuses. Mais la conquête musulmane à partir du VIIe siècle entraînera son déclin au profit de la langue arabe et l’écriture islamique…

La course

Le rapprochement des frères Champollion avec Napoléon leur vaut, à sa chute, une exile à Figeac entre 1816 et 1818. Eloigné des grandes bibliothèques, Jean-François continue son labeur avec comme sources de travail, de médiocres reproductions des textes de la pierre de Rosette qu’il étudie depuis une petite dizaine d’années. En 1818, il épouse Rosine Blanc de laquelle il aura une fille en 1824, et expose son mémoire ‘Quelques hiéroglyphes de la pierre de Rosette’ à l’Académie de Grenoble.

Napoleon_par E.Detaille à Toulon (1793)Retour à Paris en 1820 auprès de son frère devenu secrétaire particulier de Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Craint en politique, Jean-François qui, durant les Cent Jours (dernière période de règne de Napoléon en 1815) s’était illustré avec ses écrits peu flatteurs sur les ultra-royalistes dans les Annales de l’Isère, anime le Cercle Républicain de l’Union et participe à une manifestation étudiante anti-monarchique en mars 1821.

Activités qui ne l’écartent pas de son objectif : les hiéroglyphes. Thomas Young est son plus grand rival. Dés 1814, l’anglais pressent que les cartouches – ces sigles enfermés en groupe dans une forme ovale – doivent représenter des noms propres. Ackerblad et Sylvestre Sacy identifient justement les hiéroglyphes du nom Ptolémée…

Voyage d’une vie

Le scribe au musée du Louvre

Buste de Champollion au musée du Louvre

Champollion reprend tout ça ainsi que le cartouche de Cléopâtre présent sur l’obélisque de Philae. Il identifie 5 lettres communes (P, T, O, L, E) avec celui de Ptolémée. Un pas est franchi… En 1821, Champollion compte 486 mots dans le texte grec alors que l’égyptien comporte 1419 hiéroglyphes utilisant 166 figures différentes. Eureka : un hiéroglyphe ne peut donc pas correspondre à une seule idée et les 166 figures ne peuvent pas représenter 166 sons différents !

En septembre 1822, en traduisant les cartouches royaux de Ramsès et Thoutmosis relevés en Nubie, il en déduit définitivement être en présence d’une écriture plus qu’alphabétique mais phonétique –faite de rébus- et idéographique, « c’est-à-dire peignant les idées et non les sons d’une langue » comme il l’explique dans sa célèbre Lettre à M. Dacier.

En 1824, il publie une ‘compilation’ sur les noms de Dieux et rois égyptiens et part à Turin jusqu’en 1925 étudier la collection d’antiquités égyptiennes d’Italie. Conservateur au Louvre en 1826, il lui faut patienter un an pour assister à l’ouverture du musée Charles X uniquement consacré à sa passion. Le temps pour lui d’échafauder les grandes lignes de son désir le plus cher : une expédition en Egypte !

Il part en 1828 et s’octroie 17 mois de hiéroglyphique bonheur… à s’émerveiller devant les œuvres pharaoniques, noter, traduire, et reproduire le moindre hiéroglyphe. Il n’en perd pas une miette. L’œuvre ‘Les Monuments de l’Egypte et de la Nubie’ qui rassemble en 4 volumes ses notes de voyage sera publiée grâce aux efforts de son frère en 1835, bien après la mort de Champollion (4 mars 1832). Bel héritage et excellentes bases de départ pour l’égyptologie, cette nouvelle science…

 

 

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