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Australie : gare à Irukandji !

Comme le grand requin blanc sur les plages d’Afrique du sud, elle sème parfois la terreur en rôdant parmi les baigneurs, plongeurs et surfeurs du nord-ouest de l’Australie. Elle ? Transparente, à peine 2 cm de large, on l’appelle Carukia barnesi. C’est la cuboméduse Irukandji, qui envoit chaque année plus d’une centaine de personnes à l’hôpital…

En Australie, on connaît ces petites méduses à la forme cubique depuis le début des années 50. Elles font déjà des ravages à l’époque. Excédé, en 1964, le docteur Jack Barnes se jette à l’eau. En combinaison, il passe des heures à traquer la “bête”, responsable du syndrome Irukandji, et la rencontre enfin, là, sous son masque… Sans hésiter, le médecin, son fils et un sauveteur, s’y frottent… puis s’y piquent ! Direction l’hôpital, quelques bobos et la satisfaction d’avoir enfin identifié l’auteur des crimes qui portera le nom du “Doc” (il méritait bien ça !) : Carukia “barnes”i.

Une grande famille

A ce jour, les scientifiques estiment que 5 espèces de cuboméduses de la famille des carybdeidae – dont Carukia barnesi – et 2 autres, plus grosses, les chirodropidae, sont associées au syndrome Irukandji. Toutes errent au gré des courants le long de la Grande Barrière de corail, mais aussi sur la côte ouest, entre novembre et mai le plus souvent. Elles peuvent également se mouvoir, et plus encore au moment de leur développement…

En effet, l’oeuf, flottant dans l’eau, évolue en larve nageuse, appelée planula. Au bout d’un certain temps, cette dernière se pose sur le fond, et devient un polype fixé à un support, de la même façon que les coraux. Lors d’un dernier stade, il se transforme enfin en méduse. La “petite bête” transparente se retrouve à nouveau libre dans l’eau, où son venimeux destin l’attend…

Les carybdeidae ne mesurent pas plus de 2 cm. Elles ont 4 tentacules de 50 cm de long. Chacun, à chaque coin de la cloche cubique, est urticant. Mais ces méduses sont de “petites joueuses” face aux chirodropidae, dont la féroce Chironex fleckeri, 30 cm de haut et 60 tentacules de plus de 2 m ! Attention, il y a près de 3 millions de nématocystes (cellules urticantes) par centimètre de tentacules, qui sont munies d’un minuscule harpon. Ce dernier s’enfonce dans la peau au moindre contact, et injecte un venin paralysant. Peu de proies malheureuses parviennent à en réchapper …

2002, un bilan épineux

En 2002, les rencontres de cuboméduses se sont soldées par 120 hospitalisations, dont une pour le touriste français Robert Gonzalez, et deux décès par hémorragie cérébrale. Ce qui porte aujourd’hui le bilan à 67 victimes depuis 1883. Heureusement, se “frotter” à une cuboméduse n’est pas toujours fatal, mais le diagnostic reste difficile à établir…

Le tableau classique du syndrome Irukandji de Carukia barnesi est le suivant : dans les premières minutes, une minuscule trace de la cloche de la méduse peut apparaître sur la peau (rarement celle des tentacules). Puis, dans la demi-heure, des douleurs naissent par vague dans le bas du dos, alors que des crampes envahissent tous les membres. Des spasmes tétanisent les muscles intercostaux. La victime, anxieuse, est en sueur; elle souffre de maux de tête épouvantables liés à une augmentation de la pression artérielle.

En plus des nausées et vomissements, les palpitations cardiaques apparaissent avec une augmentation de la fréquence respiratoire. Moins fréquemment, la victime est atteinte par le syndrome sévère : un oedème pulmonaire se forme, alors que la masse cardiaque se dilate et l’augmentation de la pression sanguine est telle qu’elle entraîne un accident vasculaire cérébral, donc la mort…

Enfin un remède?

Jusqu’à présent, le premier soin consistait à jeter du vinaigre « à grande eau » sur la blessure… Mais de récentes analyses en labos sur des porcs ont révélé que le venin stimulait la libération de noradrénaline. Cette hormone, proche de l’adrénaline, a tendance à accélérer le rythme cardiaque et augmenter la pression artérielle. Le Dr Michael Corkeron, à l’hôpital de Townsville, a eu l’idée d’utiliser le magnésium, déjà prescrit dans des pathologies mettant en cause l’hormone. Après l’avoir testé sur des cochons, il l’a expérimenté fin janvier sur deux victimes.

L’une d’entre elle, une plongeuse de 27 ans, explique qu’elle a reçu trois injections de morphine sans que l’atroce douleur ne la quitte. « J’avais l’impression de faire une attaque cardiaque » confie-t-elle à la presse australienne. Au bout de cinq heures, lorsque le syndrome était clairement identifié, elle reçut une injection de magnésium. « 5 minutes après l’injection, la douleur avait fortement diminué ! Je ne ressentais plus qu’une fatigue musculaire semblable à celle qui suit une séance d’aérobic… » se souvient-elle soulagée.

Soulagées, les autorités le sont moins car ce fléau représente un frein au tourisme. Pour éviter la menace sur les baigneurs, elles n’hésitent pas à tout mettre en oeuvre. Des filets à mailles très fines sont déjà expérimentés sur certaines plages. Quant à l’Institut Australien des Sciences Marines, il vient de toucher la somme de 100 000 dollars pour un programme de recherche génétique sur les cuboméduses. Objectif à terme : produire un anti-venin efficace quelque soit l’espèce…

La réussite récente dans la reproduction en aquarium d’Eric Mitran d’une part, et des biologistes de l’Université de James Cook d’autre part est encourageante pour cette voix : « être capable d’élever la cuboméduse Carukia barnesi est une grande avancée dans les recherches sur le syndrôme Irukandji ! » insiste Lisa-ann Gershwin, une spécialiste. En effet, les quelques centaines de cuboméduses récupérées grâce au simple hasard ne suffisent pas à alimenter les laboratoires.

Il faudrait au moins travailler sur 10 000 à un million d’individus pour espérer des résultats. « Les spécimens élevés en captivité aideront les chercheurs à développer un anti-venin, à étudier les toxines de la méduse pour des études pharmaceutiques et travailler sur des techniques de diagnostic rapide pour les piqûres d’Irukandji » confie la biologiste. Un espoir donc…

Article publié dans le magazine Apnéa en 2007

Encadré

Un français dans la course

Eric Mitran, un biologiste marin français qui a fait ses « armes » au Centre d’Océanologie de Marseille, s’est installé en Australie à Airlie Beach. Bien qu’étranger, il a très vite acquis une certaine notoriété en la matière dans le pays, et travaille en étroite collaboration avec les chercheurs australiens. Fasciné par ces créatures énigmatiques, il est sur tous les fronts et est même parvenu à les élever en aquarium ! La saison 2003 a été fructueuse pour le scientifique : il a récolté plus de 300 individus et mené des travaux dans le but de mettre au point un produit répulsif « basé sur l’utilisation des huiles essentielles en Afrique » confie-t-il… Un projet sérieux qui commence à voir le jour et qui viendra compléter la protection la plus sûre actuellement : une épaisse combinaison en lycra.

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2 comments

  1. Chaima

    La Méduse Irukandji est une petite méduse de 2 à 3 centimètres de diamètre dont les piqûres provoquent le Syndrome d’irukandji qui peut étre mortel . Elle vit le lond de certaines côtes Australiennes.
    Ses filaments venimeux mesurent jusqu’à 1m, un contact avec ses miniscules fils invisibles peut provoquer des douleures insupportables qui durent des semaines,

    (Note de MerseaPlanète : Chaima, votre commentaire a été déplacé ici sous l’article correspondant à la photo)

  2. Pierrette GORON

    Nous venons de faire un voyage en AUSTRALIE (du 07-11 au 19-11-2016) . Cauchemar, je suis rentrée seule en France. Nous terminions notre voyage par une plongée simple, plage Michaelmas cay grande barrière de corail. Nous étions un groupe de 21 personnes avec 1 guide Français qui travaille en Australie.
    Ce jour là mon époux et une dame du même groupe sont morts, exactement à la même heure.
    Crise cardiaque selon les sauveteurs. Notre AGENCE e-australie en France ose dire qu’il n’y a pas de méduse sur cette plage… A ce jour 27-12-2016 n’avons aucun résultat d’autopsie.
    Nos familles respectives pensent que le décès de nos proches a pu être causé par cette méduse Irukandji.
    SAURONS NOUS UN JOUR LA VERITE…

    Même si le pourcentage de morts est très faible par rapport aux millions de touristes qui se rendent sur les plages dans le Queensland, c’est horrible. Il y a un enjeu financier important pour les agences de voyage…ALORS SILENCE.

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