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AU SECOURS, LA MER LE NOIE !

Noyade en plongée (Crédits Caroline Lepage)

« Nooon ! » hurle-t-il en silence, luttant pour échapper à ce sort effroyable qui se déroule sous vos yeux. Toujours pas de réaction ? MerseaPlanète raconte l’apocalypse car personne n’est à l’abri de la noyade, pas même le (la) plongeur(se) chevronné(e)…

Profiter des joies de la mer pendant que quelqu’un se noie devant vous et ne pas lui porter assistance, ça ne pourrait pas arriver ? La preuve que si ! Comme insistait l’excellent Surf-Prevention dans un récent article : la noyade ne ressemble pas à une noyade. Regarder un être humain sombrer sans lui tendre une main, un cauchemar éveillé…

Il ne fait pas le clown, il meurt

Ce baigneur ou ce plongeur en train de « plonger pour de bon », vous ne réalisez pas qu’il n’est pas en train de faire le clown pour vous amuser ? Il se bat pour essayer de rester en surface. Vous ne le voyez pas gesticuler en l’air dans tous les sens, certes. Vous ne percevez pas les battements de son cœur s’accélérer ainsi que sa respiration à chaque fois qu’il coule plus bas, toujours plus bas. Certes.

La piscine

 

Entre parenthèses – inattendues, mais tout à fait dans le t(h)on – il y a pire : « l’homme est un requin pour l’homme » (version aquatique de celle avec le loup). Dans la piscine, un être humain devient le bourreau d’un autre. Et le noie, comme la mer… De ses propres mains, dans le noir et à l’abri des regards, avec un sang froid qui glace ! D’excellents acteurs et une noyade filmée par l’oeil de la caméra…

 

Vous n’entendez aucun son sortir de sa bouche lorsqu’elle parvient un instant à refaire surface. Elle tente d’attraper une minuscule bouffée d’air, peut-être sa dernière goutte de vie. Pendant que le corps sombre dans les abysses, celui qui lance des cris sourds pour ne pas rester muet et faire acte de résistance, c’est le cerveau. Comment je le sais ? Je l’ai vécu ! Et je me suis toujours dit qu’il fallait le raconter, le moment venu…

Homme-poisson, mon œil…

Raie pastenague (Crédits Caroline Lepage)J’aime l’eau, peux y rester des heures en snorkeling, en quête d’une étoile rouge, d’un oursin ou d’un hippocampe dans mes chères posidonies en Méditerranée, du brave petit Némo toujours fier dans son anémone du Pacifique, etc. De loin, je semble faire partie de la communauté des mordus de plongée, celle où l’on tente de vous faire croire que les plongeuses sont des sirènes… L’image est « bien gentille » mais trompeuse. Nous ne sommes pas encore des poissons.

Baigneurs, pêcheurs, plongeurs, même combat : tous égaux devant le risque de noyade ! C’est ainsi que j’ai failli disparaître au Mexique en 2009, au début de mon séjour et au cours de l’une de mes premières promenades sous-marines dans le jardin de corail du coin.

Poissons (Crédits Caroline Lepage)

Après des heures de vol, depuis Paris, mon binôme arrivait « souffreteux » (un coup du virus H1N1… chopé à Paris, pas à Cancun, il faut le préciser, le mal n’arrivant pas forcément de là où la majorité le désigne).

Je trépignais d’impatience d’aller voir ce qui se cachait sous la surface. Mais lui connaissait trop bien le papillon assoiffé de découvertes que je suis une fois immergée. Et tant qu’il était dans cet état, refusait de me laisser partir seule. Je savais pertinemment qu’il avait raison et que c’était plus sage, d’autant plus que la houle était importante.

Le jardin de corail, ce traitre ?

Après deux jours à brasser du vent au bord de la piscine de l’hôtel, je ne tenais plus en place. Je n’avais que crabes, calmars, éponges, gorgones, coraux, requins et tortues en tête ! Le malade finit par capituler. J’avais pour ordre de rester dans une zone circonscrite, là où les vagues de l’océan était arrêtée par une barrière de rochers. Parents et enfants profitaient du calme apparent de cette sorte de lagon artificiel d’eau de mer délimité, vers l’extérieur, par de grosses patates de corail.

Il suffisait de nager jusqu’à elles, se faufiler entre, prendre le temps de les contempler tout en se laissant porter par un léger courant – palmer était inutile -, puis revenir à pied par la plage et recommencer. Rien de sorcier à condition de rester prudent.

Je me sentais de plus en plus à l’aise et en confiance. Prenant garde de ne pas m’éloigner du rassurant paradis car au-delà, l’Atlantique rugissait avec force en toute liberté, j’ai fait ce tour plusieurs fois. Sauf qu’au bout de la cinquième ou sixième, j’ai été tout bonnement « aspirée » dans un traquenard corallien que je n’avais pas vu venir !

Fini le gentil clapotis de l’eau, les vagues me ballotaient dans tous les sens. Elles étaient plus fortes que moi. Je perdais le contrôle et un courant invisible me poussait vers quelque chose que je devinais déjà terrifiant. Le pire ? C’est que je voyais la plage à des dizaines de mètres devant. Des touristes s’y promenaient paisiblement au soleil, d’autres lézardaient sur le sable et perché depuis sa chaise très haute, le sauveteur assis (en plein travail donc, et peut-être avec des jumelles ?) ne devait voir que moi !

Dans l’eau verte

Ouvrez l'oeil (Crédits Caroline Lepage)Dans un premier temps, les avoir tous dans mon champ de vision me rassura. Je me disais que si vraiment, je ne parvenais pas à me sortir seule de ce pétrin, je pourrais heureusement compter sur eux. D’abord, j’ai essayé de nager sans paniquer. Sous la surface, derrière mon masque, la mer était devenue verte. Je voyais tout en noir. J’étais en enfer, dans « mes quarantièmes rugissants » ! Je me suis arrêtée pour récupérer un peu mon calme et mon souffle. Toujours ballotée par les flots, j’ai levé les bras vers le ciel pour alerter le sauveteur et hurlé une première fois « Au secours ! », puis une seconde avec plus de difficulté.

Je m’époumonais pour rien. Cela me vidait de mon énergie. Et j’en avais grandement besoin pour résister au courant violent qui m’entraînait inexorablement vers le large. Alors, j’ai baissé les bras, avaler de l’eau – une tasse, deux, trois -, refait surface en regardant la terre que je ne foulerais peut-être plus jamais, la plage sur laquelle il y avait du monde… Moi qui étais seule au monde ! Et je sentais cette mer que j’avais tant désirée, que j’avais crue accueillante soudain devenue hostile et vouloir m’avaler pour toujours…

Le jardin de corail, piège à plongeur !

Plus aucun son ne pouvait sortir de ma bouche. Mais mes neurones hurlaient « Nooon ! je ne veux pas ! ». Je trouvais la situation folle : finir « humide », tuée par celle que j’aimais devant des gens au sec qui me regardaient mourir sans broncher ! La peur se mêla à l’angoisse de la fin annoncée et fit palpiter mon cœur à une vitesse folle.

Trop d’adrénaline ! Allait-il lâcher ? Après tout, un arrêt cardiaque, ce serait peut-être préférable ? Et puis, un mince filet d’espoir, un dernier sursaut de vie avec un matériel du tonnerre que je chéris depuis (contre lequel j’avais pesté les premiers temps, pour sa rigidité) : j’attendais le messie, et c’était Cressi !

Mersea, Cressi !

Je me suis retournée sur le dos, me suis concentrée uniquement sur le bleu ciel pour faire complètement abstraction de la violence de l’environnement qui était en train de me tuer et j’ai palmé comme jamais ! Alors, je peux vous le dire, la Cressi Réaction Pro porte bien son nom : la « réaction » a été si « pro », la voilure si ferme et de fait, le mouvement si puissant que j’ai fini par arriver à la plage ! Epuisée, me hissant au sol à la manière du héros de L’Odyssée de Pi lorsqu’il touche terre et peut enfin laisser partir son autre « moi », le tigre… Avec mes précédentes palmes, beaucoup plus molles (non, je ne vous donnerai pas leur marque), je ne serais pas là en train de vous raconter cette histoire.

Messie, Cressi m'a sauvé la vie (Crédits Caroline Lepage)

Messie, Cressie : tu m’as sauvé la vie !

Pas « de pub post-mortem » pour le sponsor des Carnets de Plongée pour reprendre un commentaire qui « tue » Francis Le Guen (il ne manquerait plus qu’on veuille sa peau et faire de la mauvaise pub’ à la marque de sa « fameuse combinaison noire et jaune », que les hommes rêvent de lui voler et les femmes de lui enlever, en photo pour commencer, sacrés fans FB, ils osent tout… pas étonnant qu’après l’animateur raconte qu’il n’aime pas Facebook). Au contraire, « pub anti-mortem », allez car Cressi m’a sauvé la vie !

De fait, je tiens comme à la prunelle de mes yeux à mes Réaction Pro que j’appelle depuis cet effroyable après-midi de 2009, mes palmes à moteur. Grâce à elles, j’ai « seulement frôlé la mort ». Mais elle a laissé une blessure indélébile en moi et peut-être une capacité à voir la mise en danger d’autrui au-delà des apparences ? En cas de détection d’un SOS potentiel, d’un éventuel signal de détresse, il est de notre devoir de passer en Vigilance Orange. Tout le monde est susceptible d’appeler au secours et d’avoir besoin d’aide…

Noyade un jour, narcoses toujours ?

Vigilance Orange (Crédits BloGuen)

Vigilance Orange (BloGuen)

Moi, il suffit que je lise « je n’ai plus d’air pour de vrai » (ils ne me voient donc pas ? quand on vous fait un signe de plongée, réagissez, ce n’est pas pour la télé !), « recherche caisson, désespérément », « saupe qui peut ! », « Une photo en passant : la fêlure » (l’écriture est un cri silencieux), « l’étranger », « que fait la police ? » et voir des oeuvres fractales comme Shaft (puits), Inferno, etc. pour que ça m’interpelle. Pas vous ?

Un puits où l'on se noie (Crédits BloGuen)Alors de grâce : au moindre doute, ne restez pas les bras croisés et écoutez ce sens de l’humanité qui tire la sonnette d’alarme. Vous pourriez bien, à un moment donné, avoir besoin d’être ressuscité(e) et Le Jour D’Après (l’enfer, comme dans le film catastrophe), si votre conscience vous met la puce à l’oreille, avoir à tendre une main qui pourrait extraire quelqu’un des ténèbres ?

En attendant, malgré la cruauté des circonstances et l’ombre de la mort qui plane dans le puits où se trouve celui qui lutte, qu’il ne perde pas espoir et reste le capitaine de son âme

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2 comments

  1. Frederic PORTE

    Témoignage troublant et émouvant car on sent le vécu et aussi parce qu’on se dit qu’on aurait pu vivre la même chose …..
    A force de nager, plonger, sauter voler sans problème, on se sent un peu invincible inconsciemment et donc insouciant , comme ça, par habitude, sans y prendre garde.

  2. Caroline Lepage

    Tout est vrai dans ce témoignage, Frédéric : TOUT !

    Mais finalement, je ne sais pas ce qui est le plus troublant :
    - Quelqu’un qui plonge en se sentant invincible (cela n’a jamais été mon cas, je vous rassure ;) toutefois, je reconnais que mon comportement ne fut pas raisonnable ce jour là. Je n’ai pas vu venir le coup et croyez-moi, ça m’a servi de leçon !), passe à deux doigts de la catastrophe, sauvé(e) in extremis par son excellent matériel et une sacrée surdose d’adrénaline ?
    - Ou tous ces gens qui le voient en difficultés mais se contentent, bras croisés, de regarder « le spectacle de sa noyade » alors même que les pros du secourisme sont sur la plage ?

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