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Anticancer

CosmosEtre scientifique, découvrir fortuitement sa « maladie » dans le cadre d’une expérience liée à son métier, chercher des armes pour ne pas se laisser abattre et raconter ce combat quotidien ? 

C’est l’histoire de David Servan-Schreiber, médecin-chercheur reconverti en « écrivain-trouveur » ! Alors qu’il était jeune trentenaire ambitieux, plus passionné par la science que le contact avec les malades, son destin a basculé pour l’emmener vers une toute autre direction.

Il menait une expérience, entouré de l’équipe de son laboratoire quand ses collaborateurs ont perçu la faille au cœur de l’imagerie médicale…

Le « crabe » !

Crabe fantôme & cocoCancer du cerveau qui devait théoriquement l’emporter en quelques semaines à peine. Au lieu de cela, David Servan-Schreiber a gagné sur la maladie près de 20 ans d’une existence décrite comme encore plus épanouissante… Comment ? Par la force des choses, l’homme a été contraint de regarder la vie autrement. Il lui a d’abord fallu s’éloigner de la recherche et se rapprocher des malades. Peut-être, d’ailleurs, est-ce la clé du succès de son livre anticancer ?

Traduit en 35 langues, l’ouvrage a déjà été lu par plus d’un million de personnes dans le monde. Dans sa situation délicate – en quelque sorte des deux côtés de la barrière – le scientifique a décrit clairement le « crabe », de la naissance de ses racines à son processus d’évolution, des dernières découvertes aux méthodes simples à mettre en place pour mieux y faire face. Touché par un mal planétaire puisque commun à tant d’humains, il en parle avec humanité, justement, employant leur langage et non un jargon indigeste ou des formules lapidaires capables de noyer le plus vaillant des patients…

Mutationgreen cellstumoral

Sa démarche a été la suivante : il a pris le temps d’éplucher toutes les publications (récentes et anciennes), en a tiré une synthèse riche de promesses de bonne santé – pour lui, parce qu’il voulait comprendre ce qu’il affrontait – et de cette compilation de données scientifiques, la traduction en gestes essentiels et réellement efficaces. Un livre profitable à tous ! L’objectif est de faire comprendre aux lecteurs qu’en plus des traitements prévus par la médecine (radiothérapie, chimiothérapie, etc.), le combat nécessite d’accepter d’importants changements dans sa vie personnelle.

Légumes poissons bio

poissons aux reflets d'argent

Revoir sérieusement son alimentation, assainir son environnement et entretenir aussi bien son corps que son esprit, difficile, mais au final, le résultat est radical ! Et dans l’ouvrage, l’écrivain n’est pas le seul à témoigner des résultats spectaculaires observés au fil des ans… Basées sur des méthodes naturelles, de telles stratégies permettent de renforcer durablement le système immunitaire pour mieux vaincre le cancer.

anticancerAu travers de sa propre histoire, le médecin passe ainsi en revue le pouvoir anticancer d’aliments - thé vert, herbes et épices (ail, poivre noir, curcuma, cannelle…), choux (de Bruxelles, fleurs, brocoli…), huiles d’olive et de lin, poissons, champignons, noix, chocolat noir, etc., – redéfinit la nécessité de manger bio et d’utiliser aussi des cosmétiques bio, de partager ses émotions, explique le rôle de l’exercice physique, de la méditation, de l’entourage. Bref, entièrement revu(s) et augmenté(s), voici deux (bons) livres en un : un petit essai qui se lit comme un grand roman !

Anticancer - Les dernières découvertes

Extrait : Angiogénèse, une découverte exceptionnelle !

L’intuition d’un chirurgien de la Marine

 

in vitroOfficier médical de la marine américaine dans les années 1960, le Dr Judah Folkman est chargé d’inventer un moyen de conserver les stocks de sang frais nécessaires à la chirurgie en mer pendant les longs mois de croisière des premiers porte-avions nucléaires. Pour tester son dispositif de conservation, il veut vérifier si le sang ainsi conservé peut subvenir aux besoins d’un petit organe vivant. Il l’essaie in vitro sur une thyroïde de lapin isolée dans une cloche de verre et réussit à la faire survivre sans difficulté. Mais son système fonctionnerait-il aussi bien avec des cellules qui se multiplient rapidement, comme c’est le cas au cours de la cicatrisation ? Pour s’en assurer, il injecte dans la petite thyroïde des cellules cancéreuses de souris connues pour leur capacité de prolifération. Une surprise l’attend.

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Les cellules cancéreuses injectées provoquent bien l’apparition de tumeurs mais aucune ne se développe au-delà de la taille d’une tête d’épingle. Il se dit d’abord que ces cellules sont mortes. Or une fois réinjectées à des souris, elles fabriquent bien des tumeurs massives et mortelles. Quelle différence y a-t-il entre une thyroïde de lapin in vitro et des souris vivantes ? Il y en a une qui saute aux yeux !

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Les tumeurs chez les souris sont entièrement infiltrées de vaisseaux sanguins alors que celles de la thyroïde dans le récipient de verre en sont dépourvues. Faut-il en conclure qu’une tumeur cancéreuse ne peut tout simplement pas grandir si elle ne réussit pas à détourner des vaisseaux sanguins à son profit ?

Obsédé par cette hypothèse, Judah Folkman trouve une foule de confirmations dans son travail de chirurgien. Les tumeurs qu’il opère présentent toutes cette même caractéristique : elles sont abondamment irriguées par des vaisseaux sanguins fragiles et contorsionnés, comme s’ils avaient été fabriqués trop vite.

Bloodiscovery

Folkman a tôt fait de comprendre qu’aucune cellule de l’organisme ne survit si elle n’est au contact de tout petits vaisseaux sanguins – aussi fins qu’un cheveu – qu’on appelle capillaires. Ils lui apportent l’oxygène et les nutriments nécessaires à sa survie, et remportent les déchets de son métabolisme. Les cellules cancéreuses n’échappent pas à la règle, elles doivent elles aussi se nourrir et rejeter leurs déchets. Pour survivre, les tumeurs ont donc besoin d’être profondément infiltrées de capillaires. Comme les tumeurs se développent à vive allure, de nouveaux vaisseaux doivent être fabriquées. Folkman baptise alors ce phénomène « angiogénèse » (du grec angio pour « vaisseau », et genesis pour « naissance »).

Normalement, les vaisseaux sont une infrastructure fixe et les cellules de leurs parois ne se multiplient pas ni ne créent de nouveaux capillaires, sauf dans des circonstances particulières : au cours de la croissance, lors de la réparation des plaies ou encore après les menstruations. Ce mécanisme d’angiogénèse « normale » est autolimité et fermement contrôlé pour éviter la création de vaisseaux fragiles qui saigneraient trop facilement. Pour grandir, les tumeurs cancéreuses détournent à leur profit cette capacité du corps à créer de nouveaux vaisseaux. Par conséquent, réfléchit Judah Folkman, il suffit de les en empêcher pour qu’elles restent à jamais de la taille d’une tête d’épingle. En attaquant leurs vaisseaux sanguins au lieu d’attaquer les cellules elles-mêmes, on doit peut-être même pouvoir assécher une tumeur existante et la faire régresser…

 

La traversée du désert

 

plumbingAu sein de la communauté scientifique, personne ne voulut s’intéresser à cette théorie de « plombier » venant d’un chirurgien qui, après tout, ne devait rien connaître à la biologie du cancer. Comme il était néanmoins professeur à la faculté de médecine de Harvard et chef du département de chirurgie de l’hôpital pour enfants (un des plus importants aux Etats-Unis), le New England Journal of Medicine accepta en 1971 d’ouvrir ses colonnes à cette hypothèse excentrique.

Plus tard, Folkman a raconté la conversation qu’il avait eue à cette époque avec son voisin de laboratoire à l’hôpital, le professeur John Ender, prix Nobel de médecine. Comme il se demandait s’il n’en avait pas trop dit sur ses idées, et exprimait sa crainte de voir plagier tout son programme de recherche par des concurrents, Ender lui avait prédit : « Tu es totalement à l’abri du vol intellectuel : personne ne te croira ! »

De fait, son article ne suscita aucun écho. Pire, ses collègues se mirent à exprimer leur désapprobation en se levant bruyamment et en quittant la salle dés qu’il prenait la parole dans les congrés. On chuchota qu’il trafiquait ses résultats pour appuyer ses théories et, plus grave encore pour un médecin, qu’il était un charlatan ; qu’après avoir été un brillant chirurgien, il avait perdu le nord. Les étudiants si indispensables à la vie d’un laboratoire de recherche se mirent à l’éviter pour ne pas voir leur carrière entachée par un lien quelconque avec cet hurluberlu. A la fin des années 1970, il perdit même son poste de chef de service de chirurgie !

Angiogenesis1

Malgré toutes ces avanies, la détermination de Folkman ne faiblit pas. 20 ans plus tard, voici comment il s’en expliquait : « Je savais quelque chose que personne d’autre ne savait, et j’avais été en salle d’opération. Ce n’étaient pas les chirurgiens qui me critiquaient, c’étaient les chercheurs en sciences fondamentales. Je savais que beaucoup d’entre eux n’avaient jamais vu de cancer ailleurs que dans une éprouvette. Je savais qu’ils n’avaient jamais vu les choses que j’avais vues. Le fait que les tumeurs se développent en 3 Dimensions, qu’elles ont besoin de vaisseaux sanguins dans l’oeil, dans la cavité péritonéale, dans la thyroïde, ou ailleurs, tout le concept des cancers in situ et des microtumeurs latentes – j’avais vu tout ça ! Alors je me suis répété que mes idées étaient justes, mais que ça allait prendre beaucoup de temps avant que les gens s’en aperçoivent… »

Angiogenesis2

Remerciements illustrations science/3D/fractales    

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