«

»

Imprimer ceci Article

A TABLE : DE DELICIEUX POISSONS… CONTAMINES !

La mauvaise santé des récifs coralliens n’est pas un drame pour tout le monde. Au contraire. Certaines microalgues toxiques en profitent pour s’y épanouir tout en contaminant les poissons tropicaux. Et le réchauffement climatique n’arrange rien. Bref, la ciguatera a de beaux jours devant elle… ou pas ? Comme le tourisme qui accentue le phénomène des contaminations, ou pas ?

Connaissez-vous la ciguatera ? Rarement mortelle, cette intoxication alimentaire touche au moins 50 000 personnes par an. Symptômes ? D’abord des picotements autour des lèvres, des sueurs froides puis quelques heures plus tard, des fourmis dans les mains, démangeaisons (d’où son autre nom, « gratte »), crampes abdominales avec vomissements et diarrhée, etc. Provoquée par la consommation de poissons contaminés, elle concerne les régions tropicales d’Atlantique, l’Océan Indien et le Pacifique.

Nos DOM-TOM ne sont pas épargnés : Antilles, Polynésie (près de 1000 cas par an), Nouvelle-Calédonie (à Nouméa, une personne sur quatre aurait été atteinte au moins une fois !), la Réunion (moins de 10 cas à plusieurs dizaines par an) moins touchée que sa voisine, l’île Maurice…

Un dinoflagellé

Les pêcheurs locaux, eux, connaissent les espèces « gratteuses ». Se fier à leur savoir est une sage précaution. Car il n’y a ni saison spécifique, ni test fiable pour le consommateur, si ce n’est celui de faire d’abord goûter au chat le produit de sa pêche ! Pas très gentil… En cas d’intoxication, direction le laboratoire : seule une analyse de la chair du poisson permet de confirmer le diagnostic. Du coup, dans certaines régions, on préfère carrément interdire à la vente les espèces à risque.

Mais comment le deviennent-elles ? La gratte est l’œuvre d’un poison constitué de ciguatoxines produites par une microalgue. Elles s’accumulent dans la tête, les viscères et les muscles des poissons. Résultat, les plus âgés, les plus gros donc, sont à l’origine d’intoxications graves. Il faut savoir que la présence de ciguatoxines ne modifie en rien ou presque (parfois une légère saveur métallique) l’aspect, le goût ou l’odeur du poisson. De plus, congélation ou cuisson n’ont aucun effet de destruction sur les toxines, insensibles aux fortes températures. Pas de chance…

Et cette microalgue, d’où vient-elle ? C’est un dinoflagellé, Gambierdiscus toxicus le plus souvent, mais d’autres peuvent être impliqués (Ostreopsis lenticularis, O. mascarensis, Prorocentrum lima, etc.). On mentionne leurs méfaits dés le XVIe siècle. En 1774, l’illustre capitaine Cook décrit dans son livre de bord les atroces symptômes dont souffre son équipage après avoir mangé du poisson au Vanuatu…

La recherche

Raymond Bagnis de l’Institut Malardé à Tahiti découvre G. toxicus en 1977. Il faut attendre 1989, prélever 5 tonnes de murènes pour obtenir 0,3 mg de ciguatoxines et la structure chimique du poison ! Mais la molécule n’est obtenue par synthèse, unique solution pour l’étudier sans sacrifier de très nombreux poissons, qu’en 2006 par des Japonais.
Pour l’heure, la médecine occidentale est incapable de détoxifier l’organisme. Elle se contente de soulager le mal à l’aide d’aspirine, de vitamine B12, de gluconate de calcium, d’antihistaminiques et de mannitol (diurétique). La médecine traditionnelle semble plus compétente… En Nouvelle-Calédonie notamment, certaines plantes – faux tabac, faux poivrier, etc. – testées par l’IRD se montrent prometteuses. Tout l’enjeu consiste à obtenir un principe actif afin de produire un vrai médicament.

En augmentation

Depuis 30 ans, le phénomène semble s’accentuer. Aux Etats-Unis où sont enregistrés plus de 250 intoxications par an, les cas signalés en Floride, au Texas et à Hawaï ont été multipliés par 5 depuis les années 70. A Hong-Kong, on compte aujourd’hui quelques centaines de cas annuels, contre une dizaine dans les années 80 !

Certes, le nombre d’espèces susceptibles d’être ciguatériques est élevé (les poissons du grand large, eux, le sont rarement). Elles sont près de 400, herbivores – poissons perroquets, mulets, labres, poissons soldats -, et carnivores (balistes, murènes, poissons chirurgiens, mérous, sérioles, autres carangues, barracudas, requins).

Ces dernières sont les principales responsables des intoxications chez l’homme : et pour cause, ce sont celles que préfèrent nos papilles ! Elles se nourrissent de poissons herbivores déjà contaminés puisqu’ils broutent les algues sur le corail. Or, G. toxicus vit sur les algues qui envahissent les coraux malades. Ainsi, tout ce qui est propice à dégrader les récifs coralliens – cyclones, pollution, pêche aux explosifs, canicules, etc. – contribue à la prolifération de ce vilain microorganisme (épisodes de bloom). Lorsqu’il étend son territoire, évidemment, le risque de flambée ciguatérique s’élève… A l’inverse, des récifs coralliens en bonne santé, non dominés par des algues invasives, ne lui permettront pas de s’épanouir. Raison de plus pour en prendre soin, n’est-ce pas ?

Autres articles intéressants...

La révolution des livres numériques
iPad, kindle, iPhone, ordinateurs et même consoles portables, il est désormais possible de s'adonner au plaisir de la lecture sur petits et grands écrans. Des romans ? Pas seulement, la culture scientifique a droit aussi à cette révolution technologique...
Une luth pour la vie
Fragiles, les tortues luth sont en danger. Leur préservation n'est pas une option mais un impératif. Si nous échouons, alors de pareils spectacles feront bientôt partie du passé…
Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ?
Un homme peut-il se casser le pénis ? Peut-on mourir de rire ? Pourquoi y a-t-il toujours la queue aux toilettes des filles ? Un poussin peut-il sortir d'un oeuf acheté au supermarché ? " Pourquoi les mouches aiment-elles les crottes ? " répond avec ...
Pourquoi les poissons des abysses sont-ils aussi laids ?
Sympa. Quelle tête pourraient-ils avoir, les pauvres ? Les abysses sont si hostiles… Savez-vous que l’endroit le plus profond des océans - la fosse des Mariannes - plonge à 11 km sous la surface du Pacifique ? (extrait de POURQUOI LES MOUCHES AIMENT-ELLES LES ...

Lien Permanent pour cet article : http://merseaplanete.com/a-table-de-delicieux-poissons-contamines/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>