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A nos grands-parents ! Ces héros anonymes…

Déclarations diversesVous avez la chance d’avoir vos grands-parents ? Tant mieux, mais les connaissez-vous bien sur le plan familial et « historique » ? Vous voulez comprendre d’où vous venez pour mieux savoir où aller avant de filer tête baissée chez un psychiatre (sans être certain d’en avoir besoin), alors commencez par vous intéresser à leur histoire. Vous serez surpris d’en apprendre tant, et sur le passé de la France et sur votre propre destin…

Objectif photos

Journaliste scientifique, moi qui adore parler avec les gens – et pas seulement parce que c’est le job qui veut ça ! – je dois reconnaître la souffrance d’un manque terrible. Toute ma vie, mes grands-parents, surtout maternels, ont été les absents d’une histoire de fait incomplète. Je dispose de peu d’éléments d’informations et d’archives – oui, c’est le pompon pour des journalistes… - sur leur parcours. En famille, nous n’en parlions quasiment jamais, par pudeur ou parce que le sujet était tabou ? Je l’ignore.

Carte1Ministère des prisonniers déportés et réfugiésCarte2

Mais c’est bien connu, les journalistes ont horreur des sujets tabous qui les obligeraient à l’autocensure pour d’inacceptables raisons ! Impossible pour les curieux comme moi… Bien sûr, il n’est pas indispensable d’exercer un tel métier pour faire preuve d’une saine curiosité et vous le savez. En raison de ma situation pas banale, journaliste ET scientifique, pour une fois, j’accepte volontiers d’être celle qui témoigne afin de donner du poids à la démonstration. C’est-à-dire ?

Toute l’importance de s’intéresser à l’histoire pour comprendre le passé et entrevoir l’avenir

Les documents et photos ou vidéos qui constituent des trésors d’archives, même lorsqu’elles le sont sur du papier jauni par le temps, sont certes indispensables pour l’ensemble de la société. Seulement, la mémoire passe aussi par l’oral ! Parlez, parlez, parlez ! A tous les âges, posez des questions même lorsqu’elles vous semblent idiotes, elles ne le sont peut-être pas ? Les gens âgés – qui parfois ne font pas leur âge – n’osent pas forcément étaler au grand jour leurs exploits et leurs blessures du passé. A vous de lancer les conversations, casser les murs du silence, quitte à insister sans craindre de remuer les émotions des uns et des autres, ils n’attendent que ça : la transmission de l’histoire, la vérité…

Pourquoi ne le font-ils pas directement ? Par timidité, honte peut-être s’ils ne sont pas fiers de tout, blessés psychologiquement d’avoir eu à commettre des choses qu’ils ont estimé à peine supportables ? Mais avaient-ils eu le choix ? Qu’aurions-nous fait à leur place ? Ne l’oubliez jamais : la France a été occupée par le nazisme, responsable de l’extermination dans des conditions d’horreur absolue de 5 à 6 millions d’êtres humains en Europe ! La France aurait-elle retrouvé la paix et les maigres prisonniers des camps de concentration en Europe auraient-ils été sauvés sans l’intervention des civils, héros anonymes et des militaires des forces alliées ?

Ceux et celles qui ont libéré la France, qui étaient-ils en 1945 ? Qu’auriez-vous fait, vous ?

Cartes de combattants volontaires de la résistanceIntellectuels, chefs d’entreprises, personnalités du monde politique, cinématographiques, cadres, employés de bureaux, ouvriers, ils se sont engagés le plus souvent dans la clandestinité afin de libérer des villages entiers, les villes, la capitale, le pays… Comment ? Certainement pas en jouant aux gentils bisounours, peut-être ont-ils dû tuer pour mettre fin à la terreur de la gestapo dans les rues et appartements, à la déportation, aux effroyables expérimentations menées par des femmes et des hommes sur des hommes, des femmes et des enfants ! Il a donc bien fallu oeuvrer dans l’ombre pour en terminer avec la monstruosité d’une guerre mondiale qui ne s’est préoccupée ni des frontières ni de la morale…

Considérés par le peuple comme des héros avec les Alliés pour avoir rendu son honneur à l’humanité toute entière, ils ont été acclamés, remerciés. Les prisonniers ont été autant que possibles traités avec dignité, mais en France, les « collabos » ont été pointés du doigt avant même la libération. Des femmes, françaises surtout à Paris – d’où la nécessité de poser les questions dérangeantes, y compris aux mémés apparemment inoffensives ! – avaient collaboré avec les ennemis, plus qu’ailleurs. Devenus bourreaux à leur tour, elles ont préféré se prostituer…

Pour continuer à se goinfrer dans le luxe parisien, probablement avec plus d’excès qu’avant la guerre, pendant que le peuple lui crevait de trouille dans les campagnes ! Les photos et vidéos les montrent tondues en public et traînées dans les rues de la capitale sous les huées de la foule. Faut-il être choquée de cette forme de justice anticipée décidée par les Français qui avaient manqué de tout et vécu dans une peur qui n’avait que trop duré ? Encore une question qu’il est intéressant et utile d’aborder avec ceux et celles qui savent, jusque dans les maisons de retraite…

Des femmes collabos tondues dans les rues de Paris…

Femmes accusées de collaboration à l'été 1944Jeunes ou pas, nous n’avons pas le droit de pratiquer la politique de l’autruche sur l’une des parties les plus obscures de notre histoire. Des Français – les Résistants - ont hélas dû se montrer violents et plus que d’autres… pour sauver ! Ils n’étaient pas des meurtriers. Il a fallu prendre des décisions et agir pour épargner un plus grand nombre de vies. Des héros ont été contraints de tuer quelques fois pour libérer les millions d’êtres humains qui végétaient sous l’occupation. Y compris dans des circonstances odieuses et pas seulement des nazis, mais des Français, et des bébés qu’il a été préférables de sacrifier pour leur éviter de finir martyrisés entre les mains de l’ennemi, des vieilles cachées usées par la peur d’être démasquées après des années de conflits et qui ne voulaient pas crever de honte mais incapables de se suicider seules…

Pas courageux peut-être, mais comment ont-elles plus lâchement encore supplier les hommes de les faire jouir une dernière fois avant le coup de grâce ? Ces histoires apparentées à du chantage et colportées en coulisses interpellent en effet. Qu’en penser ? On imagine hélas le charmant monsieur, à la carrière honorable, terrifié par sa propre la situation, peut-être esseulé, éloignée de sa bien-aimée par les drames de la guerre…

N’étant pas un tueur encore moins un gigolo, en rien motivé à supporter l’affreuse fellation d’une vieille décidée à mourir dans l’intimité après un ultime orgasme que le malheureux aura dû lui procurer lors d’une misérable érection (comme s’il n’était qu’un moins que rien face à une dégoûtante aux traits épuisés, ridée, aux cheveux blanchis), être néanmoins obligé de rester courageux en raison des circonstances : la suite des combats à mener pour délivrer la France. Qui juger ? Lui ou elle ? Après tout, aujourd’hui, la justice pourrait parfaitement accuser la vieille d’être une violeuse meurtrière et sans la moindre hésitation, jeter son nom en pâture à la presse locale ou nationale, comme autrefois, les Français avaient choisi de tondre en place publique les femmes collabos, vivantes peu importe leur âge, à la libération…

Aux reporters de guerre

Comme vous, ces questions, je me les pose. Car mon grand-père, espagnol pour lequel je n’ai jamais caché mon admiration même si je ne sais presque rien de son existence a été l’un des artisans de la paix en Europe. A-t-il tué lui aussi ? Je l’ignore. Je sais juste qu’il parlait mal le français mais que c’est un peu grâce à lui, si moi, j’ai la chance d’être venue au monde dans un pays libre il y a 40 ans. Je n’ai donc pas eu le bonheur de le rencontrer, et dans ce cas, aurais-je eu le droit de porter un regard accusateur sur son doux visage de reporter de guerre ? Lui considéré comme l’étranger, dans sa famille…

Juan – c’était son prénom – est né le 5 avril 1917. Il a grandi dans un village proche de Malaga. A une époque où l’entourage s’autorisait à décider à la place du dit concerné, le sien avait décidé d’en faire un… curé ! Un avenir l’inspirant si peu qu’il n’en a conservé qu’assez d’instruction pour être estimé comme l’érudit des parages : athée de nature, il s’est plus intéressé au sort de la nation dévorée par la guerre civile et la dictature qu’au bon dieu. Pour en savoir plus sur le régime de l’illustre général transformé en démocratie avec l’aide du roi (étant fière de mes origines espagnoles ;-) je vous invite à enquêter sur internet, histoire d’en découvrir plus sur les paysages, les gens, la gastronomie…

Attestation de service

Bref, mon grand-père qui savait donc lire et surtout écrire – les illettrés étaient beaucoup plus nombreux à l’époque ! – a mis son esprit critique au service du peuple qu’il fallait bien informer malgré l’état désastreux du pays. Il écrivait dans un journal révolutionnaire, je n’ai jamais su quoi car je ne l’ai appris que très tard. Probablement, n’ai-je pas su interroger ceux qui l’avaient connu de son vivant. Je le regrette. Et je ne saurais dire s’il y a un lien, même inconscient, entre son destin, lui l’opposant à l’extrémisme en tous genres, improvisé reporter de guerre, et le mien ? Mais j’avoue avoir été émerveillée d’en apprendre si peu sur cet homme discret, humble et qui une fois installé en France dans une paix bien méritée, s’est abonné à un magazine dans lequel j’ai pu par un incroyable hasard inscrire mon nom dans un numéro de 2003 : Sciences & Vie !

Ça, je l’ai bien retenu : le courage et la paix

Loi de la République FrançaiseAvouez que ce peut-être un sérieux motif d’étonnement d’en apprendre autant sur soi et si tard à l’âge adulte à travers l’histoire d’un homme dont je connais simplement le portrait en noir et blanc. Mais arrivé en France en 1939, mon grand-père n’a plus été « reporter de guerre » passionné de sciences auquel je m’identifie parfois lorsque j’ai besoin de beaucoup de courage pour rédiger un article délicat… Cela dit, courageux, il l’est resté puisque après la guerre d’Espagne, il lui a fallu se tenir aux côtés des Français empêtrés dans la guerre mondiale. Il est passé par le camp de réfugiés de guerre dans le midi.

Puis, il a failli être attrapé par les nazis dans l’Est. Où il s’est fait embaucher comme ouvrier agricole dans les champs pour éviter les contrôles… Plus tard ouvrier pour des travaux forestiers en Franche-Comté, handicapé par son statut de réfugié espagnol, cela n’a pas empêché ce résistant de toujours d’entrer officiellement au maquis quelques temps avant la libération. Il a rencontré une femme presque trentenaire qui – c’était étonnant à l’époque – aurait pu finir vieille fille dans son village paumé.

Le témoignage est un combat                  Les femmes dans la résistance

Plume d'Archaeopteryx

Si, j’ose l’affirmer, yeux bruns, cheveux foncés, assez jolie selon moi. Je suis bien placée pour le savoir, ma mère a accroché sa photo au mur dans ma chambre de jeune fille dans l’Est lui donnant un air de musée, elle était dit-on traitée comme une bonne par sa mère qui refusait obstinément de se défaire de cette main d’oeuvre gratuite… Probablement triste et heureusement au caractère qui a su s’affirmer pour s’en sortir, elle faisait figure d’éternelle célibataire. D’accord, c’est moche mais surtout la preuve que la bêtise, l’égoïsme, l’intolérance et la jalousie font des ravages dans les familles : la mère de ma grand-mère a été méchante comme une taigne avec l’étranger ! Le brave, courageux une fois de plus – quand on pense aux « ennuis » rencontrés en chemin, complot militaire en Espagne, occupation nazie en France – devait en plus se farcir les sautes d’humeur de la vieille acariâtre et dans un ultime effort, rendre la liberté à sa belle. Et il l’a fait. Il l’a épousé en 1948. La preuve, je suis là à vous raconter un tel héritage humain… La suite sur le devoir de mémoire au prochain épisode ?

Carte de France

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